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^,^.-*gu* iihoù; c'eat elle qui s'achève dans l'amour
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.. v^a; ncaaui^iti aussi, la plupart du temps, les
k .i.u.'d qui se parfument; il y a là, à un certain
i^v?, uu ^iguô qui aide singulièrement l'éducateur à
!u'i'o ^uu diagnostic.
évidemment les appels des sens correspondent souveut à dos besoins organiques. La détente paresseuse dos muHcles s'impose après un excercice violent. L'amour doM sucreries est exaspéré quand nous u'avoiis pas notre ration d'hydrates de carbone. Mais
(1) A part quoique» exceptions» certaines danses, certaines musiques ; encore peut-on dire qu^eiies sont sensuelles par les nditions qui les accompagnent
LA CULTURE DE l'aCTIVIT^ 2^3
ces appels physiques commencent à être connus. On peut établir pour chacun les repos et les menus nécessaires. Nous tiendrons fermement au programme que nous nous sommes fixé. ^ Autre chose est le soin du corps et son culte.
Pour le reste, Tinterdiction. Imposée de très bonne heure. Brutale comme une consigne. L'habitude n'est pas pénible quand elle remonte à la toute petite enfance. Cet ascétisme sera payé par des joies d'un autre ordre. La question est tranchée. Aucun appel n'est possible.
Mais enfin il est une époque où le fleuve est plus fort que la digue.
Les péchés de l'adolescence peuvent s'attaquer à la pureté ou à la chasteté (1). La faute contre la pureté^ étant plus facile à commettre» est plus précoce, elle prépare la seconde et, même lorsqu'elle s'y substitue, elle a un caractère égoïste auquel l'autre échappe parfois. Elle nous paraît donc à bien des égards plus dangereuse. C'est d'elle seule que nous traiterons (â). Les conditions matérielles qui la favorisent sont surtout physiologiques : malpropreté, lit trop chaud ou trop moelleux, longue immobilité sur un banc : il est aisé de les supprimer.
Les conditions sociales sont la solitude de l'enfant dans sa famille malthusienne et dans sa classe homogène : le remède serait la famille nombreuse ou l'école familiale, l'une et l'autre organisées de manière que les liens hiérarchiques signalés plus d'une fois se doublent de liens d'affection, ce qui se fait
(i) D'autres ont un caractère si exceptionnel que nous ne les mentionnerons pas.
(2) Pour la chasteté, méthode analogue.
presque spontanément ; en outre, dans ces milieux, la présence de la femme, et dans son rôle normal, corrigera l'anomalie d'aujourd'hui, des écoles où la femme est systématiquement ignorée, ce qui transforme le peu qu'on devine d'elle en prestige indéfini, et, dès qu'on est sorti de ce Mont Athos, tous les frôlements de la rue pour exaspérer les désirs que cette ignorance a fait naître.
Dans ces conditions, les tendances purement physiologiques se forment lentement pendant que la puberté se prépare, elles sont à la fois si indéterminées et si complexes qu'elles pourront donner naissance à des habitudes très diverses suivant les premiers actes où elles se satisferont. C'est une époque souvent décisive dans la vie d'un adolescent que celle de ces premières surprises, si étrangement brusques qu'il ne peut pas dire si elles sont voulues ou non, si elles sont un mal ou non, si elles sont un plaisir ou une douleur. Nous sommes au moment critique ; que l'enfant apprenne certains gestes, et voilà des coutumes installées pour la vie. Aussi l'éducateur doit empêcher cette fixation. La méthode est connue : pour qu'un instinct ne se spécialise pas dans un objet, spécialisez-le d'avance dans un autre ; ainsi, l'enfant, même petit a un besoin d'occuper ses mains qu'on satisfera de très bonne heure dans les jeux de constructions ou le travail de jardin; et, comme l'instinct sexuel contient bien autre chose que de la sexualité, dévouement à autrui, émotions à subir, vitalité à dépenser, on lui préparera d'avance des succédanés : protection des petits, éducation musicale, jeux fous. Les images cependant jouent ici un plus grand rôle •*. partout ailleurs ; elles sont, dans d'autres actes,
La culture de l* activité 258
le vêtement, ici Vessence. Ces images quelquefois suivent, souvent font naître, toujours renforcent "le grondement physiologique. Leur origine e:»t diverse : tantôt c'est un souvenir brusque qui apparaît dans un moment d'inattention ; tantôt Toisivelé a fait naître un rêve de sentimentalité vague qui semble pur puisqu'il n'a pas d'objet, auquel par suite on se complaît sans remords, qu*on aide même par des représentations chastes mais mobiles, et qui bientôt se transforme, comme dans la prière du saint ermite, en visions obscènes qui traînent avec elles toute une série de phénomènes physiologiques qui finissent par localiser grossièrement l'idéal où l'on croyait s'envoler. Ces images ont une singulière violence; leur puissance souvent dépasse celle de la réalité ; c'est que la réalité doit être acceptée avec ses inévi* tables laideurs et dans une passivité presque complète, tandis que l'image, grosse d'images nouvelles et riches de beautés inconnues, vous emporte en un monde splendide, indéfini, où l'on est maître et créateur.
Voilà pourquoi le péché des adolescents est souvent plus dangereux que le péché des jeunes gens. Ces images sont génératrices d'actes sans intermédiaire. On ne peut donc les combattre que par d'autres images. Les images inhibitrices viendront de façon différente chez les petits ou chez les grands. Pour les premiers, elles doivent être suscitées automatiquement par rimage redoutée ; il n'était pas si bête, le moyen que préconisaient les vieux maîtres de la vie ascétique, lorsqu'ils recommandaient, au premier assaut de la tentation, de penser au calvaire, à la Vierge, aux anges, et c'est leur méthode qu'on a
286 LA RÉVOLUTION NÉCESSAIRE EN ÉDUGAtlOfî
laïcisée en recommandant de songer aux conséquences comme la fatigue, la maladie, la déchéance, et autres spectacles assurément moins efficaces que la croix ou le paradis. Seulement il faut, par une habitude lentement invétérée, faire de l'arrivée de ces visions nouvelles une réaction immédiate à l'entrée en scène des visions premières. Il faut en un mot accoutumer l'enfant à être maître de ces images, et pour cela revenir à l'exercice de la méditation.
