‹ La Nouvelle Emma, tome 4, Arthus BertrandChapitre 21 sur 23 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Le temps s'écoulait rapidement; encore quelques jours, et la famille de Londres allait arriver. Le changement qui allait avoir lieu, alarmaitEmma ; elle était ensevelie un matin dans de désagréables réflexionsà ce sujet, lorsqueM.

Knightley entra pour les dissiper. Après avoir un peu causé ensemble, il garda un moment le silence. Peu après il dit :

a J'ai quelque chose à vous communiquer, Emma, des nouvelles. »

a Bonnes ou mauvaises? dit-elle vivement, et le fixant, a

<c Je ne sais pas quel nom leur donner. »

« Oh! elles sont bonnes, j'en suis sûre; je le vois dans vos yeux, car vous

faites tous vos efforts pour vous empêcher de sourire. »

« J'ai bien peur, dit-il, en composant l'air de son visage, j'ai bien peur, ma chère Emma , que l'envie de rire ne vous passe quand vous les apprendrez. »

u En vérité! Et pourquoi? Je ne puis rn'imaginer qu'une chose qui vous amuse , ne fasse pas le même effet sur

moi. »

« Il existe un objet, un seul sur lequel nous ne pensons pas l'un comme l'autre, n 11 s'arrêta un moment , la regarda fixement en souriant.

« Ne doutez-vous pas quel peut être cet objet? Ne vous souYenez-vous plus d'Henriette Smith? ?>

Elle rougit; elle fut effrayée sans savoir pourquoi.

<t Avez-vous reçu de ses nouvelles ce matin, dit-il? je crois que vous en

avez eu , et que vous êtes instruite de

tOUt. 5)

« Non , je n'ai rien reçu d'elle. J'ignore absolument de quoi il est question; avez la bonté de me le dire. »

« Je vois que vous êtes pre'pare'e k tout ce qu'il peut y avoir de fâcheux* Ces nouvelles sont bien mauvaises, Henriette Smith épouse Robert Martin. »

Elle fit un saut, preuve qu'elle n'était pas pre'parée ; et ouvrant de grands jeux, elle dit :

« Non> cela est impossible ; je ne puis le croire. ?>

« C'est pourtant la veVité même , continua M. Knightley ; je le tiens de Robert Martin , qui m'a quitte il n'y* a pas une demi-heure. »

Elle continuait à le regarder avec la plus grande surprise.

« Je ne me suis pas trompe , ma chère

Emma ; cette nouvelle vous afflige ; je m'y attendais. J'aurais désiré que nos opinions fussent les mêmes ; mais cela viendra avec le temps. Vous pouvez compter que le temps nous fera penser différemment l'un ou l'autre. A présent nous en avons assez dit sur ce sujet. »

« Vous vous trompez , vous vous trompez , répliqua-t-elle avec énergie»

Cette nouvelle ne peut ni affliger aujourd'hui; mais je n'y crois pas. Elle me paraît impossible ! Vous ne me voulez pas persuader qu'Henriette Smith ait accepté Robert Martin. Vous ne voulez pas dire qu'il se soit de nouveau offert à elle , mais seulement qu'il en a l'intention. »

« Je veux dire qu'il l'a fait, répondit

M. Knightley, en souriant, et il a ete accepté. »

« Grand dieu! s'écria- 1- elle, fort bien. »

( fl S5 )

Ayant alors recours à son sac â ou* vrage , faisant semblant dy chercher quelque chose, afin de cacher sa figure * qui devait déceler la joie et l'extrême satisfaction qu'elle ressentait, elleajou* ta, toujours baissée : « Voyons, contezmoi tout cela ; rendez-moi cette histoire intelligible, Comment ^ où, quand?. . - Dites-moi bien tout. Mais je vous assure que si ce que vous m'avez dit est vrai, je n'en ressentirai pas le moindre chagrin. Mais comment cela est-il arrive'? »

« L'histoire en est toute simple. Il y a trois jours que des affaires le forcèrent d'aller à Londres, et je lui avais donne des papiers pour remettre a. mon frère* Il fut le trouver à son étude , et Jean l'invita à aller voir les tours d'Asthley, dont il avait intention de régaler ses cnfans. La compagnie était composée de mon frère , ma sœur , Henri , Jean

et mademoiselle Henriette Smith. Oa prit Robert Martin en passant. Tout le monde s'amusa beaucoup , et mon frère l'invita à dîner pour le lendemain, 11 accepta l'invitation; et, soit avant , soit après le dîner, j'ignore lequel des deux , il trouva l'occasion de parler à mademoiselle Henriette Smith, et certainement il ne lui parla pas en vain. En l'acceptant pour époux, elle le rendit aussi heureux qu'il mérite de Tètre. Il arriva hier par la diligence .'immédiatement après déjeuner, il est venu me rendre compte, d'abord de mes affaires, et ensuite des siennes.

