‹ La nouvelle éducation françaiseChapitre 47 sur 77 · II · texte numérisé non relu

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qu'au Moyen Age et nous la poursuivrons surtout en France. Ces réserves faites, notre enseignement, dans les vérités qu'il expose et dans les problèmes qu'il suscite, fera surtout découvrir les liens entre tout ce qui, à une époque donnée, est humain. C'est €0 que nous allons faire voir par quelques remarques.

a) La première influence qui apparaît est cell«3 des <:ondition^, appuyées sur le lieu, créées par la technique, modiûées par le régime économique. Nous nous contenterons ici déparier des conditions techniques, liées elles-mêmes aux découvertes scientifiques.

Vindustricy le mot étant pris dans un sens large qui s'applique à la chasse et à la pèche, marque une empreinte, ici légère, là profonde, sur toutes les manifestations de notre vie : le métier à tisser, en popularisant les vêtements, a contribué à multiplier les ouvriers ; la machine à vapeur, rien qu'en créant le grand atelier, a hâté le syndicalisme, et il serait difficile de dire ce qui n'a pas été touché par les conséquences de l'imprimerie. Jacquart, Watt, Gutemberg ont sans doute joué un plus grand rôle que César et Napoléon. L'histoire des cyclones sociaux doit céder le pas à celle des alizés sociaux. Mais cette vérité est éminemment pédagogique. Les réformateurs de Chicago, notamment John Dewey (1), l'ont senti les

(1) Successivement professeur à Tuniversité de Chicago, puis de New -York: Chercher ses travaux dans les c Annales » de la Société Herbart (avant 1902) et de la Société Nationale d'Education (après 190^) ainsi que dans VElementary School Record de rUniversité de Chicago, mais surtout lire son petit livre, School and Society. Un chapitre caractéristique a été traduit dans la revue « L'Education » (juin 1909). M. Ombr Butsb lui consacre quelques pages (129-141; dans son volume sur les Méthodes aihéricaines d'éducation. Au nom de John Dewey il

premiers, et tout de suite ils Tont fait entrer dans renseignement. Par exemple, on met entre les mains des enfants du coton cardé et de la laine qu'on vient de couper ; et on oriente leur attention vers les applications des deux matières premières : ils constatent aussitôt, entre autres choses, que l'on a beaucoup de peine à séparer à la main la fibre de coton de la semence à laquelle elle tient, et c'est la principale raison du lent développement de l'industrie cotonnière, qui a forcé nos ancêtres à s'habiiier non de coton, mais de laine ; puis, se bornant à la laine, on fait redécouvrir le premier instrument pour carder, c'est-à-dire deux planches munies de clous, et le premier instrument pour filer, c'est-à-dire, en substance, une pierre percée ; après quoi on se rendra, si possible, dans une fabrique plus moderne, et toujours on étudiera les répercussions de la technique sur les ouvriers, les fournisseurs, les clients; on peut acquérir par là une expérience vécue de la marche de l'humanité (i).

L'enseignement de l'industrie comprendra des travaux pratiques et des cours. Les travaux pratiques consisteront au début en exercices du genre de celui que nous venons de décrire (on les exécutera dans des embryons d'ateliers que sans grands frais on annexera à l'école) et, dans la suite, en visites dans

faut joindre celui de Francis Wayland Parker, homme de réalisation à qui l'on doit à Chicago la fondation de plusieurs écoles sur des principes analogues : un article lui a été consacré àdJïsV Education par M. L.-J. Mbhcier imars 1911).

(1) 11 faut avouer cependant qu*en dépit de quelques déclarations de Uewey les Américains qui ont réalisé ses idées ont moins pensé à la culture ^^érale qu'à l'apprentissage technique.

LA CaLTURE INTELLECTUELLE 341

les usines qui se rencontrent au voisinage (1). Les cours systématiseront, du point de vue sociologique, les souvenirs recueillis à l'atelier et à l'usine. Enfin cours et travaux pratiques susciteront, pour le temps de r € étude >, des exercices analogues à ceux que nous avons proposés sous le nom de problèmes de physique et de problèmes de sociologie (â).