Dans cette méditation, quelle place tiendront les idées ? C'est surtout dans la roiide des images voluptueuses que les idées paraissent pâlottes et isolées. Ces deux caractères les désarment. C'est pourquoi l'enseignement actuel, où tout est présenté dans la sécheresse des abstractions et avec la discontinuité d'un kaléidoscope, laisse l'enfant constamment ennuyé pendant ses heures de classe et d'étude, c'està-dire constamment à la merci des tentations. Non par leur contenu mais par leur forme, ces mathéma* tiques ou cette géographie sont essentiellement immorales. Cependant les idées pourraient lutter si elles étaient en troupe constituée contre une image naissante. Il suffît pour cela d'obséder l'enfant par le faisceau des inventions possibles que renferme un incept. L'incept lui-même préservera d'autant plutr que son développement s'appuiera sur des images inhibitrices de celles que l'on redoute. Intéresser ua enfant, par exemple, à des observations météorologiques qui supposent à des heures déterminées une lecture d'appareils, et entre ces lectures des réflexions pour ébaucher des lois ou même pour imaginer des modiQcations de méthode ; remplacer pour d'autres ce travail d'observateur par l'organisatioa
LA CULTURE DE L'aCTIVITÉ 257
d'un poulailler, avec la prévision de la nourriture des bètes, de la vente des œufs, des luttes contre les belettes : et voilà l'enfant rempli d'une continuité de pensées qui laissent difficilement l'assaut d'images étrangères mordre sur sa course, aussi bien pendant la journée de travail qu'aux heures troubles du demisommeil.
Enfin ces idées se réuniront en une doctrine de vie. Bien des motifs d'être purs traînent dans les homélies des vieillards repentants. Au fond, le seul motif qui vaille, c'est que la vie humaine c'est la vie de l'esprit, que l'esprit est l'amour, dans le sens où l'entendent, en deux pages fameuses, saint Paul et l'auteur de rimitation, et qu'une vie d'amour est exclusive de toute bagatelle qui en romprait Z't/m7e.)Ainsi nous retrouvons une fois de plus cette vérité, qu'il n'y a de fort pour diriger un homme qu'une conviction « une 9 suscitant un enthousiasme <c total ».
Pour en arriver là, il a donc fallu avertir l'enfant? Sans aucun doute. L'ignorance féconde, en cette matière, c'est celle de la sensation et non de la vérité. Il faut rompre avec la vieille politique de l'autruche. L'avertir, sans hâte assurément, et pourtant sans attendre l'isolement plus fréquent, le dédain des jeux, la fatigue du regard, les signes qui sont certains, mais qui certifient qu'il est trop tard. L'avertir totalement, afin de pouvoir appuyer des motifs sur ces révélations, mais non point en détail, par crainte de ce que pourraient suggérer les précisions anatomiques ou linguistiques. L'a,vertir sincèrement, pour qu'il devienne l'artisan de sa préservation, lorsqu'il a encore envie d'être préservé. L'avertir, non dans la solennité d'une leçon publique,
â58 UK RÉVOLUTION NÉCESSAIRE EN ÉDUCATION
mais sans rintimité, à propos d'une occasion qu'au besoin on suscite ; et c'est la tâche du père, non seulement parce qu'il doit avoir la plus longue expérience et la principale responsabilité de son enfant, mais parce qu'il sent son propre passé renaître en lui et que i'éclosion de cette âme sous son souffle est dans l'ordre spirituel une seconde procréation.
Nous avons insisté sur cet exemple, à cause de la netteté avec laquelle y jouent les tendances, les images et les jugements : habitués désormais à la méthode, nous pourrons nous contenter d'indications d'ensemble en ce qui concerne des vices nouveaux? et spécialement l'orgueil.
3® L'orgueil. Mieux vaudrait dire les orgueils. L'un est un jugement faux, et toujours favorable, de sa valeur. L'autre est un amour exagéré, et quelque peu inquiet, de l'opinion d'autrui. Le premier ne se contemple que dans son miroir, le second ne se cherche que dans les regards d'un public. D'où, dans le premier cas, un audacieux, et dans le second un timide. En approfondissant cette psychologie, on trouve aux deux orgueilleux des traits communs. Tous deux sont des isolés et des statiques. Des isolés : c'est évident pour le premier, puisqu'il ne se prise tant que faute de points de comparaison^ ce n'est point moins vrai pour l'autre, car c'est un isoloir que ce tréteau sur lequel il parade, et ce n'est qu'une toute petite partie de sa personne que celle qui est accessible aux regards d'une foule. Ce sont aussi des statiques. Ils s'enorgueillissent, le premier de ses facultés physiques ou mentales, non de l'usage qu'il en devrait faire, le second de quelque chose de plus
LA CULTURE DE l'ACTIVITÉ 269
inerte encore, des applaudissements, une décoration, une publicité, des préséances. Ce sentiment n'est ni social, ni humain. La vérité, toujours plus moderne, c'est que l'homme, ou l'enfant, soit jeté à l'action, et en groupe. Alors on lui montrera que pour une humanité normale deux choses comptent. D'abord ce qui importe, ce ne sont pas nos aptitudes, mais l'emploi que nous en faisons : d'après ces aptitudes, chacun en naissant apporte une vocation, tout au plus un petit nombre de vocations, entre lesquelles des circonstances dont il n'est pas maître le feront choisir, mais à cette vocation il n'a pas le droit de se soustraire, sous peine de manquer sa vie ; ainsi le vrai orgueil est dans l'accomplissement et non dans la contemplation de ses virtualités : il est ambitieux au lieu d'être satisfait : c'est un moteur au lieu d'être un miroir. Ensuite on saura que, d'après la structure des sociétés actuelles, les hommes ne se distinguent entre eux que par leurs fonctions ; suivant leurs caractères psychophysiologiques, l'un sera ministre des chemins de fer et l'autre aiguilleur, mais la division du travail a été poussée à une telle minutie que les deux fonctions sont aussi indispensables l'une que l'autre; de plus, si l'on va jusqu'à l'esprit qui tend à animer ce monde, on voit que fonction est synonyme de service; le ministre ne règne pas, il sert, de plus- haut, plus largement, pour plus longtemps, il n'en est que plus absolument serviteur ; l'orgueil de servir doit donc désormais remplacer celui de dominer; le moteur joie de l'action se double de la flamme devoir d'aimer : l'ambition s'achève en passion. Il ne s'agit donc pas de combattre tout orgueil, mais de combattre un orgueil par
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Qiêer fi celles îles autres. IWs i
LA CULTURE DE l'aGTIYITÉ 261
lors l'orgueil s'évanouit, parce qu'on n'a pas le temps d'y penser.
