‹ La Nouvelle Emma, tome 4, Arthus BertrandChapitre 17 sur 23 · Tome IV. iq · texte numérisé non relu

Tome IV. iq

(THenriette. Une seule chose l'occupaît sérieusement, c'était la confession qu'elle devait faire à son père de l'enagemen: qu'elle avait contracté avec M. Knightlcy. Elle seule pouvait le faire avec succès ; mais elle prit le "parti d'attendre le parfait rétablissement de madame Weston. Elle ne voulut qu'aucun chagrin vint à la traverse diminuer le plaisir dont elle jouissait :

elle voulut passer la quinzaine de l'absence d'Henriette en paix, et ne s'occuper que de son bonheur présent.

Emma voulut s'acquitter d'un devoir, dans ces premiers jours de fête, ce devoir ne serait pas sans plaisir , c'était daller rendre une visite à mademoiselle Fairfax, Elle était impatiente de \a voir. La ressemblance de leur situation augmentait le bien qu'elle lui vou- Jait. Gelait déjà une satisfaction. Mais les communications que Jeanne pour-

rait lui faire ajoutaient encore à l'intérêt de cette visite.

Elle se rendu donc chez madame Bâtes. Depuis la partie de Box-Hill, elle avait été en voiture jusqua la porte , mais n'avait pas été admise. C'était pendant la maladie de Jeanne, dont elle plaignait l'état, sans en soupçonner la cause.

La crainte d'être encore refusée lui fit prendre le parti, quoiqu'elle sût que tout le monde était à la maison, de se faire annoncer. Elle entendit Marthe prononcer son nom, et dire sur-lechamp : (c Priez mademoiselle Wooclhouse d'entrer. » Mademoiselle Bâtes étant dehors, il ne se fit aucun bruit extraordinaire \ mademoiselle Fairfax vint la recevoir au haut de l'escalier, avec tout l'empressement possible, Emma ne l'avait jamais vue si belle, si aimable, ni si engageante. Elle était

animée , sa contenance et ses manières étaient tout à fait changées. Elle s'avanca vers Emma les bras ouverts., et lui dite voix basse, mais -avec unesensibilité ; exquise :

a Que vous êtes bonne, mademoiselle Woodhouse ! Je ne puis vous exprimer.... J'espère que vous me croirez.

Excusez -moi t les paroles me manquent. 5)

Emma fut enchantée : elle eût bien trouvé des paroles, mais le son de la voix de madame Elton l'obligea à se retenir ; ell e cru t devoir cacher ces senti-

mens d'amitié , et ne les exprimer qu'en l'embrassant de tout son cœur. Madame liâtes et madame Elton étaient ensemble; mademoiselle Bâtes étant absente, on était tranquille. Emma eût désiré que madame Elton fût partout ailleurs que chez madame Bâtes ; mais elle était d'humeur à prendrepatience: et comme

madame Elton la reçut d'une manière

gracieuse , elle espéra que tout irait bien.

Emma crut pe'nétrer les pensées de madame Elton, et attribua l'enjouement de cette précieuse, au plaisir qu'elle ressentait d'être dans la confidence de mademoiselle Fairfax, et à la satisfaction de s'imaginer savoir des secrets qu'on cacherait avec soin aux autres. Elle "vit des symptômes de ces sentimens sur sa figure; car en faisant ses coraplimcns à madame Bâtes, et semblant attentive à écouter les réponses de la bonne vieille dame, elle la vit serrer avec une espèce de parade mystérieuse, une lettre qu'elle lisait apparemment tout haut à mademoiselle Fairfax , et la déposer dans un beau ridicule pourpre et or qui pendait à son côté. Elle dit ensuite, faisant un signe de tête eu même temps :

« Nous la finirons dans un aulre moment. Vous et moi, nous ne manquerons pas de trouver une occasion opportune. A la vérité, vous savez ce qu'il y a d'essentiel à présent. Je voulais seulement vous prouver que madame S. recevait notre apologie ^ et notait point offensée. Vous voyez qu'elle écrit gracieusement. C'est une charmante femme! Vous en auriez été folle, si vous étiez entrée chez elle. Mais soyons discrètes. Pas un mot de plus.

Conduisons- nous bien. Chut! Vous vous souvenez de ces vers. J'oublie de quel poème.

S'agit-il d'une dame, On doit tout oublier.

Maintenant , ma chère , dans le cas oii nous nous trouvons , au lieu de

dame , lisez Chut! Un demi-mot

suffit au sage. Je suis enjouée aujour-

d'hui, n'est-il pas vrai? Mais je veux vous mettre à votre aise au sujet de madame S. Les représentations que je lui ai faites, l'ont appaisée , comme vous voyez, ?>

Ensuite Emma tournant la tête du côté de madame Bâtes, qui tricotait, elle dit moitié' bas à l'oreille de Jeanne.

