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LA FORMATION DES HABITUDES

L Le MÉCANISME QUI LIBERE ET LE RÔLE DES STAN- DARDS EN ÉDUCATION. - Si la plupart des psychologues ignorent la notion de rendement, le rendement est étudié, avec une minutie que l'intérêt aiguise, par des industriels qui apportent ainsi, sans le savoir, une précieuse contribution à la psychologie (i).

{{) L'idée d'efficiency a fait une singulière fortune dans les milieux anglo-saxons. Les ouvrages qui l'annoncent, comme Human Nature ou Les seize commandements de r homme d'affaires de H. N. Casson, (ce dernier volume traduit en français p^r GÉo Lange, en un vol. in-lô, Payot, Paris), sont souvent élémentaires. Mais tout le monde est pénétré de leur esprit M Casson. avec son institut et sa revue c Efaciency Magazine », est à la tète d'un mouvement déjà étendu, qui s'adresse à une classe mentale relativement élevée, mais le Pelmanism, qui s'est mis à la portée de tout le monde, compte ses adhérents par dizaines de milliers. Il leur apprend des choses très simples dont les Français ne se doutent pas, à l'aide de cours par correspondance, dont on vient de donner une traduction française (Paris, 35. rue Boissy d'Anglas). En

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De ces recherches, il ressort que la première manière d'augmenter le rendement, c'est de développer le machinisme. Ce fut l'ouvrage du xix" siècle. On l'a fait à Tusinq (machine à vapeur ou moteur électrique, machines outils, etc.). On Ta fait aussi au bureau (machines à calculer, à faire des statistiques, à faire les adresses, à coller les timbres, etc.)* On l'a fait enfin dans le ménage (ascenseurs, chauffage central, nettoyage par le vide, etc.). Partout, grosse économie de main-d'œuvre qui nous permet de nous spécialiser dans les besognes de notre espèce. On l'exprime par ce commandement : Ne fais pas faire par l'homme ce que tu peux faire faire par la machine.

Mais ici le mot homme est vague. Il y a un abîme entre les créations de ma pensée et les réflexes de mes doigts J Vais-je, sur ma table de travail, placer

Amérique, il y a un Institut d'Erficience d*£inerson, émule de Tayior, qui procède de la môme manière. Faut-il ajouter que l'école par correspondance est actuellement le système presque normal d'enseignement aux Etats-Unis? Certaines des écoles qui l'emploient sont établies au capital de plusieurs dizaines / ^^■ de millions. Les travaux scientifiques sur refficiencePSi l'OH" n'y fait pas rentrer l'œuvre de Taylor, sont d'ailleurs beaucoup moins avancés que la propagande de ces idées Ici la confiance dans Tutilité a précédé la recherche scientifique. C'est le grand mérite et. la grande faiblesse des Américains. Peuple jeune, Us posent admirablement des problèmes qu'ils ne prennent pas la peine de résoudre. Sans eux nous n'aurions pas songé à remarquer certains phénomènes : nous seuls sommes capables de les analyser jusqu'au bout. Donc l'eTficience est une science qui débute. Notons seulement les études sur des points particuliers de Gilbreth ou de Munsterberg, en Amérique; du docteur Imbert, de M. Lahy et du docteur Amar, en France* tous portent sur l'efficience des facultés inférieures. Un cours d'efficience destiné aux chefs a été professé en 1920- 192i à Paris, à l'Ecole d'Administration et d'Affaires, par M. Wilbois, avec le concours de M. Lahy et de M. L. Benoist.

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mon encrier, mes plnmes, mes papiers dans un désordre tel qoe je devrai faire chaqae fois on efiort intellectael poor les atteindre, on ao contraire ne les rangerai-je pas en des endroits toujours les mêmes, où mes membres les retrouveront sans que mon cerveau ait à intervenir? Certes, nous laisserons le mécanisme envahir nos fonctions vulgaires pour rendre indépendantes nos fonctions originales. D'où un second commandement, qui est le complément <lu premier : Ne fais pa$ faire par la tête ce que tu peux faire faire par le bras.

