‹ La nouvelle éducation françaiseChapitre 26 sur 77 · ORGANISATION NATIONALE · texte numérisé non relu

ORGANISATION NATIONALE

Une réforme de Téducatioa doit être une réforme totale. Ne bâtir que des pièces de Tédifice, c'est faire contre la marée des morceaux de digues isolés. Avant donc d'organiser une écola particulière, il \ faut organiser l'école d'ensemble qu'est la nation. ' Or nous avons laissé entendre, en insistant sur la nécessrté d'adapter l'enfant à la vie prochaine, que réducaiion nationale devait être dirigée dans ses grandes lignes par les représentants des groupes auxquels cet enfant, devenu hommey allait appartenir. Quels sont ces groupes?

D'une part il y a les groupes assez nombreux de la vie publique; d'autre part il y a les groupes de la vie privée qui se réduisent en fait à la famille.

170 LA RiVOLUnOU HÉCBSSAIRB EH ÉDUCATION

Notre vie publique se compose de trois existences principales : celle qui assure le pain, celle qui assure Tordre, celle qui assure la vie spirituelle.

La première se vit dans divers milieux, dont Fun, créé pour la production, s'appelle, dans le sens le plus large, l'atelier (1), et les autres, limités à la répartition, s'appellent syndicats d'ouvriers, syndicats de techniciens, syndicats de patrons (^); ces syndicats ont été créés pour une lutte, transitoire à notre avis, qui doit amener tous ces organismes, celui de la production et ceux de la répartition, à se fondre en un organisme plus général qu'on appellera la corporation, par exemple la corporation des textiles,, comprenant tous ceux qui, chefs, techniciens ou ouvriers, s'occupent de filature, de tissage et d'industries annexes.

Dans une deuxième partie de son existence publique l'adulte dépend de VÉiai. L'État a un rôle complexe; ses fonctions, nous l'avons dit, sont aujourd'hui beaucoup trop étendues et on aboutira tôt ou tard à un craquement. Entre autres, l'État moderne a trois missions. 11 s'est donné une mission économique, qu'il remplit fort mal, et qui, l'une des premières sans doute,lui sera enlevée pouf être donnée aux corporations, ou plus exactement à l'organisme confédéral qui mettra l'équilibre nécessaire entre des corporations souvent complémentaires, mais quelquefois rivales. Par un autre côté,

(1) Atelier veut dire aussi soit bureau de commerce ou train de marchandises, soit usine complète ou cartel d'usines.

(2) A l'exclusion d'un grand nombre de syndicats patronaux qui sont des organismes corporatifs et non des organes de classe.

l'État a* pour but de maintenir l'ordre, à l'intérieur comme à l'extérieur: à l'intérieur, il est gendarme et juge, à l'extérieur, il est diplomate et guerrier, en attendant qu'il soit membre d'une Cour suprême d'États. En dernier lieu, l'État a un r61e moral, qui est de transmettre aux générations vivantes l'héritage philosophique, littéraire, artistique des générations passées.

Par là, la fonction de l'État rejoint celle de ï Église j qui est chargée de maintenir la vie spirituelle totale, non pas, comme l'État est quelquefois tenté de le faire, en vue d'une utilité terrestre, mais en ellemême.

A c6té de la vie publique, il y a la me privée, c'est il dire que l'homme appartient à une famille comme époux et comme père, et la chose est tellement claire qu'il est inutile de la dire en détail, bien que, s'il falfait assurer l'importance d'une idée au nombre de lignes qui l'expriment, nous devions employer autant de mots pour parler de la famille que nous en avons employés pour décrire les organismes économiques, politiques et religieux.

Ce préambule établi, l'éducation de l'enfant apparaît comme double : 1® On le prépare à sa vie publique future; 2^ On le prépare à sa future vie privée. Dès lor s, qui va, en dernier ressort, régler son éducation? Go sont, sans aucun doute, les organismes dont il sera membre un jour.

S'il doit en être ainsi, il n'y a rien de plus absurde que l'orgaùisatioQ actuelle.

Aujourd'hui les groupements de la production ne sont pas consultés en matière d'éducation ; tout au plus certains patrons ont-ils fondé des écoles pour

les QIs de lears ouvriers ; tout au plus quelques chambres de commerce ont-elles subventionné quelques instituts techniques pour des industries de leur région ; à part ces exceptions, le monde de la production n'est pas vraiment éducateur.

A l'autre extrémité, la famille ne s'intéresse guère au problème de l'éducation ; elle n'a aucune action sur l'école, et au foyer elle agit suivant une routine qui suffira dlautant moins que les conditions du monde seront plus nouvelles : l'enfant est préparé à son rôle d'époux,, de père ou de mère au petit bonheur.

Mais par contre, l'État est tout puissant; les métiers d'une part, les foyers de l'autre, lui ont tout abandonné ; l'école a supprimé l'apprentissage du producteur comme celui de l^omme privé, et, dans cette école, ce qu'on forme, suivant des méthodes vieilles de deux ou trois siècles, c'est le citoyen d'un empire de fonctionnaires, pour ne pas dire d'une république de professeurs ; l'éducation complète a cédé le pas à l'éducation inteliectuellet si toutefois on peut appeler éducation ce qui n'est souvent qu'un dressage de perroquet.

Une révolution s'impose donc en ces matières,. plus profonde peut-être que celles qui bouleverseront le régime politique ou les rapports des classes. Non pas que nous voulions la prêcher ou en donner le plan. Les mouvements sociaux n'obéissent point ainsi aux discours et aux systèmes. Mais nous sommes persuadés que l'évolution du monde nous mènera, à. travers quelques inévitables heurts, dans la direction que nous allons marquer.

Page 1