La science — mécanique, physique, chimie, — est inséparable de l'industrie. Non seulement elle a aidé l'industrie, — ce qui semble évident à tout le monde, — mais des besoins industriels ont souvent influé jusque sur ses théories : la machine à vapeur a progressé grâce à la nécessité d'épuiser des mines, de traîner des trains, de faire mouvoir des paquebots (3) ; l'utilisation du gaz pour l'éclairage à incandescence a poussé à l'étude des terres rares ; la synthèse dtx verre, en rendant continûment variable son indice de réfraction et son pouvoir dispersif, a fait sortir de l'empirisme la construction des objectifs ; le besoin et le succès des synthèses organiques a fait approfondir la théorie des valences ; il y a enfin des liens encore plus nombreux entre la chimie et l'art des mines : quand l'une était surtout tributaire de l'autre, on regardait comme corps importants les oxydes, qui sont les principaux minerais, et l'oxygène était le corps fondamental auquel on rapportait la classiflcation : c'était la chimie de Lavoisier ; puis l'importance grandissante de la machine à vapeur

(1) On trouvera, au sujet de ces travaux pratiques, de nombreux renseignements dans ie livre de M. 0. Butsb.

(2) Voir plus haut, livre m, ch. iv, g 2, IP, a», p. 318.

(3) Cf. Thurston, Histoire de la machine à ta;

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attira l'attention des physiciens sur les vapeurs en général et, plus généralement encore, sur les gaz; à leur suite, les chimistes préparèrent das corps volatils, c'est-à-dire des composés hydrogénés, et l'hydrogène remplaça l'oxygène comme type de comparaison : ce fut la chimie de Gay-Lussac. Science et industrie sont donc intimement liées dans la réalité. Elles doivent aussi l'être dans l'enseignement. Nous voyons ici une première preuve de ce qu'il y a d'artiiiciol dans les divisions des programmes modernes.

Cet enseignement, comme le précédent, com* prendra des travaux pratiques, un bours et des problèmes. Les travaux pratiques seront toujours accompagnés d'une préoccupation industrielle : par exemple, à la préparation d'une matière colorante, on joindra un essai de teinture qui montrera ce qu'exigent les différents fils ou les différents tissus,^ et une comptabilité permettant de comparer les prix de revient de produits en concurrence. Les cours feront voir constamment la situation de la science par rapport à la technique : par exemple, en exposant la fabrication du soufre, on tiendra compte de la géographie des lieux d'où on extrait le minerai et des exigences des fabrications ultérieures où le soufre obtenu entrera comme élément. Les problèmes, nous en avons fait voir l'esprit (1).

b) Puis on montrera le développement de^ <endances humaines, besoins et aspirations, images et idées. On en parle bien rarement dans l'enseignement actuel ; tout au plus quelques allusions isolées dans l'histoire littéraire, dans l'histoire de l'art, dans

(1) Voir plus haut, livre III, ch. iv, § 2, ii% 3% p. 315*

rhistoire de la philosophie (1). Ce sont ces allusions qu'il faut désormais lier et mettre en vedette, car elles sont ce qu'il y a de plus humain dans l'humanité. A les approfondir, on les voit apparaître sous trois aspects. D'une part, nos tendances reflètent une contrainte matérielle : le besoin d^échanges ne serait pas né sans la facilité des transports, l'aspiration au mieux-ètre a été aiguisée par une technique capable de le satisfaire, les idées de liberté ou d'égalité sont aussi dans une certaine mesure des fruits de l'isolement sur un domaine ou d'une agglomération urbaine très dense. En second lieu, nos tendances portent la marque d'une fantaisie géniale, celle d'un Socrate, d'un saint Thomas d'Aquin, d'un Jean-Jacques Rousseau, d'un Karl Marx, qui ont vraiment doté l'humanité de notions qu'elle n'aurait pas eues, ou qu'elle n'aurait pas eues si tôt, sans l'accident de leur naissance. Enfin les tendances humaines, considérées dans une évolution séculaire, montrent une continuité créatrice qui se moque des contingences matérielles et absorbe les inventions des grands penseurs : ainsi le christianisme a progressé par la force intérieure de son principe, au moins dans la conscience que nous avons prise de lui (!2), biai' sant d'abord avec des institutions qu'il était destiné

(1) Une réaction cependant a commencé parmi les jeunes historiens : elle s'est manifestée par les manuels d*Albert Malet. De même, l'Ecole des Roches a été une timide initiatrice : on y enseigne parallèlement l'histoire politique et l'histoire littéredre ; du reste Edmond Demolins, en la fondant, avait un programme beaucoup plus large, dont nous essayons de nous inspirer ici, et que seà continuateurs ont complètement laissé tomber.