C'est tout ce que je puis vous dire du comment, où et quand. . . Votre amie, Henriette, vous fera sans doute connaître toutes les particularités de son histoire, lorsque vous la verrez. Ces détails ne peuvent être intéressans que dans la bouche d'une femme, Quant k

nous autres, nous parlons d'une pareille affaire en gros. Cependant je dois dire que Robert Martin paraissait si plein de son objet, qu'il me conta, assez mai à propos, qu'en quittant le spectacle d'Asthley, mon frère donna le bras à sa femme, et prit Henri par la main, et que lui offrit le sien à mademoiselle Smith , et se chargea de Jean, et qu'ils se sont trouvés pendant quelque temps si presse^ par la foule , que mademoiselle Smith en avait été effrayée. »

. 11 s'arrêta. Emma n'osa pas répondre sur-le-champ. En le faisant elle craignait de montrer toute la satisfaction , toute la joie qu'elle ressentait de cet événement. Elle était forcée de se contraindre , autrement il aurait cru qu'elle était folle. Son silence le troubla , et l'ayant considérée quelque temps, il ajouta:

« Emma , ma chère amie , vous m'avez dit que cet événement ne vous affecterait pas; mais je crains que vous n'ayez trop présumé de vos forces.* Sa situation dans le monde est un mal , mais vous devez considérer que votre amie s'en contente, et je re'ponds que lorsque vous le connaîtrez mieux , vous l'estimerez infiniment plus que vous ne faites aujourd'hui. Vous serez charmée de son bon sens et de ses principes. Quant à ce qui le regarde comme homme , vous ne pouvez pas désirer que votre amie tombe en de meilleures mains. S'il ne dépendait que de moi de lui donner un rang plus élevé dans la société, je le ferais de grand cœur ; c'est je crois , Emma , vous prouver le cas que je fais de lui.

Vous vous êtes moquée de moi au sujet de Larkins , eh bien ! il me serait aussi difficile de me passer de Robert Martin 7 que de lui. »

Il la pria de le regarder et de le gratifier d'un sourire. Emma s'étant assez remise pour ne pas éclater de rire, lui obe'it et repondit gaîment :

« Ne prenez aucune peine pour me réconcilier à l'idée de ce mariage 9 elle serait inutile. Je crois qu'Henriette fait fort bien. Ses parens sont peut-être au-dessous de ceux de Robert Martin.

Quant à leur caractère , il n'y a pas de doute que celui de Martin ne soit supérieur. La surprise que cet événement m'a causée a été la seule cause de mon silence. Vous ne pouiTicz jamais imaginer l'effet que cette nouvelle a fait sur moi ! Je m'y attendais si peu !

J'avais au contraire de fortes raisons de croire que depuis quelque temps elle était plus déterminée que jamais a le refuser. »

« Vous devez la connaître mieux que moi , répliqua M, linightley r mais

je puis dire que je l'ai toujours regarde r e comme une excellente fille, d'une humeur douce, douée d'un cœur si

tendre , que j'ai supposé qu'il lui serait impossible de refuser un jeune homme qui lui parlerait d'amour, »

Emma ne put s'empêcher de rire, en lui répondant : « Sur ma parole, tous la connaissez aussi bien que moi.

Mais, M. Knightley, êtes-vous sûr qu'elle Fait véritablement accepté? 3e crois bien qu'avec le temps elle le fera, mais à présent je ne crois pas la chose possible. L'avez-vous bien compris?

Vous avez parlé de tant de choses différentes, de bétail, d'instrumens aratoires: ne serait- il pas possible qu'en vous occupant de tant d'objets à la fois,

vous l'ayiez mal compris? Ce n'était sûrement pas de la main d'Henriette dont il vous entretenait , mais de la tajlle d'un beau bœuf. »

~ Le contraste qu'offrait la personne de M. Knightley,avec celle de Robert Martin j faisait en ce moment une telle impression sur Emma , elle se ressouvenait si exactement de ce qui s'était passé entre Henriette et elle; et ces mots qu'elle avait prononcés avec tant d'emphase : « Non , je me flatte que j'en sais trop à présent pour penser à Robert Martin , ?) retentissaient tellement à ses oreilles, qu'elle se persuadait que ce qu'elle venait d'entendre sur le consentement qu'elle avait donné , devait être au moins prématuré.

