‹ La nouvelle éducation françaiseChapitre 12 sur 77 · CD · texte numérisé non relu

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Mais il faut Tinterpréter (1). On peut regarder les faits de Tenfaiice comme des phénomènes de survivance ou comme des phénomènes d'élan. C'est à la notion d'élan que nous nous arrêtons. Une remarque capitale nous y invite. L'enfant actuel no passe pas par les phases adultes, mais parles phases enfantines de l'histoire humaine. Le bébé d'aujourd'hui ressemble, non à' nos lointains ancêtres chasseurs, pasteurs ou agriculteurs novices, mais à leurs bébés^ Le garçon aujourd'hui est pareil non aux paysans du moyen âge, mais aux garçons qui étaient leurs fils. Ce que nos adolescents rappellent ce sont les Renaissants du même âge. Et les jeunes gens d'aujourd'hui ne sont déjà plus les jeunes gens que nous étions.

Dès lors la loi biogénétique perd son caractère de mystérieux empirisme. Il suffit de rendre compte de l'histoire par la psychologie plutôt que de la psychologie par l'histoire. — C'est parce que l'enfant a naturellement l'âme capricieuse et routinière des primitifs que les contingences de lieu qui invitaient les premiers hommes à la chasse, à l'art pastoral ou à une agriculture embryonnaire, ont paru peser sur eux comme un déterminisme : chez ces peuples, l'éducatien du premier âge suffisait à peu près pour toute la vie et à douze ans on était presque adulte. — C'est parce qu'une .discipline individuelle est plus facile qu'une discipline sociale, et pas seulement faute d'une technique savante, que les exploitations agricoles isolées ont précédé les grandes entreprises industrielles et commerciales : au Moyen Age la petite famille d'origine franque convenait admirable-

(1) Cf. Les nouvelles méthodes d'éducation, p. 17 etsuiv.

ment au domaine plein ; l'éducation comprenait alors deux moments : on donnait aux petits, comme jadis, une formation de l'initiative qui leur apprenait à user des plantes et à dompter les animaux, et il s'y ajoutait, pour les moyens, des exercices pénibles qui leur apprenaient l'effort,, un amour de l'indépendance qui est le premier fruit de l'isolement, un esprit de prévoyance et d'économie qu'ignorent ceux qui vivent de cueillettes trop aisées : à quinze ans on était pour ainsi dire un homme complet. — Cette vie agricole était le prélude normal, sinon nécessaire, de la vie d'industrie et de commerce que nous avons appelée libre, et qui devait commencer vers la Renaissance ; elle exige un sens de riniliative responsable et de l'action concertée, qu'on peut appeler maîtrise de soi dans un groupe, et qui n'est possible que si on est d'abord maître de soi tout seul ; mais c'est l'adolescent qui est le plus apte à recevoir ces qualités ; et voilà pourquoi, dès cette époque, ^éducation se poursuit jusqu'après l'adolescence, — Aujourd'hui enfin, à l'ère des grands syndicats, des grands cartels et des Sociétés d'États, il faut une discipline qui était inutile il y a seulement cinquante ans ; mais cette discipline nous écraserait, jeunes gens, si nous n'avions pas été, adolescents, épanouis ; ce n'est donc qu'après l'adolescence qu'on peut s'y astreindre sans danger, et voilà l'éducation allongée de quelques années. — Plus la vie est complexe, plus la majorité est tardive. Dans chaque'cas la formation qu'ont reçue les devanciers est nécessaire, mais non suffisante. L'éducation d'autrefois doit être reprise, mais achevée (1).

(1) Faut-il faire remarquer que nous devons emprunter à ces éducations du passé leur esprit général et non la lettre ou Tac-

68 LA SOCI^é DE DEMAIN

Ici encore la repasse du passé n'est pas le résultat d'une hérédité inexplicable et gênante, mais un entraînement très simple et très fécond à l'avenir (i). L'éducation fondée sur ce principe sera une éducation naturelle {i).