(2) Devoir et Durée, p. 212.

344 LA RÉVOLUTION NÉCESSAtRË EN ÉDUCATION

à faire crouler, comme l'esclavage, et unissant en un même faisceau les œuvres les plus différentes, comme celles des évèques et celles des anachorètes.

Dans cet enseignement aucun exercice n'est possible, sinon des méditations : elles serviront avec Teqseignement proprement dit à faire comprendre aux jeunes gens le triple aspect des pensées que Ton rencontre dans l'histoire : le déterminisme pur, la contingence personnelle et la continuité collective et créatrice. On le comprendra d'autant mieux qu'on verra ces pensées se réaliser à travers des formes sociales.

c) Ces formes sociales seront, entre autres, la famille, la corporation, l'Etat. Un enfant de 16 ans peut assez bien comprendre la fonction de la famille; pour deviner celle de l'Ëtat, il faut une pratique de la vie publique qu'on n'a guère qu'après vingt ans. Aussi restreindrons-nous l'histoire politique au profit de celle de la vie privée. Du reste, moins les sociétés sont denses, plus la vie privée y tient de place : ainsi dans le Moyen Age agricole. Hais toujours on montrera comment les aspirations ou les doctrines ont eu besoin, pour se concrétiser, d'une certaine forme de groupements sociaux : l'idée d'autorité paternelle s'accommodait d'un régime d'industrie dispersée où le foyer était en même temps un atelier; le féminisme d'une certaine partie du Moyen Age convenait à une époque où le chevalier guerroyant au loin laissait à sa femme l'administration du domaine; le besoin d'émancipation des enfants au xix^ siècle était lié au grand atelier qui 6 tait au père l'autorité technique sur ses fils, mais surtout au machinisme qui, diminuant l'apprentissage, donnait de très bonne heure aux anciens apprentis des

salaires de compagnons. Comme les besoins ou les idées, les formes sociales apparaissent sous plusieurs aspects. D'abord elles subissent Tinfluence des conditions matérielles : pas de syndicats sans coude à coude, et le coude à coude résulte du grand atelier, qui doit beaucoup à la machine à vapeur. Puis quelquefois elles sortent d'une création artificielie : ainsi une foule de traits de l'Etat russe tel que Pierre le Grand l'a constitué. ËnQn les formes sociales ont une vitalité propre qui lés développe dans une certaine direction, indépendamment de la pression des conditions matérielles ou du coup de pouce des grands tyrans : la centralisation de l'Etat français, commencée par les rois de la Renaissance, devait s'accélérer par son succès même, à travers Louis XIV, Napoléon, la IIP République, jusqu'au moment où elle craquera par ce qu'elle aura d'excessif.

L'enseignement comprendra d'abord des enquêtes dans des familles, des entreprises de fabrication, des administrations publiques, mais des enquêtes de sociologues. Des cours les systématiseront et systématiseront en outre les demi synthèses fournies par les classes d'industrie et de science. Les problèmes enfin nous sont connus.

d) Enfin, on étudiera dans l'histoire, et simplement sous forme de cours, les faits déclenchants, comme la fuite de Louis XVI jusqu'à Varennes, en ayant grand soin de les distinguer, d'une part des grands faits causants comme la prédication de Luther, d'autre part des faits simplement anecdotiques, comme les amours de Napoléon en campagne, qui ne causent ni Be déclenchent rien.

Q^On peut résumer cet exposé en un tableau (p. 346).

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de la famille.

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Ainsi formée, l'élite des jeunes gens pourra entrer dans renseignement supérieur, qu'il nous suffira de décrire rapidement, car le lecteur aura désormais moins de peine à en deviner le principe.