Nous pourrions prolonger indéfiniment ce petit « traité des vertus ». Mieux vaut que chacun l'établisse pour son compte. Empirique peut-être, il sera toujours adapté.
Dans cet essai, il ne s'agira — du moins nous l'annoncions — que des vertus caractéristiques de l'enfance. Il est vrai qu'entre l'enfance et la jeunesse la transition est insensible ; d'ailleurs la paresse, la sensualité et l'orgueil sont presque de tous les âges, et il n'y a guère que le vieillard qui, faute de passions, n'ait, pas à refaire tous les jours le même examen de conscience que dans ses premières années. Cependant la puberté est un tel bouleversement que, dès que nous l'avons franchie, de nouveaux problèmes moraux se poâent à nous, ou tout au moins il nous faut résoudre les anciens par une méthode toute nouvelle.
III. La discipline et l'amour chez les grands. — Après la puberté des tendances nouvelles sont nées, dont les effets au premier abord peuvent paraître contradictoires. D'une part se manifestent sens social et instinct sexuel, aides à la discipline et à l'amour ; mais d'autre part on a besoin d'indépendance explosive, et la tendresse ou la passion tendent à se fixer sur un être, dans l'oubli total des autres.
Faute d'avoir su faire leur place à ces quatre facteurs, on a complètement défiguré le problème. Jusqu'ici on n'a guère vu que deux types de sociétés. Sociétés grégaires, où les faibles, les gourdes, se
^«^^Uiuwttaii ttu uiit^ commimminé qm les prc-tèce. **a«.M'it^. utdiviiluali.Hlfîs, où les forts, ies astiici^fix, . intutuii ^uiur niif*ux se dé brouiller. D'aa cûté, oa v-A. iir «M* part'ft.Hf Huus le» Dom» d'esprit de corps <>« II tv.jii lî ti,. ulmril*^, de l^antre on oublie sî>il é^:ï^»ô i\h |»i i»i laïuaut i(5H hifmfaits de la concnrreDce et le *.uUt^ dt- 1 nlliirt. Feudaut ce temps des pfciijso^hes ou iiuî. iS' uiu, m t^Urs dissertent sur l'opposition enire aiH uMr ui iiidividu OU, Car ils ne craignent pas ks «HiluUih(%u)>^ tmtre Hocialiâme et individualisme*
^Vi \^^^xi\ iiu proRiier mot, on a générak'iDezLt 1^.-. K^^^^v u xnovuulti uïét\. En vue d'un monde où Tom. \,\ \»Miiu Mii, qu,» Ih concurrence, on a fondé une ,v,io,.Hinvii ouiuNrr Hur ri^mulntion. A la gymnastiqiie, ,v%i ♦•*i>HH hi iU»n xrv|M4r<Vmmil Tadresse de ckaciiiu en ..u--.* »o vui%iuar(A Iruvnil donnait lieu à un dassèv,v MM r JMt^i, ^pip rnimiM^ni^niBnt fût bien ennnyeiix V. Uv M. ^-»MN |v,im' ^ju'on ti'crtt pas d'autre moyen
♦ .. ..,au».^, ,t,. i*h>,iivi,hi i« <U(^ à la fois exagérée et ,, .,i*;, H\t i*,Mv^H 4hi vv* ?4m\4»I«, dan« les t écoîes ,. ..^sH. V ,Kv v\.*i»ViS>, *toM>. rimpulnion d'Edmoifi ^v .^. *K^o ^{\ f Vx ^^ hn i|Mn i*voii>» emprunté le » ,M«<. 4>^' r<^^^*^* V«<np«*>>>*^l*i^^^ dftit petits. Par là. .,♦, i*'u -t- 4v.»Mîosi*< 1^ \k juu'toiiuiinijié iateilectuelie.on . . 4,. ... ;< 1^ iii 'fUv;>varuiiiJia i-umplète, et le but appa-
. r^.vufvul ùknh la métaphore de la devise :
s ',,,,:.. '«: '^^'çxp ptiur la vi& >« 11 eiit vrai qo*il s'agissait ,,. .. ;v;a w* lî>^) contre TeMprit fonctionnaire ; il est ». -.1 ^u^, entra 1900 et 1914, Demolinset ses succes-
'.t( t ii£M(iUK0, ^ ^u(>j li^nf la tupérioriié da Anglo-Saxoia. ~ ,i l'OH inte/éi à $' emparer du pouvoir? — et VEducoHon
LA CULTURE DE l'aCTIVITÉ 263
S6urs(i) ont ajouté à leur culte de Tinitiative individuelle celui de l'action concertée ; il est vrai enfin que l'esprit grégaire est toujours si menaçant et que l'adolescence aspire à tant de liberté que la méthode est celle qui convient le mieux à cet âge. Mais à condition qu'on n'y voie qu'un âge de transition et une méthode à parfaire. Elle ne se suffit pas à elle-même et ceux qu'elle jetterait directement dans la vie y tomberaient aujourd'hui tout à fait désarmés. Aussi, la première jeunesse achevée, il faudra fonder l'éducation sur un principe tout opposé, et, dès avant l'adolescence, il faudra appliquer le principe des écoles nouvelles dans un esprit fort différent.
C'est que les transformations de la guerre ont rendu les « écoles nouvelles » assez vieillottes. Les sociétés de l'avenir ne sont plus la Scandinavie du xix^ siècle et la Grande-Bretagne du xviii^ qu'elles avaient prises pour modèles. Nous marchons vers un certain collectivisme. Pour ne parler que du travail, 1 autonomie de l'ouvrier est limitée par l'ingérence du bureau de préparation dans les industries standardisées, et l'autonomie du patron est limitée par celle des patrons voisins dans les industries en cartels ; l'organisation y est tout autre que dans l'équipe homogène des anciens communautaires, quand ce ne serait que parce qu'elle suppose la spécialisation, mais tout de même il faut dire que, dans l'industrie de demain, on travaillera en commun.