La chose ne pouvait être autrement.

« Vous osez me dire cela en face ?

s'écria M. Knightley ; vous osez me supposer assez imbécille pour ne pas comprendre ce qu'on me dit? Que mériteriez-vous ? »

» Oh ! je me'rite le meilleur traitement possible, car je n'en souffrirais

pas d'autre; ainsi je vous invite à me repondre catégoriquement. Etes-vous bien sûr que vous avez une parfaite connaissance des termes où en sont Henriette et Robert Martin? »

« Je suis très-certain, répondit -il distinctement , qu'il ma dit qu'elle l'avait accepté. Qu'il n'y avait aucun doute , aucune incertitude à ce sujet.

Je puis en donner des preuves irrécusables, c'est qu'il m'a demandé ce qu'il devait faire pour connaître ses parens ou ses amis , ne connaissant que madame Goddard à laquelle il pût s'adresser pour les découvrir. Je fus en cela de son avis, et il m'a assuré qu'il ferait tout son possible pour la voir dans la journée , aujourd'hui même. »

<i Je suis on ne peut pas plus satisfaite, répartit Emma , en lui souriant gracieusement, et je leur souhaite beaucoup de bonheur à tous les deux . »

- « Il s'estopéré en vous un bien grand changement depuis notre conversation sur ce sujet-là, »

« Gela est vrai ; car alors j'étais folle, n

« Il s'en est fait un aussi en moi; car je suis porté à reconnaître dans Henriette de bonnes qualités. Je me' suis donné depuis quelque temps 9 par égard pour vous et par compassion

pour Martin, (dont la passion ne s'est jamais ralentie), la peine de faire avec elle une connaissance plus intime. J'ai souvent causé long-temps avec elle.

Vous avez dû vous en apercevoir. J'ai même pensé que vous soupçonniez que je plaidais auprès d'elle la cause du pauvre Martin; mais je n'en ai jamais eu l'idée. J'ai observé avec plaisir, et je suis convaincu de ne m'être pas trompé , qu'Henriette est une trèsaimable fille, sans art, quelle a acquis

des connaissances, qu'elle a de bons principes , et qu'enfin elle ferait son bonheur des occupations d'une vie domestique et privée. Je suis persuadé qu'elle vous a obligation d'une grande partie de ces bonnes qualités. »

« À moi! s'écria Emma, secouant la tête. Ah ! pauvre Henriette ! »

Leur conversation fut interrompue peu après par l'arrivée de M. Wood-

housc. Emma en fut charmée ) elle.

avait besoin d'être seule.

Ses esprits étaient exaltés à un tel point, qu'elle était presque hors d'ellemême. Elle aurait eu envie de sauter, de danser, de chanter; et ce ne fut qu'après avoir fait un peu d'exercice, qu'elle eut un peu ri et réfléchi, quelle devint peu à peu raisonnable.

Son père venait lui annoncer que le pauvre Jacques allait préparer les chevaux pour les conduire comme de cou-

tmne à Randalls : elle eut alors une excuse suffisante pour se retirer. On peut aisément s'imaginer qu'elle s'abandonna à une joie pure. La perspective du bonheur dont allait jouir Henriette , ôtait au sien tout ce qui l'empêchait d'être parfait : elle craignit même qu'il ne fût trop grand. Qu'avait - elle à désirer? De se rendre de plus en plus digne de l'homme dont le jugement était si supérieur au sien ; de devenir plus humble et plus circonspecte par le souvenir des folies qu'elle avait à se reprocher. Elle forma de sérieuses résolutions pour sa conduite future ; et cependant, tout en les formant, elle éclatait souvent de rire. Maintenant Henriette pouvait revenir quand elle voudrait, elle la reverraît avec le plus grand plaisir; elle en aurait aussi à faire connaissance avec Robert Martin.

Elle comptait au nombre de sas fé-

licites, que le déguisement dont elle avait été forcée d'user envers M. Knightley , allait cesser. Plus de mystère, plus de discours équivoques ; elle se faisait un vrai plaisir de remplir un devoir sacré, celui de lui ouvrir son cœur sans réserve.

Au comble du bonheur, elle monta en voiture avec son père, qu'elle n'écouta pas toujours, mais aux discours duquel il applaudissait de la voix et du.

geste, surtout pour lui faire compliment de l'idée qu'il avait que la pauvre madame Weston trouverait mauvais qu'il n'allât pas la voir tous les jours.