Ces idées ne sont pas étrangères à William James. U représente l'enfant, nous le savons, comme une collection de tendances, comme un support d'intérêts, ou, si Ton préfère, comme un t paquet d'instincts t.Dans ce paquet d'instincts, on commencera par tailler un € (/aquet d'habitudes ». c Le grand point en éducation est donc de se faire du système nerveux un allié et non pas un ennemi. C'est de placer et de capitaliser nos acquisitions, pour vivre à l'aise sur les intérêts de ce capital. Pour cela nous devons le plus tôt possible rendre automatiques et habituelles le plus grand nombre possible d'actions utiles, et nous garder comme de la peste des habitudes qui pourraient quelque jour nous être désavautageuses^Plus nous confierons de détails de la vie quotidienne à la garde d'un automatisme sans efforty plus nous acquerrons d'autonomie à nos facultés supérieures et les rendrons libres de se consacrer exclusivement à leurs fonctions propres (1). » Ainsi s'accordent et même se soutiennent deux

(1) W. Jami». Précis de psychologie, ch. x. De l'habitude, p. 180.

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méthodes qu'on a appelées le système « boche » et ie système « D ]i. Il faut traiter en brute l'animal qui est en nous, si nous voulons faire vivre humainement l'homme que nous sommes. Et voilà justifiée, au nom de l'énergie créatrice, l'acquisition des habitudes.

Il serait absurde de vouloir traduire ces faits en chiffres. Si nous disions que les neuf dixièmes de nos actes sont réflexes et qu'un dixième est libre, ce serait symboliquement, comme est symbolique le nombre trente-six dans trente-six chandelles. Mais ce qui est certain, c'est que si nous voulions diminuer ces neuf dixièmes dans l'espoir d'augmenter le dixième qui reste, au lieu de l'augmenter, nous le réduirions sans doute aussi. Déterminisme et liberté, au lieu de se contredire, se conditionnent. On vivifie l'une en assurant l'autre.

Si les habitudes jouent chez nous un si formidable rôle, il faut mettre le plus grand soin à les choisir. Nous ne nous donnerons pas des habitudes quelconques. Il faut nous borner aux habitudes standardUées.

Cette notion de standard, qui ^ st une conquête du xx'^ siècle, comme le machinisme a été une conquête du XIX", est assez importante pour que nous l'expliquions avec quelque détail, car il est grand temps de la faire descendre de l'industrie à Téducatien.

Standard est pris dans deux sens qui ne sont pas très voisins.

Les dictionnaires tra<luisent par type, étalon, norme, modèle, et le langage courant parle de fiches standardisées qui ont toutes les mêmes dimensions ou

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d'écrous standardisés Qui sont interchangeables. Mieux, vaut cette uniformité qui permet de fabriquer en série et de trouver chez tout revendeur des pièces de rechange ; mais, si le type est incommode, cô n'est qu'un demi-progrès, et qui empêche, par son extension, tout perfectionnement nouveau.

Mais il y a un autre sens du mot standard, qui est le sens primitif. , On conçoit qu'il n'y ait, pour faire une action déterminée, qu'une seule façon qui soit la meilleure. Pour lancer des pelletées de charbon, il y a un poids optimum, une distance optimum, une fréquence optimum, une inclinaison optimum de la pelle, une position optimum du corps, etc. De même, pour s'entraîner à la course, pour apprendre des vers, pour faire une analyse chimique, et en général pour tous les actes qui n'exigent pas une originalité imprévisible. Sans doute ce standard variera avecles individus. Mais, étant donné un homme ou un type d'homqies, les standards existent. Bien mieux, on peut les connaître par une étude scientifique, qui d'ailleurs exige souvent des années. C'est ce qu'ont tenté, parfois avec le plus grand succès, les disciples de Taylor (1), développant à l'extrême une tradition ancienne, puisque les règlements militaires sur les mouvements de la marche ou la position du tireur sont d'excellents modèles de standardisation (2).