C'est à ce travail en commun qu'il faut désormais préparer dès l'école, et le problème, vraiment nouveau, qu'elle empruntera à l'industrie, c'est : Com-^
(1) P. DB RousiBRS, LElile dans la société moderne, son rôle (Colin).
s>.vËS:sAlKK EN ÉDDCATIOH
V .. ,, ';;(tir artisan ou du fulvr .. .. ^■l.^.L■t/"c^ à celle de l'atelier . « ... ,m.iif i'individa se servirait .. .-'. i... '•-.ii'iiiitant dans l'antique .... ;. i*t(..t- -e fon(ruire eiu j'eu/ie
. „.* L .*uuf» àeufauts, qui, sous ,j..^,..>ui ^ii^î. iViifresseB de sable . >.-,„i..v.ii. ;t-s 'jruupemerils ri . ..^t^.- ^11? ïotielê lie billarii, -, . .,-^., jc savitflé pùur orga- .-.j..-..:!, Cûiàouii y aura ses .-..j. .-,,.Lu.ô \ des rt'iiies. Ainsi, ; ,.»-.5 Jtiiinàiics eu Auvergne :
. .,-^.io lois, jûuruées coupées par .^j. .%v'a» liêologiques ou écouo- --<■» oi<.at;.ious tous les deux ou - ■viit|'iir!i à :>ou lour les corvées -^ï^ oi'r>v^ il'oau. corvée de feu, -.vui U*ï. toiicliiiui lie leur spécia- ,.i.oi. i-oHii-rfuvn'r, sçuiile. C'est le ■> .^ii-i M'vuti-s .l(ïs hommes faits.
'l■•^■■^* .1* i».ii» ^^out eul qu'où pourra ---*• l'i-tn uuv> vorsiou latine, on '>.'w'aao m-iiuotoioBOuà peu près; P'ojui de mut i mol et tous deux « uu uiut ^ inol déliuilif; chacun iii:liou fittuçaise et tous deux rédi- * lo toxte df-ruier (1). De mfeme, *tiou de physique, non seulement "avttil m&téritfl, mais encore les
LA CULTURE DE l'aCTIVITÉ 265
idées provoquées par le phénomène toujours complexe jailliront d'autant mieux que les observateurs seront moins isolés (1). Ënûn un travail d'histoire, s'il a pour objet de déterminer l'état de la propriété d'après divers textes d'une même époque, suppose que plusieurs élèves lisent chacun une partie du texte, pour grouper ensuite leurs résultats. C'est ainsi d'ailleurs que les savants procèdent, par exemple en chimie où le maître suggère l'hypothèse que vériûent les disciples, ou en sociologie, où des monographies font partie d'un vaste programme établi par le chef d'école.
Enfin rappelons une fois de plus que la maison^ dirigée par les enfants hiérarchisés, sera la petite république constamment éducatrice.
De tous ces groupements sort une discipline très souple, comme la peuvent supporter ceux qui traversent ou viennent de traverser la puberté, la discipline telle que la concevaient les républiques européennes quand, à la fin du xix* siècle, elles jetaient aussi leur gourme. Cette discipline est trop l&che, dira-t-on : elle est au moins voulue, répondrons-nous. C'est le commencement nécessaire. Moins crise de discipline que crise de croissance.
Mais à côté de la discipline ce système peut aussi communiquer V amour qu'étouffe notre école napoléonienne, et même, dans une certaine mesure, V c école nouvelle. >
, Pour la première c'est évident, puisque le principal but était le succès à un concours : culture systématique de l'orgueil chez les uns, de l'envie chez les autres.
(i) Même remarque.
Xrfnie : ïtt xcana^ -^ jiti -? nj^^a j;^:» ces
««Mmer^sfaîe ^Ilf àca :riiCJie Teoizècajen >?«il-è€r«à tout
C«»<î ei î^c* LZLTrrse q * ii £i;it pr-^r«ss^r.
T;<it p^âv a^is Le saToos, feof^at Axra ea aine coi»sijna^ coinm« sona^^r la cloche: il a'j aoirn tu que la € tàiriiç t : il l'aura accomplie ardemmeat ; elle était %\ amarante. BïeQt«!>t oa lui doanera d^t r^tp':>niabh' liUs à tégard de Mon groupe : en excorsioD, il portera le tire-l»ucboa ou le sel du déjeuner; s'il les oublie, quelle catastrophe pour tous, et quelle sanction renne de toug ; sa respf>Dsabilité est effectÎTe. Adolescent, c'estrà'dire en qoète d'émotions et prêt à se donner, il aidera volontiers un petit à se corriger de son mauvais caractère; mais, pour y réussir, il lui faot un certain pouvoir sur lui; dès lors l'autorité n'est plus un don originel, mais un corollaire de l'amour ; les droits ne font que conditionner des devoirs ;6Ï on est armé pour la vie, c'est pour la vie des autres (i) ; et toutj dans ce sys-*
(1) D'où une nouvelle devise que des élèves de l'Ecole des Hoches prirent récemment pour leur maison : c Par soi, pour tous. »
LA CULTURE DK l' ACTIVITÉ 267
tèmey est suspendu à Vidée de service^ puisque, comme nous le disions à propos de l'orgueil, le chef n'est qu'un serviteur en chef. Dès lors on n'aura pas grand peine à apprendre à ces jtunes gens la bonté ; c'est une bonté sans pleurnicherie et sans faiblesse, qui n'abdique jamais, qui rudoie quelquefois et dont le but presque unique est d'élever les petits, puisque les chefs de la production auront demain à s'inquiéter avant tout de l'ascension de leurs ouvriers (i).
Cet amour des groupes de travailleurs peut-il se transformer en un amour du travail lui-même? Problème essentiel. Jadis l'artisan aimait son chetd'œuvre; il l'aimait, affirment les théoriciens de l'individualisme, parce qu'il était sien. Aujourd'hui un même homme ne fait, dans une automobile, qu'une pièce ; encore ne la fait-il, si l'atelier est taylorisé, qu'avec l'aide de huit sous-contremaitres qui y laissent des empreintes encore plus profondes que la sienne ; et l'on croit trouver là une confirmation de la raison précédente, puisque les ouvriers modernes jugent leurs usines comme des bagnes. On a beau dire que la journée de travail sera de plus en plus courte et les salaires de plus en plus hauts, l'homme ne travaille pas seulement pour l'argent, et une corvée quotidienne, ne fût-elle que de six heures, serait intolérable. 11 faut donc refaire une mystique du travail collectif.
