‹ La nouvelle éducation françaiseChapitre 34 sur 77 · NUTRITION, RESPIRATION, CIRCULATION · texte numérisé non relu

NUTRITION, RESPIRATION, CIRCULATION

Il existe actuellement une vraie science de Valimentation^ au moins en ce qui concerne les aliments fondamentaux ; ce n'est pas à dire que l'instinct ne misse y suppléer; parmi nos pères il y a eu des brutes qui étaient de fort beaux gars; cependant,, dans des cas particuliers comme celui d'un egtraîne-ment méthodique à un sport défini, il est indispensable d'avoir des indications scientifiques permettant de fixer les détails du régime. Des tableaux indiquent ce que chaque aliment apporte par 100 gammes, d'une part de calories, d'autre part d'hydrates de

â06 LA RlivOLUTION NÉCESSAIRE EN ÉDUCATION

carbone, de graisses et de protéïques (1) ; sachant ce que l'homme doit consommer de calories (2) et de substances de remplacement (3), soit au repos, soit au travail (4), on peut avec ces données établir les menus souhaités : nous renvoyons à ces tableaux une fois pour toutes. Ce sont eux qui ont prouvé, par exemple, que l'athlète ne doit se nourrir ni de graisses ni de viandes, mais de substances hydrocarbonées (5) : Ja viande ne lui sert que de préventif contre des maladies possibles.

Nous n'avons cité jusqu'ici que les quelques résultats scientifiquement établis. Nous n'avons pas parlé

(1) Voir par exemple le livre de A. Balland, Les Aliments (Bailiière, 2 vol. 1907.)

(2) Au repos, par 24 heures et par kilogr. de son poids, 30 à 35 calories.

(3) Au repos, par 24 heures et par kilogr. de son poids : Hydrates de carbone (partie essentielle des sucres et des

féculents), 4 gr. 8. ^

Graisses, gr. 9.

Protéïques (substances azotées animales, comme le lait et la viande, ou végétales, comme les lentilles et les baricots)i 1 gramme.

Ce qui donne, en calories :

4,8 X 4,10 + 0,9 X 9,10 + 1,0 X 4,10 = 31,970. Lire des développements dans Julbs Amar, Le Moteur humain^ (Dunod, 1914), p. 176 et suiv.

(4) Au travail, un homme peut user, en 24 heures, jusqu'à 100 calories par kilogr. ; d'où ration supplémentaire, mais de nature spéciale, car seule l'énergie libre est alors utilisable; or :

100 calories d'hydrates de carbone fournissent 100 calories d'énergie libre ;

100 calories de graisse fournissent 87 calories d*énergie libre et 13 calories d'énergie liée;

100 calories de protéïques fournissent 69 calories d'énergie libre et 31 calories d'énergie liée.

(5) On trouvera dans le livre déjà cité du docteur Boiobt des renseignements sur le régime d'un athlôie pendant l'entrainement; p. 96 et suiv.

La culture physique 207

de certains aliments dits < nervins », café, alcool, dont le rôle est encore mal connu, mais qui ont une puissante action tantôt excitatrice, tantôt toxique, toujours disproportionnée à leur pouvoir calorifique. L'alcool agit sur le système nerveux, le c^fé sur le système nerveux et le cœur. Tous deux s'éliminent complètement et rapidement; seule l'élimination de l'alcool fatigue à la longue le foie. Les nervins trouvent leur indication au moment d'un effort. Cependant il serait terrible d'en abuser. Pour l'alcool, tout le monde est d'accord -— au moins en théorie — pour ne l'absorber chez nous que sous forme de vin et dans une mesure modérée. Le café n'a pas fait l'objet d'une doctrine, car il ne suscite point de passion. Nous estimons qu'on doit complètement supprimer le vin et le café chez les enfants (1).

Ce n'est qu'empiriquement que l'on peut fixer la disposition des repas dans la journée. L'observation nous apprend que, si l'estomac est vide, le cerveau comme les muscles fonctionnent mal, et que, s'il est trop plein, tout l'être est assoupi. Nous ne saurions donc nous élever trop énergiquement contre la mode française des repas rares et copieux, surtout lorsque l'un de ces repas, celui de midi, est suivi, au bout d'une heure à peine, de classe ou d'étude, et l'autre, comme le repas du soir, précède de peu le sommeil. D'instinct, les Anglais ont employé une répartition^'qui nous semble bien plus efficace :

(1) Les proportions précédentes s*appliquent à nos climats. Dans les pays du Nord, augmenter la graisse et user d'im peu d'alcool. I)an8 les pays chauds, diminuer la graisse et supprimer Talcool.

à) Le matin, un fort breakfast avec poisson ou œufs, pain et confitures ; b) vers midi ou une heure, un lunch relativement léger; c) à quatre heures un goûter copieux, riche en aliments sucrés ; d) le soir, un souper léger.

Enfin l'alimentation des enfants doit être extrêmement régulière.

