‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 18 sur 98 · Ed., p. loo et suiv · texte numérisé non relu

Ed., p. loo et suiv

). Ed., p. 106.

nouvelles marques des progrès que fait la prose vers la facilité et le naturel, qualités indispensables pour en tirer une forme artistique et digne des conceptions littéraires.

On trouve quelque chose de pareil dans la nouvelle de la Comtesse de Ponthieu. Ici encore, nous remarquons des traits qui indiquent un mélange d'ancien et de nouveau, la transition d'une époque à une autre. Selon la tradition, le noyau de ce récit étrange serait pris dans la réalité ; d'un autre côté, il y a une influence visible des romans du cycle des croisades avec toutes leurs complications et aventures habituelles. Il y a aussi le couple sans enfants et le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle comme ailleurs, par exemple dans le Roi Flore et la belle Jehanm. Il est facile de constater des faiblesses dans les détails de la composition, comme par exemple le mariage bigame de la comtesse avec le « Soudan », et l'abjuration de la foi chrétienne, qui s'accomplissent avec une facilité complète : « Elle vit bien que mius li venoit à faire par amours que par force, si li manda que elle le feroit volentiers '. » Quant à la rencontre dans la forêt — aventure principale de la nouvelle — où la comtesse, en présence de son mari, est violée par des brigands, le récit en est sans doute assez gauche et enfantin. Cependant, il y a un essai de psychologie : c'est quand la femme veut tuer son mari^ parce qu'elle ne peut pas souffrir la pensée qu'il a tout vu et dans son for intérieur ne lui pardonnera jamais ; heureusement, l'épée ne fait que couper les cordes dont il est lié (curieux hasard !) et le comte, comprenant que la faute ne tombe pas sur elle, ne se soucie plus de l'événement fâcheux. Il prend sa femme par la main et la conduit vers ses compagnons qui les attendent, et qui ne sont pas peu stupéfaits de voir le comte se présenter devant eux « toz nus enpur sa chemise et ses braies sans plus » : c'est le costume dans lequel il fut laissé dans un buisson parles brigands ; mais son attitude n'est nullement tragique; au contraire, elle fait sur nous un effet légèrement ridicule *. — En tout cas, nous voyons le mari persister dans son noble rôle quand, après avoir été forcé de dire la vérité à son beau-père, celui-ci tombe dans un violent courroux et s'efforce d'inventer pour sa fille la punition la plus cruelle possible. Le contraste entre le mari clément et le père implacable est

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