Elle existait au Moyen Age, quand on bâtissait des cathédrales et qu'on ne les signait pas. Sans doute, la fileuse du métier continu et le manœuvre qui décharge des wagons de coke auront de la peine à
(1) Cf. Devoir et durée, p. 377.
trouver dans leur besogne les joies de l'esprit. Mais l'initiative apparaît déjà chez les employés qui, dans les usines scientifiquement organisées, assument chacun une seule des fonctions des anciens contremaîtres, et sont beaucoup plus nombreux qu'eux. A plus forte raison se développe-t-elle avec le grade dans l'usine proprement dite, et elle se développe encore davantage quand on passe de l'usine au laboratoire. C'est à ces agents plus affinés, dont quelques-uns sont des savants ou des artistes, qu'on peut faire comprendre ce que l'efiort collectif a de grandeur.
Mais on n'y arrivera pas sans une éducation préalable. C'est dès Vécole primaire qu'il faut, par exemple, faire dessiner une carte murale où l'un tracera le trait, où l'autre estompera les montagnes, où celui-là écrira les lettres, où un dernier composera un cadre; l'on opposera équipe à équipe, et le meilleur ouvrage sera pendu au mur de la classe pour qu'on s'en serve désormais. On continuera ainsi à l'école professionnelle et jusqu'à l'école siipérieure ou à l'université. Sans doute, au sein de l'équipe, les tâches de chacun seront, autant que le permet la technique, standardisées, chronométrées et contrôlables. Les exercices n'ont rien de nouveau que l'ampleur que nous voulons leur donner.
La nouveauté consisté à faire comprendre aux enfants deux choses : d'abord que l'œuvre collective est plus parfaite que l'œuvre individuelle, parce que l'on a choisi, pour en exécuter les parties, des spécialistes ; ensuite que cette œuvre, continuellement pré. sente, profite à tous. Ainsi se développent en eux des sentiments de deux espèces, les uns pour la petite collectivité qui a fabriqué ces objets, les autres pour
LA CULTURE DE l'ACTIVITÂ 269
la collectivité plus vaste qui en jouit; et ces sentiments s'entretiennent, parce que les compagnons de la première tâche se rencontrent souvent pour des tâches semblables, et parce qu'ils reçoivent tous les jours quelque reconnaissance pour leur utilité permanente. Là est la source profonde d'un double esprit qui manque jusqu'ici à la plupart d'entre nous : c'est d'abord Vesprit d'atelier, ou d'usine, ou de corporation, autrementactifquel'esprit déclasse, puisqu'ilexprime la cohésion d'un groupe qui produit, alors que l'autre exprime celle d'une foule qui revendique ; c'est ensuite Vesprit de service public, qui devra animer tous les organismes, comme les chemins de fer ou les mines, pour lesquels on réclame depuis quelque temps la « nationalisation industrialisée > : deux mots qui servent d'étiquettes à des projets vagues encore, mais qui expriment deux idées chaque jour plus vivantes, à savoir que ces organismes doivent être menés comme des ateliers ordinaires et non comme les bureaux de l'État régalien, mais que par contre, au lieu de chercher un profit direct, elles doivent tout faire pour le profit de la nation entière.
A vrai dire, cet « esprit de maison » et ce « sens public » grandiront aussi par une sorte de prédication, mais les idées qu'elle répandra resteraient mortes si on ne les pratiquait pas, et à cette pratique on préludera, jeune homme, par la méthode que nous venons d'esquisser. Vraisemblablement il faudra y ajouter des réformes, que nous avons laissé entrevoir, dans la gestion des entreprises et dans la répartition de leurs produits. Grâce à cet ensemble, les travailleurs travailleront pour le bonheur terrestre de tous comme les serfs d'autrefois peinaient en vue du royaume de
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(I ; tCi»i DKMOMivi, Comment la route crée le type social (Firmin- UUUti), tonifi If pa»iim.
LA CULTURE DE l'ACTIVITÉ 271
prise, soit, si la première loi (dépossession plus ou moins rapide du « rentier >) est générale, les agents des différents grades de l'entreprise elle-même. Donc il ne faut pas poser le dilemme absolu : propriété individuelle om propriété collective? Les deux espèces coexistent toujours. Nos enfants, en particulier, vont vivre sous un double régime : propriété- jouissance, la plupart du temps individuelle, mais en décadence ; propriété-instrument, bien souvent collective, et en progrès. Il faut les y habituer. Les habituer surtout à la propriété collective^ si neuve que bien des gens ne la distinguent pas de Tabsence de propriété. Ces gens sont ceux qai cueillent les fleurs des jardins publics, jettent des papiers dans les rues et cassent les vitres des wagons, — comme, lorsqu'ils étaient au lycée, ils tailladaient leurs pupitres à coups de canif, griffonnaient des saletés sur les murs et brûlaient leurs cahiers en partant en vacances : ils prenaient pour de l'inapproprié ce qui était pourtant leur chose à tous : ils confondaient « res nullius » avec < res omnium >.
Nous avons indiqué, en parlant du travail, la contre-éducation : les enfants qui ont « peiné » pour creuser, empierrer, ensabler, rouler, arroser un tennis se gardent bien *- l'expérience l'atteste — de le traverser avec des talons; ceux qui ont mis toute leur intelligence à orner les murs d'une salle ne trouveront aucun plaisir — on l'a observé aussi — à y jeter des encriers ; le sens d'une propriété nouvelle s'est développé en eux ; ils se sont montrés capables de supporter la première épreuve de propriété commune. Si donc plus tard — actionnaires capitalistes ou actionnaires ouvriers — ils deviennent copossesseurs d'une
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LA CULTURE DE L'AGTIYITâ 273
charité, et, si leurs fins de mois sont dures, ils se priveront d'une cravate ou d'un concert plutôt que de manquer aux promesses de leur cœur. Ainsi les vols et l'avarice se corrigent à la fois.