Ils arrivèrent à Randalls. Madame Weston était seule. Mais à peine avaiton parlé de l'enfant, et M. Woodhouse reçu les remercimens qu'il attendait, qu'on vit deux figures à travers les jalousies,

« C'est Frank et mademoiselle Fair-

fax , dit madame Weston; j'allais vous parler de notre agréable surprise de le voir arriver ce malin; il ne s'en retournera que demain : et mademoiselle Fairfax a bien voulu passer la journée avec nous. Ils vont entrer sans doute. »

Effectivement , ils se présentèrent dans la salle une minute après. Emma fut très-satisfaite de le voir; mais l'un et l'autre éprouvèrent un peu de con-< fusion , des souvenirs peu agréables.

Ils se virent avec plaisir, et en souriant ; mais le sentiment secret du passé les empêcha de parler ; et tout le monde ayant pris place en silence , Emma craignit que le désir qu'elle avait eu de le revoir encore une fois , et surtout avec Jeanne , ne lui donnerait pas autant de satisfaction qu'elle l'avait

espère.

Lorsque M. Weston vint se joindre à eux , et qu'on eut apporté l'enfant 3

tout le monde recouyra !a voix. Frank prit courage, s'approcha d'elle , et lui dit :

a J'ai à vous remercier, mademoi-

selle Woodhouse, du pardon que j'ai vu dans une des lettres de madame Weston, que vous avez eu la bonté de m'accorder. Je me flatte que vous ne vous en repentez pas. »

« Non , en vérité , s'écria Emma , pas du tout; je suis charmée, au contraire, de vous voir et de vous féliciter en personne. »

Il la remercia de tout son cœur , et continua à l'entretenir de sa gratitude et de son bonheur.

u N'est-elle pas charmante? dit- il»

en se tournant vers Jeanne, n'est-elle pas plus belle que jamais ? Vous voyez combien mon père et madame Weston l'aiment. »

Mais sa gaité ordinaire reprenant le

dessus, il nomma en riant M. Dixon, après avoir annonce le retour des Cambell. Emma rougit et lui défendit de prononcer ce nom-là devant elle; car, dit-elle , je n'y puis songer sans honte,

a C'est moi seul qui mérite d'en être honteux. Mais est-il possible que vous n'ayez eu aucun soupçon?

« Je veux dire dans les derniers temps, dans la première quinzaine, je sais que vous n'en aviez pas. »

«Je n'en ai jamaiscu, je vous assure. ?;

« Cela me paraît bien étonnant. J'ai été bien prêt de tout avouer ; j'aurais bien fait. Mais quoique je me conduisisse mal , et que je n'y aie rien gagné, îe le sentais et continuais. J'aurais beaucoup mieux fait de vous mettre dans notre confidence, et de vous dévoiler notre secret. »

u Vos regrets, maintenant, sont inutiles, dit Emma.

fi J'espère, continua-t-il , que mon oncle viendra à Randalls ; il désire lui être présenté* Lorsque les Campbell seront revenus à Londres , nous les y joindrons; et je me flatte que nous y resterons jusqu'au temps oiinous pourrons la conduire vers le Nord. Mais

maintenant, je suis si éloigné d'elle

N'est-ce pas bien terrible, mademoiselle Woodhouse? Depuis notre réconciliation, c'est la première fois que je la vois. Ne me plaignez-vous pas? »

Emma sympathisa avec lui de tout son cœur; il en fut si enchanté, que sa tête s'exaltant de nouveau , il s'écria*

« Ah! à propos. Puis, baissant la voix , et d'un ton plus sérieux, il dit :

Je me flatte que M. Knightley est en bonne santé. Il s'arrêta. Emma rougit et se mit à rire. Je sais que vous avez vu ma lettre ; et je pense que vous n'a-

yez pas oublié les vœux que je formais pour vous. Permettez-moi «de vous fé~ îciter à mon tour : je vous assure que j'ai appris cette nouvelle avec le plus vif intérêt. C'est un homme que je ne me crois pas digne de louer. »

Emma, charmée de l'entendre parler de cette manière, eût désiré qu'il con-* tinuât. Mais ses idées changèrent d'objet; il les reporta sur lui-même et sa

Jeanne, disant :

« Avez-vous jamais vu une plus belle peau ? si unie ! si délicate ! Elle n'est cependant pas blonde. Sa complexion est surprenante, avec ses cheveux et ses sourcils noirs. Elle a véritablement l'air distingué, assez de couleurs pour être belle. »

« J'ai toujours admiré sa complexion ,

dit Emma, avec malice : je me souviens

du temps où vous la croyiez trop pâle.