IV. L'enseignement supérieur. — L'enseignement supérieur, donné dans des Universités, des instituts, de grandes écoles, s'adresse aux sujets d'élite des catégories précédentes. En principe, il comprend deux divisions : des Écoles techniques supérieures, à l'usage d'ingénieurs qui auront à résoudre des problèmes particulièrement élevés mais qui ne se sentiront pas d'aptitudes à mener des entreprises, et des Facultés d'allureplus économique, psychologique et sociologique, où de futurs directeurs et administrateurs viendront faire des stages plus ou moins longs.

i^ Pour ces écoles techniques (nos écoles des Mines ou des Ponts et Chaussées sont parmi les plus célèbres), il faut souhaiter des réformes analogues à celles que propose M. Guillet et que nous avons signalées déjà à propos des écoles techniques du second degré.

2*^ Pour les Facultés destinées à former des chefs on pourrait proposer le programme suivant que l'expérience modifierait d'elle-même.

Un chef, s'il veut être complet, doit savoir créer, organiser et commander. Ces trois vertus s'acquièrent inégalement à l'école ; au commandement surtout on ne se forme que par la pratique. Ce que l'Université appro. a, ce sont do ' refs principes d'action qui

systématiseront un commencement d'expérience et guideront ensuite toute la yie. lis constitueront cette technique de la direction qu'on pourrait appeler une supertechnique parce qu'elle est commune aux chefs de toutes les entreprises matérielles ou spirituelles, usine, étude, journal, ambassade, ministère, œuvre de bienfaisance, etc.. On la divisera en deux parties, technique de la conduite des services, technique de la direction des hommes.

La conduite des services se divisera en quatre parties : l'administration générale qui apprend à mener l'ensemble d'*.ne entreprise, Torganisation du travail d'atelier et du travail de bureau qui apprend à en mener des fractions élémentaires, et enfin l'efficience personnelle ou l'art de tirer parti de ses propres dons. Voici un programme type de ces quatre enseignements (1).

a) Administration générale.

Le chef embrassant la totalité de son entreprise.

De la méthode dans les études administratives.

Des deux séries de fonctions administratives proprement dites.

a) Fonctions impliquant peu de rapports avec les hommes et exigeant surtout des qualités intellectuelles : prévoyance, organisation de la hiérarchie complétée par l'organisation en dehors de la hiérarchie ou disposition, contrôle.

b) Fonctions impliquant de nombreux rapports avec les hommes et exigeant surtout des qualités de caractère : recrutement^ éducation, commandement, coordination.

(1) Cest le programme qui a été réalisé dès 1920-1921 & r « École d* Administration et^ d'Affaires i que nous avons fondée aussitôt après la guerre,' en reprenant un essai datant de 1913.

Des procédés administratifs (standardisation» programme d'action, tableau d'organisation, conférence des chefs de service, règles du salaire, etc.*).

Quelques principes administratifs (principe de la sélection des compétences, principe de la collaboration des grades, principe de l'unité de commandement ou de la multiplicité des influences spécialisées, principe du juste salaire, etc).

L'administration suivant les tempéraments des peuples.

Examen plus détaillé des trois types classiques, type € militaire » ou c bureaucratique », type fayolien, type taylorien.

Cas des services publfcs.

Monographies d'entreprises données à titre d'exemples et d'enseignement : examen critique.

b) Organisation du travail d'atelier.

Le chef pénétrant dans l'atelier pour en suivre l'organisation avec plus de détails.

De la méthode dans les études de science industrielle.

Définition exacte dùbut principal et des objectifs secondaires.

Analyse et mesure des phénomènes qui précèdent nécessairement ces objectifs. Recherche des solutions correspondant au minimum de dépense et au maximum d'effet

utile. N

Les facteurs du rendement : l'énergie, l'espace, le temps. Un instrument d'investigation : le chronométrage.

Les principes : la préparation des actes ; le contrôle ; la coopération.

Les moyens : la documentation, l'approvisionnement, la distribution, la comptabilité, la sélection du personnel, l'instruction du personnel.

Hiérarchie des fonctions et relation entre les services.