Malheureusement, en ce qui concerne le travail des enfants, des standards n'ont été établis qu'en très

(1) On connaît le travail de Gllbreth sur les poseurs de briques.

(2) On devine le lien entre les deux sens du mot. l-ne fois trouvé le standard dans le second sens, il y a tout intérêt à en faire un standard dans le premier.

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petit nombre. Les mieux étudiés concernent la vie physique: ma^niëre de s'alimenter, de se vêtir, de se chauffer, de s'éclairer^ de se tenir, de courir, de sauter, de nager, de se reposer : nous aurons l'occasion d'en signaler quelques-uns plus tard. Mais il ne serait pas moins nécessaire de standardiser les actes administratifs : prévoir, au moins les faits de la semaine, par l'usage intelligent de l'agenda où l'on note ses projets, aux moments de la journée qui leur conviennent le mieux et avec la durée qu'ils paraissent réclamer ; organiser, par exemple sa table de travail, avec l'encrier, le buvard, le papier, les timbres aux places qui exigent le moins d'effort pour les atteindre, et, à quelque distance, des stocks de remplacement qu'on trouvera sans hésitation ; contrôler le lendemain ce qu'on aura décidé de faire la veille, en marquant de divers signes qui veulent dire (H bien fait, fait trop lentement, fait trop tard » les projets de son carnet; — pour savoir de quelle façon il faut prévoir, or g^^if^iftpr nn f*nntpMftr, au moins en vue de s'adapter aux groupes où l'on vit, on n'aura qu'à s'inspirer des quatre mots d'ordre de la vie sociale expliqués au début de ce livre, c'est-à-dire qu'on devra standardiser aussi ses habitudes de hardiesse , d^a^ipl^ur, de digcipUne ou de tendresse. Enfin, pour les standards de la vie mentale, manièro de faire un problème, manière d'apprendre une leçon, nous indiquerons au moins par quelle méthode on peut contribuer à les établir.

Ce préambule nous amène à la question générale : une fois la décmon prise d'acquérir une habitude^ comment s'y prendre pour réussir de la manière la plus efficace?

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Conformément à notre théorie des causes, nous diviserons la recherche en trois parties : détermination des conditions matérielles, élaboration des tendances naturelles, choix du milieu social.

II. Conditions matérielles favorisant les habitudes t}ui aideront l'acte volontaire. — Ces conditions matérielles sont le lieu géographique, le milieu économique et aussi l'état physiologique. Pour être fécondes, elles doivent varier avec l'habitude à acquérir : on n'élèvera point un artiste dans un pays laid, un ingénieur dans une région sans vie industrielle, un athlète en se moquant de sa santé générale. Mais il y a quelque chose de commun à toutes les habitudes : elles exigent, pour se former, un ensemble de conditions régulières; et il y a quelque chose de commun aux habitudes qui ont pour but de libérer la volonté : elles exigent, pour se former, une vie ardente comme un coup de fouet, de façon à cr.éer dans l'âme une sorte de tension coutumiëre qui permettra, l'heure venue, de décider fort et d'agir vite. Nous résumerons ce double caractère en imposant à l'école et à la famille une « paix intense ». A ces conditions générales s'en ajouteront d'autres qui seront les conditions particulières de chaque action standardisée. Il faut séjourner dans des bibliothèques, des laboratoires ou des salles de douches bien équipées; des bibliothèques par exemple : expérimenter l'utilité d'un double catalogue, par auteurs et par matière, ou la commodité d'un classement décimal, ou le confort de certaines tables et de certains fauteuils, c'est commencer à s'y adapter. Commencer seulement. Ces conditions, à peu près indis-

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peasables, sont loin de sufQre. Les vraies causes sont d'abord d'ordre psychologique.

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