Après les repas, la circulation est intense autour de Testomac : il ne faut donc pas, par un exercice exagéré, y ajouter une circulation périphérique qui surchargerait le cœur : d'où l'usage, à ce moment, d'une heure de temps libre qui est une heure de demi-repos.

Deux mots encore sur la respiration. Elle dépend du maintien. Suivant l'attitude, on respire par la poitrine ou par Ig^ diaphrap ;mfl. Or, des deux respirations, la respiration costale et la respiration abdominale, c'est l a première Ja^bounfi., 11 faut donc la faciliter en marcfeê^efau repos.

En marche, on l'obtient en se tenant souvent sur la pointe des pieds, ce qui comprime les muscles de l'abdomen (1).

Au repos, il faut avoir la tête droite, car les muscles inspirateurs s'insèrent sur la base du crâne et sur la colonne vertébrale. D'où un matériel qu'on ignore dans nos écoles. Pendant les « classes » et les « études », être assis sur des bancs à dossier, en face de tables hautes et inclinées, de façon que la surface du papier qu'on lit ou sur lequel on écrit soit perpendiculaire au rayon visuel, lequel émane d'une

(1) Cf. la campagne du docteur Gauthiez» notamment dans le journal f Le Matin > Ipamnit 1920).

LA CULTORE PHYSIQUE 209

tète droite (au besoin, rendre ces tables mobiles par un double mouvement d'élévation de leur pied et de rotation de leur planche). A défaut de ce matériel, des pupitres pour les livres. Ou bien écrire à la machine. Quand on quittera le travail sérieux pour une lecture reposante, on s'asseoira sur un fauteuil muni d'un appuie-tête, comme ceux des coiffeurs ou des dentistes. Dans tous les cas, les livres de classe doivent être imprimés en très gros caractères. Enfin on fera grande attention à l'éclairage. 11 doit être intense et concentré sur l'objet qu'on regarde ; d'où, le jour, de larges baies, avec lumière venant de gauche et diffuse, le soir des ampoules individuelles à abat-jour métallique enveloppant, montées sur des tiges glissantes et tournantes qui leur donnent toutes les positions et toutes les directions.

Deux mots enfin à propos de la circulation. On y aide par un certain usage de l'eau. C'est que l'eau ne sert pas seulement à laver ; à cet égard, la partie est presque gagnée : les Français commencent à être propres. On peut l'utiliser pour aider la circulation (sans parler de la respiration cutanée par les pores qu'elle maintient ouverts). La circulation, du moins à la périphérie où elle attire le sang. Pour cela il faut la prendre non en bain, mais en douche et plus précisément sous forme de pluie. La douche doit être tiède, sauf quand il fait très chaud ; la douche froide en effet risque d'enrhumer et énerve presque toujours ; la douche en jet énerve aussi d*autant plus que le jet est plus violent ; on aide l'effet de la douche en la faisant suivre de quelques mouvements et de quelques frictions. On doit se doucher tous

les jours en se levant, et en outre après une suëe. Nous voici arrivés à Texercice proprement dit.

BXfiRGtCES i>HTSlQUBS

L'exercice est enseigné en France selon deux groupes de méthodes qu'on a appelées méthodes naturelles et méthodes artiQcielles. Les méthodes naturelles (1), dont Torigîne remonte au docteur F. Lagrange et dont le plus illustre apôtre est aujourd'hui Georges Hébert, partent de ce principe que les plus beaux types d'hommes sont ceux qui vivent d'une vie de sauvage. Hébert écrit : < L'homme, comme tout être vivant, doit parvenir à son développement physique intégral par

(i) Notiâ ne vouioxis donner iôi (Jii'tine courte biblid^aphie de la question. Le docteur Laoranob, précurseur de la science du mouvement musculaire, a publié, entre autres ouvrages, Physiologie des exercices du cofps et Vexercice chez les enfants et les jeunes gens (Alcan). Il a été sOiyi par DkRlf nt, collaborateur de Marey, qui a fait des mêmes mouvements une étude cinématographique. Ses principaux livres sont : Bases de VEducàlion physique et Mécanisme des mouvements (AlCan). Il faut citeri en franchissant plusieurs années, le gros livre du docteur Framcis Hbckbl : Culture physique et cures d'exercice (myothérapie), préface du Professeur F. Widal (Masson, 1913) ; Georges Hébert, lorsqu'il était liëùtensint de vaisseau, a fait de nombreuses expériences à TEcole des Fusiliers Marins et à TEcole des Mousses, puis il a fondé le Collège d'Athlètes. Toutes ses expérleiices ont été réunies dans les ouvrages suivants : Guidé pratiquis d'Education physique (VuibeH; et Nony) ; VEdueation physique ou VEntrainement complet par les méthodes naturelles {exposé et résultats) (Vuibert, 1912) : Ma leçon type à'éntràlnemisnt (Vtdbert, 1913) ; le Code de la Force (Lucien Laveur j; La Culture iHrile et les devoirs physiques de Vofficier combattant {Vuibert, 1918).