Enfin on est voleur quand on ramasse ce qui peut servir à travailler : enfant qui prend pour dessiner du papier sur le bureau de son père, pour se faire une canne, une branche dans le bois du voisin; jeune homme qui, pour faire tourner un moteur, prend le courant des lampes électriques, ou, pour fournir du métal à son creuset, détruit un objet d'art. Dans tous les cas, il n'a point l'intention de prendre € à quelqu'un > ; il est souvent persuadé que ce qu'il s'approprie n'appartient à personne ou du moins il ne se pose pas la question du possesseur : seule règne en sa conscience l'idée de l'ouvrage dont cet objet est instrument. De tels enfants doivent être habitués, \ ' ce qui est facile, à demander les outils qu'ils désirent, et l'éducateur doit être décidé, ce qui l'est peut-être moins, à toujours lui fournir au moins l'équivalent. Le grand nombre de cas de cette espèce nous indique laLtactique générale à suivre pour inculquer le réèpec|; d'une propriété étrangère. D'abord l'enfant apprendï^îE à réjspécteir les instruments de son propre travailr.ses livret,' i^ès compas, sa bêche. Puis il étendra ce respect à 1^ propriété qu'une expérience lui aura laontré lui ressembler le plus, la propriété des instrumen^ de tr<avai1.dés groupes dont il fait partie, les livres de la bibliothèque, les appareils du laboratoire^ les accessoires du terraia de sports. C'est en troisième lieu seulement, et par induction plus que par expérience, qu^il saura prendre $oin du ballon, de la bicyclette ou de la* carabine qu'on lui
\ sa \ l'i
274 LA idhroLUTiON NécsMAms m Aducatioi?
prête. C'est de cette manière que se formera le plus efficacement en loi le sens de la propriété telle qu'elle sera demain, cette propriété qui n'est que l'instrument d'un service social, et dont l'amoury au lieu de se recroqueviller en avarice, s'élargit en générosité. Mais cette tactique nous apprend en même temps quel grand rôle la propriété collective moderne joue dans l'éducation comme dans la vie.
Avec les fautes de vols et d'avarice s'achève l'examen des vices qu'on peut combattre dans la première jeunesse. Ainsi sont assurés les fondements de la discipline et de l'amour dont tout être a désormais besoin. Â l'élite, il faudrait ajouter l'envergure et l'audace. Gomme ce sont des aptitudes d'une âme plus mûre, nous en avons réservé la culture jusqu'aux environs de vingt ans.
IV. L'audace et l'envergure chez l'élite des jeunes gens. — Aux environs de la vingtième année tout le monde sera de nouveau sous le joug : le service militaire pour quelque temps, et pour toujours Fatelier ou le syndicat. D'ailleurs on le portera allègrement, parce qu'on se sera fait les épaules grâce à la discipline, comprise et consentie, de l'âge précédent. Et ce sera la supériorité des grandes nations républicaines, d'une part sur les empires orientaux, Russie et peut-être Prusse, qui en sont restés & la contrainte de l'enfance, d'autre part sur les petites républiques de l'Occident ou du Nord, Suisse ou Scandinavie, que leur décentralisation a faites semblables à nos sociétés d'adolescents. Cette discipline plus vaste^ la vie se charge de l'imposer à la plupart. Il n'est besoin pour eux d'aucune autre éducatrice. Hais
LA CULTURE DE l' ACTIVITÉ 275
l'élite a des moyens d^y échapper. Si elle y parvenait, ce serait un grand dommage pour elle et pour tous, car elle a la mission, en s'y pliant,, de la diriger. Il faut donc Vy ramener par une éducation systématique^ qui portera avant tout sur deux de ses qualités essentielles, l'audace et l'envergure.
1^ L'audace. A l'audace, quand elle n'est pas innée, c'est dès l'enfance qu'on préparera.
Pour y arriver ,^ on aura à lutter contre deux défauts : la peur et la timidité.
On appelle peur un trouble du cœur, du cœur muscle, dont une cause lointaine est une imagination trop vive et qui a pour cause déclenchante le danger ou la surprise. C'est le même affolement qui s'empare de certains soldats au feu et de certains chasseurs quand une perdrix part trop près d'eux. Il n'exclut nullement l'héroïsme, car le soldat peureux se fjait très gentiment tuer et le chasseur peuf eux sait qu'il ne risque rien. Mais comme on a moins d'occasions d'exercer l'héroïsme que le sang-froid, il faut pouvoir combattre ce détraquement cardiaque. Il faudrait, diront certains psychologues, après avoir constaté que Ja volonté n'agit pas sur le cœur. Nous croyons cependant que, si elle n'agit pas chaque fois, elle agit à la longue. La guerre nous a montré l'accoutumance extraordinaire aux bombardements, et s'il faut se méfier du récit de Jean-Jacques qui prétend avoir été guéri radicalement de la peur des ténèbres en allant chercher quelque chose dans une église noire, sa méthode aurait sans doute quelque succès sous forme d'une cure progressive. Mais préventivement déjà on aura pu diminuer la peur en disciplinant l'imagination, et
â76 LA RéyoLtJTiON nAcessâire en éducation
surtout en ne la déréglant pas exprès, par exemple par les histoires de fantômes contées aux tout petits enfants.
La timidité est la crainte de l'inconnu. Pas de dérèglement d'un organe, mais une paralysie de la volonté. C'est ainsi que nous n'osons pas faire une visite, ou nous présenter à un examen, ou jouer la comédie, ou dire son fait à un malotru. Ce sentiment est complexe. Il renferme au moins deux éléments : de l'orgueil, sous la forme surtout de respect de l'opinion (on craint d'être rabroué, on craint d'être refusé), et, toutes les fois que l'action à accomplir implique risque, la conviction qu'on ne saura pas s'adapter aux imprévus qu'elle recèle (si, en scène, j'oubliais mon rôle, si en provoquant, j'allais recevoir descoups?). Il y a une grande variété -de timidités selon les tempéraments ou même les types intellectuels, les plus hardis étant généralement les sanguins ou les inductifs. Les remèdes sont indiqués. D'une part la crainte de l'échec se combattra comme l'orgueil. D'autre part, comme elle atteint surtout ceux dont l'activité ne se meut que dans un règlement strict, il faudra cultiver en eux la puissance de retournement, de façon qu'après le succès d'expériences progressives l'inconnu, au lieu de les épouvanter, les attire. Enfin on est d'autant moins timide qu'on est plus musclé, ou plus adroit, ou qu'on a une plus grande habitude de la douleur, et, à cet égard, les sports sont l'introduction nécessaire aux audaces de toutes les sortes.
Malgré tout, ces préparations lointaines ne suppléent pas au don, et l'enfant hardi, lorsqu'il devient jeune homme, se range sous deux types : un type de
hardiesse physique, produit par un tempérament équilibré et caractérisé par la décision rapide et sûre en présence d'un risque immédiat; et un type de hardiesse morale, qui s'accommode d'un tempérament débile et dont la volonté^ qui n'est lucide que quand elle a le temps de réfléchir, s'adapte au risque lointain. Le premier type donnera les hommes d'action, ofûciers^ chefs de vente, directeurs d'usine, parce qu'ils n'ont pour accepter un risque que quelques instants, le second type donnera les administrateurs qui, quand ils établissent un programme, engagent une dépense ou renvoient un collaborateur, jouent une partie peut-être plus grave, mais ont un délai de plusieurs jours ou de plusieurs semaines avant de jeter les dés.
