Ed., p
3. NouivIUs frauçoises eti prose du XIV* siècle, Bibl. clzév., 1858.
4. Voy. Bulletin italitn, t. VII, n» 4, octobre-décembre 1907, p. 298 et suiv.
Tour Landry pour l'enseignement de ses filles ', et qui, à ce que dit l'auteur lui même, fut composé en 1372 -. Car ici, pour la première fois dans la littérature française, nous avons affaire à un recueil de petites histoires ou anecdotes à peu près semblable à ceux que les âges suivants verront surgir en si grand nombre, en Italie et en France, et, ce qui est surtout à remarquer, plusieurs de ces histoires sont empruntées à la vie réelle et actuelle. Mais le but de l'auteur étant avant tout de moraliser, et la plupart de ses exemples étant composés dans ce dessein, on n'a pas le droit d'attendre une exécution tant soi peu artistique '. Au contraire, la tendance se fait sentir partout, souvent déjà au début, et nuit à l'exposition de tous les sujets, là même où ceux-ci se seraient facilement prêtés à une manière plus légère et plus conforme au style de la nouvelle. Sur les cent vingt-huit chapitres du livre, une quarantaine environ renferment des anecdotes et exemples propres à nous intéresser par leur contenu : ce sont d'une part de vieux motifs de contes, rencontrés dans les fableaux, transmis par la tradition ou faisant partie d'un recueil quelconque d'exemples ; de l'autre, des situations ou des conflits de la vie contemporaine, obser\'és par l'auteur lui-même et mis à profit pour ses enseignements. Le style est traînant ; pas le moindre effort pour faire ressortir les nuances psychologiques ; les situations, pour la plupart, manquent de vie ; la morale est donnée sous une forme trop explicite. Naturellement, ces défauts ne devraient pas provoquer notre critique, puisque le livre n'est pas une collection d'anecdotes destinées au seul amusement du lecteur. Mais on serait, dans une cenaine mesure, en droit d'attendre de lui davantage et mieux. Car ce précepteur moralisant n'était pas dépourvu
1. Le livre du chevalier de La Tour Landry pour l'enseignement de ses filks, p.p. A. de Montaiglon, Bibl. elzév., 1854.
2. Préface, p. xxvni. — G. Paris, Esquisse historique, p. 216, dit que ce livre est écrit « vers 1425 », mais j'ignore sur quelles raisons il s'est fondé pour mettre en doute l'assertion explicite de l'auteur. Du reste, le livre figure déjà sur un inventaire de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne de 1420, voy. Doutrepont, La littérature française à la Cour des ducs de Bourgogne, 1909, p. 278. — L'anecdote sur « Bouciquaut » au chap. xxiv se rapporte donc au maréchal B. aîné (f 1370), autour duquel il semble s'être formées des légendes anecdotiques, comme autour de son fils.
3. Cependant, l'auteur déclare aussi (p. 3-4) qu'il écrit ses histoires « pour aprendre a romancier », mais il ajoute immédiatement : « affin que elles peussent aprendre et estudier, et veoir et le bien et le mal qui passé est, pour elles garder de cellui temps qui à venir est. « Du reste, l'élément narratif y entre pour très peu.
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des qualités requises : il savait être un observateur malicieux de la vie réelle et aussi, à un certain degré, un styliste. Il suffit de regarder le chapitre CXXIV, qui contient le dialogue des parents sur leurs enfants, pour se convaincre de l'un et de l'autre. Et çà et là, dans les histoires mêmes, nous trouvons des traces de ces qualités, quoique trop rarement. Ainsi, dans le chapitre VI, la scène où le mari, trouvant vide la place de sa femme dans le lit, se précipite dans la garderobe et l'y surprend faisant bonne chère avec les gens de la maison, est d'une certaine vivacité ' ; de même le chapitre XIX, où le dialogue s'introduit pour vivifier un sujet assez niais en lui-même ^ ; dans le chapitre XXIII également, la situation est assez vivante ' ; dans le chapitre LXII, la vieille histoire des braies du prêtre est assez vigoureusement racontée et avec des variations différentes, mais l'effet comique ne ressort pas bien, à cause, naturellement, de la tendance moralisante, qui trouve sa satisfaction dans la punition cruelle des deux pêcheurs ; en tout cas, nous avons ici presque le seul exemple d'un sujet développé littérairement selon la technique de la nouvelle du xV siècle ■^. On pourrait à la rigueur trouver encore dans deux ou trois chapitres quelque petit trait méritoire et digne d'être noté. Mais en général l'auteur n'a su tirer aucun profit du grand nombre de situations qu'il présente. Son style, il est vrai, a parfois beaucoup de naturel, mais il est adapté au but sérieux et édifiant du livre plutôt qu'aux exemples souvent très légers; et envisagé de ce point de vue, il a des mérites réels. L'ouvrage du chevalier de La Tour Landr)' a certainement sa place marquée dans l'histoire de la prose française des temps anciens ; mais il est plus important comme peinture des mœurs et des rapports sociaux que comme étape vers la formation de la nouvelle artistique en France. Cependant, nous l'avons déjà dit, il peut prétendre matériellement, pour ainsi dire, à occuper une place dans ce développement.
Finalement, je placerai ici la mention d'une nouvelle assez curieuse, qui se trouve isolée dans un manuscrit français de la Lauren tienne à