Monographies d'ateliers données à titre d'exemple et d'enseignement : examen critique.

b biê,) Organisation du travail de bureau»

Le chef organisant le bureau parallèlement à l'atelier . De la méthode dans ces études.

Travail matériel de bureau»

L'outillage et les méthodes appropriées à la consultation des documents en général :

Les classements.

Les systèmes.

L'outillage approprié à la création et à la transmission des documents ;

Machines de bureau (à écrire, à sténographier, à calculer, comptables, à plier, à faire des adresses, à reproduire, à sceller le courrier, etc.)

Meubles de bureau (bureaux, sièges, tables, classeurs, fichiers, rayonnages, etc.).

Accessoires divers.

Méthodes de travail appliquées à la création et à la transmission des documents :

Le courrier : enregistrement, répartition, transmission,

Le courrier : dictée, exécution, expédition.

Documents de service intérieur : création, transmission, contrôle.

Travail intellectuel de bureau.

Mécanisme de la décision : rassemblement des circonstances d'un fait, en vue de la décision.

Rédaction et dictée.

Lecture et critique d'un document.

L'information : agences, journaux, chambres syndicales.

La documentation : bibliothèques, ministères, offlces publics divers. Etudes, projets, rapports, bilans.

Monographies de diverses organisations de bureau à titre d'exemple et d'enseignement : examen critique.

c) Efficience personnelle du chef.

Le' chef s'appliquant à l'étiide de l'individu, de luimême et de ses collaborateurs.

Méthodes appropriées.

Le facteur psychologique personnel :

a) Faire le bilan de sa valeur. Choix d'une carrière. Choix d'un collaborateur. Les tests de psychophysiologie et les tests de psychologie supérieure. Différence entre les emplois à la sortie de Técole (orientation professionnelle) et à rentrée dans un métier (sélection professionnelle).

h) Administrer sa valeur. Prévoir, organiser et contrôler sa journée, son année, sa vie. Prix relatifs des heures employées aux besognes créatrices, aux besognes courantes, aux gestes mécaniques.

c) Augmenter sa valeur.. L'éducation de son intelligence : buts de vie, méditation, auto-suggestion. L'éducation de son activité : effort, fatigue, repos, entraînement.

Applications. Les auxiliaires de la création. Documentation du chef : documents écrits et enquêtes sur le vif, grille» et classifications. Expression du chef : écrite et orale : rédaction dictée et parole en public. Technique, à son usage, des lettres, du téléphone, des visites, des réceptions. *'

Comment communiquer à son personnel, employés et ouvriers, l'idée et les méthodes de l'efficience.

Comment évaluer, en argent ou eu temps, la valeur humaine et le taux de son rendement; fjpais d'éducation, de salaires, de retraites.

La direction des hommes est comprise dans le cours d'administration lorsqu'il s'agit de rapports individuels avec ses subordonnés directs. Le problème est tout autre lorsqu'il faut agir à distance sur des collectivités comme la masse de ses ouvriers ou des clients qu'on veut atteindre dans un pays étranger. Dans ce cas des notions de sociologie sont indispen-

sables. II est souvent nécessaire de les compléter par des notions d'économique. Toutes deux rentrent dans ce programme.

Problèmes sociaux contemporains.

La méthode dans les études sociales.

Les grands groupements en liaison avec les conditions modernes de la production.

Les grands groupements de ]a production proprement dite (Voir cours d'Administration générale )

Les groupements de la répartition. Syndicats de patrons» de techniciens, d'ouvriers. Extension du syndicat : la classe économique et l'idée de propriété. Evolution actuelle de la propriété. Avenir de la lutte des classes.

Les groupements mixtes de la production et de la répartition. Les corporations qui s'ébauchent. Examen du néocapitalisme à trois éléments, capital-matière, capitalidées» capital-hommes. Examen des socialismes d'allure corporative.

L'Etat moderne. Classification des types d'Etat. La décadence de l'Etat régalien. L'apparition des formes nouvelles d'Etat.

L'aptitude des Français à entrer dans les nouveaux groupements. Les caractères sociaux que le dernier siècle leur a légués. Les types de Français actuels.

Méthode pour étendre ces études aux divers peuples avec lesquels nous sommes ou allons être en relations.

