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Florence, et qui fut publiée par M. Paul Meyer dans le Bulletin de la Société des anciens textes 1879 '. Il s'agit d'une vraie nouvelle d'intrigue : un usurier ne veut pas donner à sa jeune femme les robes qu'elle désire revêtir pour aller à la fête, alléguant qu'elle peut bien se servir des robes qu'elle a. Tandis qu'elle se désole, elle apprend par une jeune demoiselle que le frère de celle-ci, épris depuis longtemps de la dame, persiste dans ses sentiments et qu'il est malade de pur amour et en danger de mort. La dame lui envoie par la sœur un message réconfortant : il n'a qu'à creuser une fosse de la maison voisine pour trouver l'endroit où est caché le trésor de l'usurier ; il s'en emparera, il achètera des tours et des forteresses, et ensuite on verra. Tout se passe selon ce plan ingénieux : l'usurier tombe dans un tel désespoir qu'il en meurt, et le chevalier, devenu par son stratagème plus riche que tous les seigneurs du pays, épouse la dame. Ainsi l'avarice a été punie — c'est la morale de l'histoire. L'auteur, pourtant, semble soupçonner que son enseignement ne sera pas approuvé de tous, car il conclut en disant : « Or ne die nuls que la dame fist folie de ce qu'ele fist, car je suis cil qe la defent encontre toz omes. »
Cette nouvelle présente un curieux mélange d'éléments réels et romantiques. Le caractère de l'usurier et celui de sa femme, ainsi que leur entretien et les accusations qu'ils se lancent l'un à l'autre, tout cela est pris sur le vif et rappelle un instant les Quiti^e joyes de mariage. Mais loin de faire tourner le récit en une satire contre la vanité de la dame, comme le feraient tous les autres moralistes du temps s'ils traitaient un sujet pareil, notre auteur se place entièrement de son côté et la voit avec une satisfaction complète préparer la mort du mari par un procédé d'invention sage et psychologiquement juste. Et, d'un autre côté, ne donne-t-il pas en plein romantisme, quand il fait de l'amant qui vole un trésor caché un seigneur qui domine toute la contrée ; ou quand il néglige de se demander comment l'usurier ne découvre pas pourquoi son or diminue, et quand à la fin il donne au couple heureux un fils qui devient « signor de tute la terre » et une fille qui épouse le comte de Flandre ? Le style se ressent aussi de ce mélange d'éléments empruntés aux vieux contes et de peinture réaliste : au commencement, et surtout dans les dialogues entre les époux, il est expressif et vigou-
reux, quoiqu'il trahisse sa parenté avec les petits romans antérieurs par la phrase un peu longue et lourde ; vers la fin, il tombe dans le conventionnel, à mesure que le sujet prend la même tournure.
D'où vient cette nouvelle étrange ? A-t-elle appartenu à quelque recueil de préceptes moraux, pareil à celui dont nous venons de parler ? Est-elle puisée dans la tradition orale ou de pure invention littéraire ? Nous l'ignorons. Tel qu'il est, cet exemple des suites de l'avarice est naturellement arrangé par quelqu'un dont l'imagination ou l'expérience ne trouvait pas à citer de punition plus raisonnable ; mais il se peut que l'histoire elle-même ait circulé sous une autre forme.