Être directeur ou être administrateur, voilà deux vocations qu'on ne peTut échanger parce qu'elles résultent de caractères, les uns acquis très tôt, les autres héréditaires, et qui presque tous ^ont imprimés dans le corps. Mais les directeurs et les administrateurs doivent avoir en commun une culture toute morale de V audace j qui ne se fait guère que vers vingt ans et dont nous allons donner les principaux caractères.
1^ La condition primordiale de l'apprentissage de l'audace est la participation à des œuvres sociales. En effet, les institutions existantes sont par essence conservatrices et en les suivant on marque le pas ; au contraire, les œuvres sociales, mécontentes et souples, sont réformatrices et peut-être révolutionnaires; parmi elles, nous avons cité l'éducation populaire elle prétend à un bouleversement pacifique sans doute mais plus profond qu'aucun autre ; ceux qui y travailleront devront donc avoir la plus grandeaudace ;
c'est à cet égard la meilleure école ponr un jeune homme.
2* Il n'est point mauvais qu'un jeune homme dispose pour ces œuvres d'un petit capital, dix mille francs, mille francs même ; il le risquera dans la fondation d'une petite revue ou l'achat d'un matériel de camping. A gérer l'argent des autres, on est ou timide jusqu'au scrupule ou stupidement téméraire; dans le premier cas, on enfouit le talent, dans le second, on le disperse sans contrôle. La vraie hardiesse est celle du capitaliste qui sème son capital pour faire surgir une idée, à la façon de Bernard Palissy qui faisait sortir une illumination magnifique du sacrifice de ses meubles.
3^ Quand on a engagé un bien qui vous appartient, on a à cœur de l'administrer, et en outre les œuvres sociales sont assez jeunes pour n'être pas cristallisées dans de vieilles règles administratives. Elles réclament des principes nouveaux. Une fois préparé le programme d'action, une fois le personnel recruté, une fois le tableau d'organisation écrit, on ne risque pour ainsi dire plus rien. Le risque n'est que dans la tête des étrangers qui ignorent le travail qu'on vient de faire; c'est ainsi que Napoléon avait gagné sa bataille sur la carte, avant que l'ennemi constatât sa déroute sur le terrain. Ainsi compris, le risqueur est le contraire du joueur et l'administration pour lui est la meilleure école.
4® Pour risquer il faut encore avoir une unité de vie* L'homme qui s'est dispersé dans une dizaine d'entreprises, s'il sent fléchir l'une d'elles, ne s'attarde pas à la soutenir et la laisse aller clopin dopant, la passant par pertes et profits ; quand on est
rhomme d'une seule besogne, on risque tout pour elle, et les œuvres sociales réclament cette unité d'action, parce qu'à vingt ans on s'y donne tout entier, considérant la carrière à laquelle on se prépare comme une corvée à laquelle on consacre impatiemment des heures discontinues.
5"* Cette unité de vie est encore augmentée par l'ardeur de la passion; quand on doit demander pour soi-même une place, une décoration, de l'argent, on hésite ; quand on va quêter pour une œuvre, on force la porte du Président de la République, et les raisons qu'on donne, comme elles viennent du cœur, convainquent ceux à qui on les donne et vous infusent pour une autre fois une énergie accrue.
6^ C'est qu'aujourd'hui, où Vqn doute des doctrines et où on critiqué les coutumes, tout le monde se méfie de ceux qui se raccrochent è ces vieilleries branlantes ; des chefs n'auront de partisans que dans la mesure où ils affirmeront avec crànerie la nouveauté de leurs projets; toutes les audaces ne réussiront pas, mais seules des audaces réussiront : c'est très imprudent d'être prudent.
Mais l'audace elle-même a d'autant plus de chances de réussir qu'elle s'associe à une plus grande envergure.
2® L'envergure. L'envergure, comme l'audace, doit être cultivée dès l'enfance par la lutte contre des défauts tels que la colère et l'envie, parce que la colère éloigne de nous des collaborateurs et que l'envie ratatine notre horizon.
La colère comme la peur a quelque chose de physique; elle apparaît surtout chez les sanguins
280 LA REVOLUTION HiCBSSAIRE EN EDUCATION
et les nerveux (il n'y a guère de bilieux chez les enfants). Chez le sanguin, à propos de n'importe quoi, c'est une explosion, des cris, des gestes, et c'est fini, tout à fait fini. Chez le nerveux, la colère couve longtemps, inhibée (car les nerveux sont généralement des intellectuels) par une pesée minutieuse des motifs, et aussi (car ils ne sont pas des athlètes) par la crainte de la riposte : quand la colère l'emporte, le nerveux a tellement perdu la maîtrise de soi qu'il serait capable de tuer, et l'accès se termine par une crise de larmes et une longue dépression. Les remèdes sont surtout physiologiques. Les sanguins doivent éviter la constipation et fatiguer leur corps. Les nerveux n'ont qu'à se faire des muscles. Pourtant à cette cure physique il ne serait point mauvaisd'ajouter une cure mentale. On se fâche plus souvent si on se croit une personnage devant qui tout le monde doit plier; la moindre irrévérence alors vous irrite et, suivant une tradition qui commence seulement à se perdre, on croit rétablir son prestige en étant brutal : c'est pourquoi le traitement de la colère se confond en partie avec celui de l'orgueil.
L'envie se développe plus tard. Elle prend deux aspects : on envie ce qu'un autre a, son argent, ses bijoux, ou on envie ce qu'un autre est, son adresse, son intelligence. Le premier vice a quelque chose de réaliste qui pousse les uns à s'élever, les autres à volen, et qu'il n'y a parfois qu'à bien dévier. Le second, faute de but, vous replie sur vous-même et vous ronge. C'est lui le danger. Il naît de ce qu'on est inoccupé (quand on est penché sur son travail, on n'a pas le loisir de regarder au-dessus de Boi) et de ce qu'autour de vous on mesure les hommes non
d'après les services qu'ils ont su rendre, mais d'après le nombre d'étages souvent inaccessibles qui séparent les fauteuils des uns des escabeaux des autres. On le traitera donc en apprenant à chaque homme le travail qui peut lui donner le plus de joie et en laissant croître autour de lui une société où aucune institution factice ne rendra subordination synonyme d'infériorité. Mais ces remèdes sont aussi ceux de l'orgueil, ce qui n'a rien d'étonnant, puisqu'on peut nommer l'envie l'orgueil des ratés.