Si je m'en souviens bien. La première Tom* IV* 24

fois que nous parlâmes d'elle, l'avezvous déjà oublié? »

« Oh! non, quel mauvais sujet j'étais alors! Comment ai-je pu oser? »

Il se nut à rire si fort après cet acte de componction , qu'Emma ne pu t s'empêcher de lui dire :

« .Te soupçonne qu'au milieu de vos perplexités, dans ce temps-là , vous vous amusiez beaucoup à nos dépens : ce devait être une grande consolation pour vous, m

« Oh ! non , non. Comment avezvous pu croire cela de moi? J'étais alors si malheureux. »

« Pas tout à fait assez pour ne pas vous amuser. Je suis sûre que vous deviez bien vous divertir en nous trompant tous. Je le crois d'autant plus, que* pour dire la vérité, je pense que je m'en serais amusée moi-même en pareil cas.r

- « Nous nous ressemblons un peu en cela. »

Il fit un profond salut.

« Si nous n'avons pas les mêmes dispositions, ajouta-t-elleavcc sensibilité notre destinée est la même, destinée que nous devons probablement à des êtres qui nous sont supérieurs. »

« C'est très-vrai, dit-il avec chaleur.

Non paspour vous, maisbienpourmoi.»

« C'est un ange, regardez-la; examinez son cou , ses yeux , à pre'sent qu'elles les tourne vers mon père. Vous serez bien aise de savoir (s'approchant de son oreille) que l'intention de mon oncle est de lui présenter les diamans de ma tante ; on les fera remonter. Je veux qu'on en emploie une partie à un diadème. N'ira -t- il pas bien avec ses cheveux uoirs? »

(c Je suis de votre avis. Elle lui parla avec tant d'amitié ,, qu'il s'écria : >*

« Que je suis enchanté de vous revoir , et surtout de vous retrouver si bien. Pour tout au monde je n'aurais voulu être privé de ce plaisir. Si vous n'étiez pas venue à Randalls y je me serais certainement rendu à Hartfield. n

Le reste de la compagnie s'était en-

de la petite Anne. Madame Weston avait dit qu'elle avait été alarmée pour sa santé et qu'elle avait

été sur *le point d'envoyer chercher M. Peny. Elle avait honte de sa faiblesse ; mais M. Weston avait été presque aussi alarmé qu'elle : cependant ce n'était rien \ en dix minutes l'enfant était aussi bien qu'auparavant.

Ces petits détails intéressèrent beaucoup M. Woodhouse , qui lui fit compliment sur l'idée qui lui était venue d'envoyer chercher M. Perry j il regrettait qu elle ne l'eut pas fait,

6 A h itad* «£» de danger ,

îl fallait envoyer chercher Perry , et quoique l'enfant parût bien portant, il n'y avait pas de doute que si Perry fût venu , l'enfant se porterait beaucoup mieux.

Frank Churchill s'attacha au nom de Perry, « Perry , dit - il à Emma , essayant de fixer l'attention de Jeanne* Mon ami M. Perry ! Que dit-on de lui?

Est- il venu ici? Comment voyage-t* il?

A-t-il une voiture? »

Emma le comprit , et tandis qu'elle s'amusait avec lui à rire, il était aisé de voir à la contenance de Jeanne qu'elle Técoutait aussi , quoiqu'elle fît semblant d'être sourde.

« Ce rêve était bien étrange ! s'écrfat-il , je ne puis y penser sans rire. Elle nous entend , mademoiselle Woodhouse !elle sourit et fait tous ses efforts pour froncer le sourcil. Regardez - la»

jNe voyez- vous pas qu'elle a le passage de sa lettre devant les yeux. Qu'elle ne peut faire attention qu'à ce que je dis, quoiqu'elle paraisse prêter l'oreille ailleurs. »

Jeanne , bon gré, maigre', fut forcée de sourire , et dit à voix basse :

« Je trouve fort étonnant que vous vous souveniez de pareilles choses.

On peutmalgré soi s'en rappeler; mais,

on doit l'éviter autant qu'on peut. »

Il avait de bonnes plaisanteries à faire , mais Emma se mit du côté de Jeanne. En s'en retournant , elle vit qu'il n'y avait pas de comparaison à faire entre M. Rnightley et Frank Churchill. Cette conviction compléta le bonheur dont elle avait joui pendant la journée.

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