LA COLtaRB PHYSIQUE 211

ia seule utilisation de ses moyens naturels de locomotion, de travail et de défense » (i), ce qui s'obtient « par Tactivité constante et journalière » (2).

Celte méthode est tout opposée aux mëthodeâ factices qui ne développent qu'une partie du cofps, la vieille gymnastique aux agrès qui était en honneur iî y a quelques années, et la gymnastique suédoise qui l^a supplantée en mains endroits. Hébert, avec l'intransigeance des chefs d'école, rejette absolument toute gymnastique artificielle, faisant tout au plus une place à une gymnastique du genre suédois, comme une préface servant à prendre l'équilibre en vue de la traversée.d'un passage dangereux, ou à respirer api'ès un effort violent, ou à rectifier un vice de conformation : il l'appelle alors, du seul nom qui lui convienne, gymnastique élémentaire. Pour nous, transposant dans l'ordre physique les principes généraux d'un James ou d'une Montessori, c'est le principe hébertiste que nous accepterons comme seul compatible avec le plan général de notre éducation.

Pour les détails de la méthode, nous renvoyons aux livres très complets que nous avons cités. Contentons-nous d'indiquer d'abord le but auquel Hébert vôùt faire arriver tous lé8 jeunes gens. H les prépare à une série de douze épreuves : course de 100 mètres ; course de 500 mètVes ; course de 1.500 mètres ] saut en hauteur sanâ élan ; âatit en hauteur avec élan ; saut en longueur sans élan ; saiit en longueur avec élan ; grimper à la corde lisse ; lever du poids ; lancer dû poids ; 100 mètres à la nage et uûe plôûgée sousTeau. Ces épreuves résument en effet à peu près

(1) VEducation physique^ p. â

(2) Ibid, p. 3

toatce que notre corps peut exécuter pour sa < locomotion », son < travail > et sa c défense ».

Pour que cette éducation soit naturelle, on cherche non point le spécialiste de telle ou telle épreuve, mais celui qui a la meilleure moyenne, et pour cela Hébert a dressé pour l'adulte,' c'est-à-dire pour le jeune homme de 18 à 20 ans, un tableau que nous ne pouvons pas ne pas reproduire (p. 214-215). Pour chaque épreuve, la deuxième colonne représente des coefficients et l'aptitude moyenne d'un sujet se mesurera en additionnant les points de toutes les épreuves (1).

Ce tableau constitue Je but à atteindre dans une école d'adultes ; on l'a très simplement modifié pour servir k une école d'entants ; toutes les fois que l'âge s'abaisse de deux ans, on ajoute une unité au coefficient de chaque épreuve (2). On a ainsi le tableau de transposition :

16 à 18 ans, ajouter 1 pour chaque épreuve.

On prendra toujours la moyenne des points en

(1) Par exemple, quelqu'un qui ferait la course de 100 mètres en 14 secondes aurait le coefficient 3 . Qui, au lancer du poids de 7 kilo. 257, ferait 5 m. 50, aurait le coefficient 1..., etc.

(2) Par exemple, un enfant qui aurait de 14 à 16 ans au lieu de 18 à 20 ans, comme dans le tableau fondamental, verrait abaisser dé deux uaités le nombre de points nécessaires pour être classé dans une performance déterminée ; ainsi, s'il fait la course de 500 mètres en 2 minutes, on lui donnera, au lieu du coefficient — 2, le coefficient 0, c'est-à-dire qu'on le considérera comme étant & la limite inférieure du développement élémentaire.

cherchant toujours un développement d'ensemble.

Pour arriver de ces résultats, il faut se conformer à un programme de travail journalier, hebdomadaire et annuel.

Chaque jour on donnera à l'éducation physique environ une heure ; les 25 premières minutes seront consacrées à une leçon éducative élémentaire (et c'est là seulement que l'analogie apparaît entre Hébert et les Suédois), qui comprendra : élévation des jambes, flexion sur les extrémités inférieures, élévation des bras, fente, extension des avant-bras, suspension, appui, équilibre, sautillement, mouvements du tronc, saut, mouvements respiratoires (1); puis, après une pose de cinq minutes, une demi-heure sera consacrée à une leçon d'application^ qui comprendra : défense (boxe et lutte), lever, lancer, grimper, sauts, course et marche (2).

Le travail hebdomadaire comprendra, les cinq premiers jours, une heure de leçon double du type précédent, et le sixième une course de grand fonds, des jeux, des sports, des travaux manuels ; le dimanche, repos (3).

Enfin, le programme général divisera l'année en trois périodes :

1® Octobre, novembre, décembre et janvier, période préparatoire consacrée au développement du corps et au perfectionnement d'exécution des différents exercices.

2© Février, mars, avril, mai, période intermédiaire dans laquelle les exercices deviendront plus durs et

(1) Guide pratique d'éducation physique^ p. 512. -^

(2) /6td. p. 516.

(3) Ibid. p. 522.

ES

CQ^

an

^ eS

^Jg

sssss

sapai

oo

OT

Jl

la'*

CB » e»

ooooo

fl

oo

rv

OO

ooooo

Page 1