‹ La Nouvelle Emma, tome 4, Arthus BertrandChapitre 7 sur 23 · OU · texte numérisé non relu

OU

intelligibles el excusables des choses que nous ne comprenons pas, et qui .nous paraissent .condamnables à pre-

sent. Ne nous pressons donc pas de 1 juger sévèrement > ayons un peu d .patience. Je ne puis m'empêcber d< l'aimer, et maintenant que je suis débarrassée du poids énorme qui m'accablait, je désire ardemment que l'affaire réussisse , et j'ose même l'espérer, Ils doiventavoir beaucoup souffert ton les deux d'un pareil système, qui les a forcés si long- temps à caclier le secrei de leurs en gage m eus. »

« 11 ne parait pas, reprit séchemem Emma , qu'il ait beaucoup souffert. Ht Lien, comment M. Churchill a-t-ilprfe la ^h ose? h j

« Très-favorablement pour son neveu. Il a donné son consentement sans presque faire de difficultés. Que d'évé

ncmens dans cette famille en une seule

semaine,! Tant que la pauvre madame Churchill eut vécu, je ne suppose pas qu'elle eût jamais donne' son consente-^ ment, et â. peine est-elle dans la tombe, que son mari se conduit tout différemment qu'elle n'eût ,fait. Qu'il est heureux que son injuste influence ne lui ait pas survécu. Qnanl à lui, Frank a .eu très-peu de peine à -lui persuader de donner son consentement.

u Ah ! se dit Emma à elle-même, il l'eût aussi donne pour Henriette. »

« Cette affaire fut arrangée hier au soir, et Frank est parti au point du ;jour ce matin. Je suppose qu'il s'estarxêté quelque temps à Higlibuiy ; de là il est venu chez nous; mais il avait une telle hâte d'aller rejoindre son oncle, auquel il est plus nécessaire que jamais, que, comme je vous l'ai dit, il ne nous a donne' qu'un quart-d heure.

Il était dans une agitation extraordi-

naire, et si forte, qu'il était a peine reconnaissable. Ce qui lui avait causé les plus vives douleurs, ce fut de la trouver dans le pitoyable état où elle est; il n'avait pas la moindre idée qu'elle fût malade. Oh ! ma chère Emma, il a horriblement souffert. »

« Et vous êtes bien persuadée que cette affaire a été conduite de la manière l la plus secrète, et que les Campbell et!

les Dixon n'ont eu aucune connaissance de leur engagement? »

Emma ne put prononcer le nom de Dixon sans rougii un peu.

« Personne au monde. Il a assure qu'âme qui vive n'en a jamais rien su qu'eux deux. »

« A la bonne heure, dit Emma, il faudra bien se faire à cette idée-là; je leur souhaite toute sorte de bonheur; mats je penserai toujours qu'il s'est conduit de la manière la plus détestable.

Ce système annonce la fraude et l'hypocrisie, l'espionnage et la trahison.

Venir parmi nous avec l'apparence de la candeur et de l'ingénuité, et avoir formé entre eux une ligue pour nous [éprouver tous! c'est abominable ! Pendant tout l'hiver et tout le printemps,

ni,

Inous avons ete trompes, nous croyant

le pair en vérité et en honneur, avec

Vieux personnes au milieu de nous,

qui se sont établies juges de nos senti-

mens, de notre façon de penser sur

ij ' ■» i

elles deux, et qui ont pu se commu-

niquer des paroles que nous n'avions pas intention de leur faire connaître, jTant pis pour elles, si elles ont entendu quelque chose de désagréable ! »

« Quant à moi je ne le crains pas, tar je n'ai jamais dit à l'une ce que j'aurais voulu cacher à l'autre. »

« Vous êtes fort heureuse , car la pekite méprise que vous fîtes de soup-

( 8fl )

çonncr qu'un certain monsieur de-nos amis était amoureux de la demoiselle n'a été connue que de moi seule. »

« Vousavez raison , m-ûs j'ai toujours eu bonne opinion de mademoiselle Fairfax ; je n'aurais jamais pu rien dire contre elle : et si j'avais dit du mal de lui ; je ne courais pas grand risque, «

En ce moment , M. Wéston parut à quelque distance de la fenêtre, il paraissait aux aguets. Sa femme lui fit signe d'entrer, et pendant qu'il prenait le chemin de* la porte , madame Wcston dit: ce Ma chère Emma, ayez la bonté de dire, soit par votre contenance , soit par vos discours, tout ce

qui pourra le mettre à son aise sur ce mariage. C'est ce qu'il y a de mieux à faire. L'on ne peut rien dire contre mademoiselle Fairfàx. Ce n'est pas une> alliance dont on puisse tirer vanité, maïs si M. 'Churchill s'en contente, de

quel droit le trouverions-nousmauvais?

Cette circonstance d'ailleurs peut être très-avantageuse à Frank, il est fort heureux pour lui de s'être attachée une fille d'un caractère aussi ferme et d'un jugement aussi solide , ce sont les qua- v lités que j'ai toujours reconnues en mademoiselle Fairfax, qualités que je lui reconnais encore malgré la faute qu'elle a commise. Je pense d'ailleurs que la situation dans laquelle elle se trouvait, atténue en quelque sorte cette faute. »

« Je pense comme vous, s'écria'

Emma, avec sensibilité, si Ton peut i l

excuser une femme qui ne pense qu à elle-même, c'est sans doute à Gclle qui se trouve dans L position de Jeanne Fairfax. D'elle on peut presque dire, comme elle n'a rien dans ce monde, elle ne doit pas être sujette à ses lois. »

Emma fut à la rencontre de M. Wes-

ton , avec un agréable sourire sur les lèvres, et en s écriant : « C'est un trèsjoli tour, en vérité, que <x>£ui que vous m'avez joué, C'était pour éprouver sans doute jusqu'à quel point j'étais curieuse , ou me forcer d'exercer mes talens dans l'art de deviner. Vous m'avez causé un effroi mortel; j'ai vérila blement cru que vous aviez perdu ia moitié de votre fortune , et au lieu de vous faire des complimens de condo-

léances , je dois au contraire vous féliciter. C'est ce que je fais de tout mon

ue

cceur , sur la flatteuse perspective q vous avez d'être bientôt le père d'une des plus charmantes filles de toutel'Angleterre , et l'une des plus accomplies.?!

Un coup d'œil ou deux entre le mari et la femme lui firent connaître que tout allait bien , qu'il pouvait ajouter foi à ses paroles, ce qui fit sur lui un effet surprenant ; il recouvra sa voix et

sa gaîté ordinaires, il lui prit affectueusement les mains, et parla comme un?

homme auquel il ne fallait qu'un peu de temps e* de persuasion pour être convaincu que ce mariage n'était pas si mauvais. Sa compagne n'employa que des palliatifs en parlant de l'offense , ne présenta que de faibles objections; et lorsqu'ils eurent bien discute' l'affaire en s'en retournant à Hartfield, il était tout à fait réconcilié avec les deux coupables ; peu s'en fallut même qu'il ne pensât que c'était la meilleure chose possible pour Frank Churchill*

mmmuMi

Page 1