Notions de géographie sociale.

Questions économiques contemporaines.

Les faits économiques comme aspect partiel des faits sociaux.

Les besoins matériels (besoins du corps ou conditions de besoins spirituels) en liaison avec la natur-e des groupements humains.

Le problème de la production comme corollaire du

problème des besoins et, entre les deux, problèmes nés de la circulation dans une économie d'échanges indirects.

La notion de valeur : valeur de production et valeur d'usage.

La propriété de la valeur : les titres, le crédit, l'assurance. Les symboles de la valeur : l'argent et le papier.

Le jeu des symboles dans les rapports intérieurs à la nation. Les notions d'intérêt, de salaire, de profit, de rente.

Le jeu des symboles dans les rapports internationaux. Le change. La douane.

Ce double programme, est-il besoin de le dire, donnera lieu à des exercices personnels d'autant plus nombreux et originaux qu'il s'agira de travailleurs plus intelligents et plus mûrs (1) ; même le mot exercice convient à peine, car les faits qu'ils fourniront seront la meilleure matière pour faire avancer la science; ainsi entre le maître et le disciple la différence sera de degré plus que de nature et cette école sera école au sens ancien (2) .

Si variés que soient les enseignements que nous avons décrits, soit pour les enfants, soit pour les jeunes gens, soit pour la masse, soit pour l'élite, tous ont certains traits communs qui apparaissent

(1) On lira des exemples de ces exercices dans un article de M. Marius André, paru dans le « Producteur » de novembre 1930, sous le titre « La formation des chefs d'industrie, l'École nouvelle d'Administration et d'Affaires (page 296 et suiv.).

(2) Le programme d'une école de chefs que nous venons d*esqiiisser est assez souple pour s'appliquer, avec les modifications qu'impose la différence d'âge, à des jeunes gens de 20 ans et à de jeunes hommes de 30; pour les premiers il est initiation, pour les seconds il est systématisation ; ceux-là le reçoivent de façon plus passive, ceux-ci sont les propres artisans de son développement.

354 LA. rAtOLUTION n£cBSBAIRE en ÂDDCATIOli

grossis dans l'édticatioii des chefs et que nons toqioDs maintenaot mettre en lumière.

a) Notre enseignement donne, même lorsqu'il est technique, une culture générale. Une colture générale et non une culture encyclopédique, c'est-à-dire qu'ao lieu d'y amasser un nombre indéSni de faits particuliers, en littérature, en art, en droit, en économie politique, on y acquiert l'esprit de synthèse qae donne le maniement des idées générales que nons avons nommées incepts.

b) C'est un enseignement d'kumanitét. Non point les humanités restreintes de la culture classique, qoi ne nous présentait que l'homme antique et l'homme individuel; ces Grecs et ces Romains étaient les fantoches d'une civilisation inaccessible, et sa psychologie n'était qu'une introspection sans méthode qui, sous prétexte de généraliser, nous livrait trop souvent d'insipides lieux communs. A la place, nous enseignons des humanités complètes, dans lesquelies OD étudie l'homme individuel, l'homme en groupe, le^ relations que l'histoire découvre entre les sociétés du passé et du présent, et la méthode qui nous les dévoile, malgré la rigueur parfois sèche k laquelle elle prétend, n'en pénètre pas moins jusqu'aux profondeurs les plus intimes de l'&me.

c) Tout humain qu'il est, cet enseignement est tcienlifique. Non les résultats Qgés, morcelés et camouflés de la science déj& faite et d'une science dont le type parfait serait la mécanique. Hais la méthode de la science qui se fait : elle i

l'esprit de déterminisme pour les phénomènes qu'on aperçoi pour créer dans la confusion

pures inaperçues. Enfin, en la pratiquant ainsi, on devine l'opposition radicale entre les sciences de la matière, dont Tobjet demeure, et les sciences de l'homme, où nous sommes à la fois objet et investigateur, et dans lesquelles par conséquent cet objet se modifie par le fait seul qu'il se connaît.