Elle comprendra quatre périodes, unies, car nous n'avons pas la superstition du chiffre quatre, par des transitions très douces, et dans chacune desquelles on devra insister surtout, mais pas exclusivement, sur l'un des traits suivants :

a) Petite enfance : épanouissement^ au besoin^ capricieux, de l'initiative ; secondairement, dressage, surtout corporel.

h) Seconde enfance : discipline personnelle rigoureuse ; accessoirement, épanouissement continué.

c) Adolescence et première jeunesse : formation de la responsabilité à Végard (Tun groupe.

d) Jeunesse : insertio7i dans une grande entreprise. En d'autres termes, par suite du parallélisme

historique-psychologique, on pourra, à chaque âge, s'inspirer, non sans beaucoup de liberté, des méthodes éducatives du passé :

A — Petite enfance : éducation commune à tous les peuples.

cident? S'inspirer, pour un adolescent, de réducatlon du xvi« ou du xviu* siècle, ce n'est pas aller chercher des idées chez Rabelais ou chez Rousseau, ni renoncer aux sports modernes ou aux longs voyages.

(1) Cette interprétation de la loi biogénétique semble avoir échappé à M. Claparède, qui a pourtant fait sienne, à propos du jeu, une théorie de Groos dont l'esprit est semblable à celui de la nôtre. (Ed. Cwapahrdf, Loc. «7. p. 170-192).

(2) Tous les développements que nous venons d'esquisser sur le parallélisme ontogénique-historique ont échappé à la plupart des auteurs qui ont traité cette question.

B — Seconde enfance: éducation du Moyen Age,

G — Adolescence et première jeunesse : éducation du dernier siècle y du moins dans les pays oii elle n'a pas été faussée par la monarchie centralisée,

D — Jeunesse : éducation nouvelle^ directement adaptée aux conditions de demain.

Coart programme, dira-t-on. Seul programme, répondrons-aous, qui ne soit pas esclave d'un système. A vouloir en effet préciser davantage, nous risquerions de voir une contradiction entre cette fidélité à respirer le passé et la nécessité de flairer l'avenir. En réalité, la société que nous avons essayé de prédire nous est bien apportée par le flux et le reflux naturel des siècles. C'est pourquoi l'audace et l'envergure, que nous avons présentées, à côté d'une morale rétablie et d'une discipline d'un nouveau genre, comme les qualités caractéristiques de l'élite dans la génération qui vient, seront communiquées surtout aux jeunes gens, comme l'achèvement de leur formation, et pourtant on y préludera dès les premières années : par la fantaisie rêveuse du premier âge, on préparera ^ à la hardiesse des exécutions futures ; par la discipline stricte du second, on insistera pour la première fois sur la puissance des forces collectives ; à l'adolescence, le sens des responsabilités est une garantie que l'audace ne sera point folie, et le sens des liaisons permet d'avoir autant d'envergure que l'entreprise qu'on mène. L'audace et l'envergure, comme la discipline et la moralité, dominent donc l'éducation à tous ses moments. Nous n'avons été fidèles aux temps anciens que dans la mesure où ils tendaient vers les temps futurs. Nous avons adopté une méthode évolutionnisie qui gagne en précision ce qu'elle perd en

LA SOCIBTE DE DEHAIK

"j^-'/te/tt et nu remonle haut dam le ptuté que pour i"' .um sur raa«mr. Noos sommes avant toat tra- Utes, s'il est «rai que ce que la tradition -^ c'est un Qambeau. Si nous nous sommes, &at, proclamés réTolutionnaires, c'est parce puis quelque cent aus, l'éducation française > ses traditions véritables ; un empire artiii- •4tî, pour transformer les enfants en sujets des écoles qui tenaient de la caserne et de la ; pendant que la société changeait, elles seules nt presque immuables ; m6meceux qui veuleât ormer sont victimes de l'air qu'ils y ont resest-ce vraiment entreprendre uae révolution snter de jeter bas une façade vermoulue, par e de sécurité ?

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