« Je ne nomme personne. Oh ! non , circonspecte comme un ministre d'état.

Je m'en lire à merveille. »

Emma n'eut alors aucun doute. Elie se décelait en toute occasion. Apres avoir un peu parlé ensemble du temps et de madame Weston, elle se trouva interpellée ainsi :

u Ne trouvez-vous pas, mademoiselle Woodhouse, que notre petite amie est bien remise? N etes-vous pas d'avis que sa guérison fait beaucoup d'honneur h M. Perry ? ( Ici elle fit un signe de côté à Jeanne. ) Eu vérité, Perry l'a

rétablie en bien peu de temps. Oii ! si vous l'aviez vue comme moi, Surtout quand la maladie était h son comble!

Et lorsque madame Bâtes dit quelque chose à Emma, elle dit à l'oreille à mademoiselle Fairfax , nous ne disons pas quelle assistance a eu M. Perry, pas un mot d'un jeune docteur de Windsor. Oh! non, Perry a tout fait. |

a Je ne vous ai presque pas vue, mademoiselle Woodhouse, depuis Box- Hill. Ce fut une charmante partie; cependant , à mon avis , il y manquait quelque chose. Il m'a paru qu'il y avait des gens dont les esprits n'étaient pas tourne's à la gaîté ; c'est du moins ce que j'ai cru apercevoir. Peut-être me suîs-je trompe'e. Maigre' cela, je pense qu'on s'y est assez amusé, pour en es- |i

sayer encore une fois. Qu'en dites-vous?

Rassemblons la même compagnie pour une seconde excursion à Box-Hill. Il

faut que la même compaguie sy vende 9 tous sans exception. «

Peu après mademoiselle Bâtes entra, et divertit beaucoup Emma par ses réponses aux prétendues questions qu'on ne lui'faisait pas.

« Je vous remercie, mademoiselle Woodliouse; vous avez trop de bonté'. 11 est impossible de dire. Oui , je conçois que les espe'rances de Jeanne. Je né veux pas dire. Mais elle est parfaitement remise. Comment se porte M".

Woodliouse. J'en suis ravie. Le charmant jeune homme! 11 est si obligeant 1 .

Je veux dire M. Perry. »

Par les grands égards, mêles de remercîmens ce're'monieux que mademoiselle Bâtes avait pour madame El ton , Emma comprit qu'il s'e'iait passe' quelque chose de désagre'able entre elle et mademoiselle Fairfax , et qu'on avait heureusement fait la paix. Après quel-

ques cliuchotemens, madame Elion dit tout haut*

« Oui , ma bonne amie ^ il y a si long- temps que je suis ici, que dans toute autre maison , je croirais être obligée de faire des excuses ; mais la vérité est que j'attends mon seigneur et maître. Il m ? a promis de venir me prendre, et présenter ses respects à mademoiselle Fairfax. w

m Quoi ï nous aurons le plaisir de voir M. Elton ? Ce sera une grande faveur; car je sais que les messieurs n'aiment pas 5 rendre des visites le matin; et M. Elton a tant d'affaires, m

Sur ma parole, vous dites vrai, mademoiselle Bâtes. Il est occupé depuis le matin jusqu'au soir. On vient de toutes parts sous un prétexte quelconque.

Les magistrats , les inspecteurs, lesmarguillers viennent toujours le consulter :

ils ne peuvent rien faire sans lui. Sur

ma parole, monsieur E. , luî dis-je souvent, j aime mieux que ce soit vous que moi. Car que deviendraient mes crayons et mon piano. Je les néglige assez , il est vrai. Il y a quinze jours que je n'ai joue un air. Cependant, je vous assure qu'il viendra. (Et se mettant la main devant la bouche). Une visite de félicita tion , vous savez, est indispensable. Il m'a promis de venir aussitôt qu'il pourrait se dégager de Knightley; mais ils sont renfermés pour se consulter 'ensemble. M. E. est le bras droit de Rnightley.

Emma eut bien de la peine à s'empêcher de rire, et dit : « Si M. El ton s'est rendu à pied à Donwell, il aura eu bien chaud. »

k Oh ! non , ils doivent s'assembler à la Couronne; Weston et Cole y seront :

on ne parle que des principaux. Je m'i-

rnagine que M. E. et Kniglillcy fout tout ce qu'ils veulent. »

a Ne vous êtes-vous pas trompée de jour? dit Emma. Je suis presque sûre que l'assemblée ne doit avoir lieu que demain. M. Knightley vint hier à Hartfield, et dit qu'elle ne se tiendrait que samedi. » ri

<i Oh! non, très-certainement; elle |1 aura lieu aujourd'hui. Telle fut la réponse polie qui prouvait que madame Eltôn ne pouvait pas se tromper. Je crois, continu a- t-el le , qu'il n'y a jamais eu de paroisse aussi ennuyeuse que celle-ci. Jamais nous n'avons rien vu de pareil à Maple-Grove. »