Ces luttes négatives achevées, on peut commencer Véducation directe de l'envergure vers la vingtième année.
L'envergure est de deux sortes : il y a une envergure de pensée et une envergure d'action. — Dans la pensée ont de l'envergure ceux qui savent lier des faits lointains, le grand exportateur qui voit les mouvements des changes se répercuter les uns sur les autres d'un bout à l'autre de la terre, le profond économiste qui voit la dépendance entre le désir de s'instruire des ouvriers et le prix du pain. — Dans l'action, ont de l'envergure non seulement les grands chefs, mais tous ceux qui comprennent pourquoi leur besogne a des limites et savent se mettre en relations avec le voisin qui la complétera : ainsi l'ingénieur qui, lorsqu'on lui confie une tâche trop imprécise, sait en passer à l'acheteur ou au vendeur la part qui leur revient ; ou le patron qui spécialise sa fabrique dans un seul numéro de filés après avoir réparti les autres entre des patrons voisins.
Quel que soit le genre d'envergure qu'on veut atteindre, il faut lutter contre la division du travail actuelle, division des études où on se spécialise dans
un chapitre de la chimie, division des emplois où le jeune ingénieur piétine des années dans le coin d'un laboratoire. Aucune envergure ne peut être apprise dans la carrière elle-même.
i* L'envergure intellectuelle résulterait de nouveaux programmes d'études : nous en donnerons les principes au chapitre prochain.
2® Hais l'envergure d'action s'acquerra dans les œuvres sociales, dont nous voyons le rôle éducatif une fois de plus. Ou du moins dans celles qui ont évité le particularisme. Gelles-là en effet se tiennent toutes. Une œuvre de logements à bon marché, ayant trouvé parmi ses locataires un enfant menacé de tuberculose, le conQe à une colonie de vacances; l'enfant, étudié là-bas, sera orienté vers l'apprentissage qui lui convient par un troisième groupe, etc. : la solidarité de ces fondations élargit l'esprit de leurs membres. Elle l'approfondit aussi. On ne cherche pas, comme dans l'industrie, à satisfaire un besoin isolé de sucre ou d'anthracite. On va aux causes, lorsque, cherchant à rétablir la vie familiale, on propose une nouvelle conception des salaires, ou quand, voulant lutter contre l'alcoolisme, on songe au vote des femmes.
3*^ Mais, avant d'entrer dans les œuvres sociales, les jeunes gens d'envergure seront souvent ceux dont les parents auront eu beaucoup de relations, à condition qu'elles ne soient pas issues d'un même clan; au fur et à mesure de leur défilé, ces enfants se seront mis à des points de vue différents, ils se seront frottés à des caractères opposés; ainsi leur première école a été leur maison ; la hardiesse venait du capital, l'envergure sort de l'hérédité.
4^^ Elle *se conârme par la pratique de Tadministration qui, nous le savons, peut dans les œuvres sociales être renouvelée mieux que partout ailleurs. En efiFet c'est de l'envergure que Ton acquiert en établissant un programme d'action qui prévoit plusieurs années d'avance ou des procédés de coordination qui empêchent les cloisons étranches de se bâtir. L'administration permettait de la hardiesse par tout ce que comme science elle fournissait de sécurité, elle provoque à l'envergure par tous les prolongements qui achèvent cette science en un art.
5*^ L'envergure accompagne aussi toute vie une, ou, comme il n'y a pas d'unité sans passion, toute vie passionnée. Or les œuvres sociales vous mettent en main une gerbe de souffrances dont votre ardeur à les guérir cherchera à trouver les liens. Ainsi commencera à s'établir une doctrine dont nous avons, dans ce livre, laissé deviner les grandes lignes, et qui se précisera en une théorie de la valeur, une théorie des salaires, une théorie du capital, une théorie de la propriété, une théorie de la gestion : théories qui seront grosses de germes d'action parce que dans les Sciences de l'homme la vérité est de même essence que la vie.
. 6<^ Cependant on se heurte à deux difficultés. Quand on cherche à accroître l'envergure de sa pensée, il faut une expérience très diverse et des méditationstrès fréquentes. Or l'expérience, surtout l'expérience sociale qui vous fait fureter dans tous les métiers et vous trimballe dans tous les pays, tend à disperser indéfiniment, tandis que la méditation a besoin de longs moments, peut-être de longues journées où on ferme sa porte et où on décroche son téléphone : comment
concilier les deux attitudes? — En second lieu, quand on cherche à accroître l'envergure de son action, on doit aimer à la folie l'œuvre limitée à laquelle on s'est consacré : caisse de chômage, préventorium anti-tuberculeux, école de surintendantes d'usines, et cependant ce doit être une folie humble et douce qui accepte de c faire cartel > avec d'autres œuvres, bien qu'on risque, l'expérience le prouve, de les méconnaître d'autant plus qu'on a plus fait pour la sienne : comment accorder ces deux sentiments? — La solution, sans s'imposer, est facilitée par le fait qu'on est l'agent d'entreprises qui sont des œuvres ; on y rencontrera moins d'obstacles dans l'égolsme des hommes, ou du moins leur particularisme devra être moins tenace qu'aucun autre; agissant par abnégation, on est plus près de l'abnégation suprême qui consiste à perdre l'autonomie de ce qu'on a fondé ; la pratique des œuvres sociales est donc la meilleure introduction à la pratique des affaires ; il le faut, sans quoi les meilleurs capitaines d'industrie risqueraient de devenir d'inconscients écraseurs; et ainsi se vérifie une fois de plus cette parole, que quand on fait certains dons, ils vous sont rendus au centuple.
Nous venons d'esquisser le programme d'une < pratique > à la fois éternelle et adaptée ; l'esquisse, eût-elle été poussée au détail, serait essentiellement incomplète, car sans cesse revenait sous notre plume le mot < doctrine > ; la culture de la moralité ne suffit donc pas sans une culture correspondante de la raison; correspondante, c'est-à-dire que ce que nous venons de faire agir il faut aussi le prêcher ; la
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discipline, Tamour, Taudace et l'envergure, après avoir dominé la formation de l'activité, doivent inspirer moins directement, mais aussi profondément l'éducation intellectuelle : c'est ce que nous allons essayer de montrer dans les quelques pages que nous allons maintenant écrire.