d) Par là c'est \m enseignement utilitaire. C*est que, à part la technique, rien n'est plus nécessaire pour agir sur le monde que de connaître dans leur essence et dans leurs relations ces deux catégories d'agents, d'une part les forces économiques, d'autre part les groupements sociaux : d'un certain point de vue, le monde est mené par les lois des échanges, d'un autre point de vue ces lois sont soumises à nos aspirations ; là déterminisme pur, ici liberté inexplicable ; seules ces humanités scientifiques fixeront la nature de ces deux ordres et démêleront les liens qui les rattachent l'un à l'autre, pour la plus grande fécondité de l'action.

e) Cet enseignement apprend encore de la philosophie. Si la philosophie n'est que l'art de bien juger, nous apprenons de très bonne heure la logique. Si l'on appelle philosophie la critique de la science (1), rien n'est plus philosophique que de voir la science se faire au fur et à mesure des besoins qui expliquent ses artifices. Si par philosopher on entend s'insérer dans le mouvement évolutif pour en vivre la continuité créatrice (2), on philosophe par le fait seul

(1) Cest la définition de M. Ls Rot, dans Science et Philosop|jlL troisième article (Kevme de Métaphysique et de Morale

''est la définition d.- * Bergson dans VEvolulion créa-

qu'on apprend le progrès humain à Tàge où Ton grandit parallèlement à lui. Et si dans la philosophie on voit surtout la métasociologie, c'est-à-dire de la sociologie dépassée (1), c'est à la métasociologie que nos études aboutissent, par cela seul qu'elles traitent la sociologie par une méthode évolutionniste. Sans consacrer une classe à la philosophie, elles sont elles-mêmes une philosophie inconsciente dont il suffira de quelques instants de recueillement pour prendre une conscience pleine.

f) C'est de plus un enseignement moral et religieux. Il nous montre l'humanité se développer sans cause intérieure et sans limite accessible, par des inventions plus fortes que le déterminisme physiques physiologique et social qui l'immobiliserait dans un présent sans cesse répété, ce qui prouve l'action en elle d'un transcendant que les croyants nommeront Dieu (2). L'enseignement actuel se prétend amoral et areligieux : il est en réalité, même entre les mains du clergé, antimoral et antireligieux, parce qu'il présente, dans des sciences qui sont des sciences de la matière, et même dans l'histoire qu'on cherche à traiter à la façon de la physique, un déterminisme statique trop clair pqur qu'on ne tende pas à le souhaiter universel ; et quand des moralistes ou des pasteurs prêchent un autre ordre, on commence par le rejeter, simplement parce qu'il est incompatible avec celui dont on a l'habitude. Notre évolutionnisme est un acheminement naturel à la pensée morale et religieuse.

(1) Nous avons donné cette définition, comme complément de la précédente, dans Devoir et Durée, p. 247.

(2) A Tappui de cette thèse lire Devoir et Durée, p. 232-243.

LA CCLTITRE INTELLECTUELLE 3S7

g) En même temps notre éducation intellectuelle complète noire éducation de l'activité. En nous montrant que dans révolution humaine les phénomènes économiques sont toujours provoqués et achevés par des élans du cœur (Ij, elle nous amène à chercher dans le cœur une raison dernière que la sociologie pure est impuissante à donner, et inversement, lorsqu'une éducation directe de l'amour nous aura donné, pour le bien des autres, une ardeur indéterminée, c'est cette érudition sociologique qui seule la précisera d'une façon efficace. De même l'histoire qui remplit les programmes et qui est une apologie de l'effort discipliné nous prouve au moins la nécessité d'un effort et d'une discipline parallèles, et du reste nous venons de voir que les vérités sociales et les exercices d'invention arment merveilleusement pour la vie, quelle qu^elle soit. Notre enseignement serait lettre morte s'il n'était vivifié par notre formation du vouloir et notre formation de l'amour, et elles à leur tour ne seraient que des dressages, si elles n'étaient rendues conscientes par cet enseignement. On ne pourrait isoler les deux éducations. Leur ensemble est un bloc. Par lui nous sommes portés à nous surpasser sans cesse. Grâce à lui notre nature tend à la surnature. Il fonde, au sens étymologique, une éducation du surhomme, et les surhommes seuls domineront les bouleversements que le siècle va traverser.

(1) Cf. Devoir et Durée, p. 241.

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