« Votre paroisse est petite , dit mademoiselle Fairfax. »

« En vérité , ma chère , je n'en sais rien. » \

« 11 est aisé de le prouver par la petitesse des écoles, dont je vous ai en-

lendu parler, comme étaut sous le patronage de madame Bragge et de votre .sœur,, il n'y avait que vingt-cinq enfans. -»

u Qu'elle est spirituelle! Quelle mémoire! Jeanne, si Ion nous amalgamait, on ferait de nous deux une créature parfaite. Mon enjouement et votre esprit solide produiraient une femme parfaite. Je ne veux pas dire qu'il n'existe pas quelque part des gens qui croyent que vous ne la soyez. Mais , chut! Pas un mot de plus. »

La précaution était inutile. Jeanne avait envie de parler ; mais ce n'était pas à madame Elton , c'était à mademoiselle Woodhouse, à laquelle, maigre son intention , elle ne pouvait exprimer sessentimens que par ses regards.

M. Elton entra. Son épouse l'accueillit avec sa vivacité ordinaire.

<( C'est en vérité très-poli à vous de

m'envoyer ici pour être à charge à mes amis ; mais vous comptiez sur ma docilité. Vousnevousêtespaspressé de venir, parce que vous saviez que j'attendrais mon seigneur et maître. Je suis ici depuis une heure, donnant à ces jeunes demoiselles l'exemple de l'obéissance conjugale. Qui peut savoir si elles n en auront pas bientôt besoin? »

M. Elton avait tellement chaud, et était si las, que cette tirade de bel esprit fut perdue pour lui. 11 avait d'abord ses devoirs à rendre aux dames, et ensuite à s'occuper de lui-même. 11 se plaignit de la chaleur et de la longue course qu'il venait de faire inutilement.

a Lorsque j'arrivai à Donwell , Knightley ne s'y trouva pas. Extraordinaire! Cela ne se conçoit pas! D'après le billet que je lui ai écrit ce matin,

et sa réponse, il devait être à la maison jusqu'à une heure! »

«Donwell! s'écria sa femme, mais vous ne deviez pas aller à Donwell , mon cher monsieur E., rassemblée devait se tenir à la Couronne? »

u Non , non, c'est pour demain , et c'est justement pour cela que je voulais voir Knightley. Par une chaleur aussi brûlante! et encore je m'y suis rendu à travers champs, (parlant comme si il eût été très-maltraité) ce qui était bien pis. Ne pas le trouver à la maison.

Je vous assure que je ne suis pas du tout content.' Point d'apologie, pas un mot. La femme de charge m'a déclaré qu'elle ignorait que je fusse attendu.

C'est très- extraordinaire. Personne n'a pu dire ce qu'il était devenu. Peut-être à Harlfield, peut-être à l'Abbaye, ou dans les bois. Mademoiselle Wood-

house, ce n'est plusle même Knightley, Pouvez-vous m'expliquer cela? »

Emma , pour s'amuser , protesta que la chose lui paraissait tout à fait extraordinaire, et qu'elle n'avait pas un mot à dire en faveur de M. Knightley.

« Je ne puis m imaginer , s'écria madame Elton, ( sentant l'indignité de ce procédé , comme une épouse le devait ) je ne conçois pas qu'il ait pu se conduire ainsi , surtout envers un homme comme vous ! la dernière personne qu'il pût oublier! Mon cher monsieur E. , il aura laissé un billet, j'en suis sûre. Knightley ne peut pas s'être oublié à ce point-là. Son domestique ne s'en sera pas souvenu. Comptez là-dessus. Les domestiques, à Donwell, sont très-négligens, j'ai aussi observé qu'ils étaient maladroits. Je ne voudrais pas voir au buffet une créature comme son Henri. Quant à madame Hodges,

Wright n'en fait pas grand cas. Elle lui avait promis une recelte 3 et ne la lui a jamais envoyée. »

/ (ï J'ai rencontré Larkins, continua M. El ton, lorsque j'arrivai à Donwell, et il me prévint que je ne trouverais pas son maitre à la maison ; mais je ne lai pas cru. 11 paraissait de mauvaise humeur. Il ignorait ce qu'avait son maître depuis un certain temps, mais il devait lui être arrivé quelque chose d'étrange, car il avait bien de la peine à lui arracher une parole. Je n'avais rien à faire avec Larkins ; mais il était de la plus grande conséquence que je visse Knightley aujourd'hui. Et ce n'est pas peu désagréable d'avoir essuyé tant de chaleur pour rien. j>

Emma sentît que ce qu'elle avait de

mieux à faire, c'était de s en retourner

à la maison. Il était très-probable qu'il

l'attendait ; et qu'en s'en allant à Hart-

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