‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 31 sur 98 · I. VA., p. «jo · texte numérisé non relu

I. VA., p. «jo

'les aUlï^ZE JOYÈS DE MARIAGE 5I

est maintenant dompté, et préférerait se casser un bras plutôt que de rien faire ou dire qui déplût à sa femme. Un mari a essayé de battre sa femme ; mais ce fut une folie, car elle devint pire que jamais ; maintenant elle fait ce qu'elle veut et obtient toujours raison, qu'elle ait raison ou non. Alors c'est un beau concert, où la femme prend part à haute voix, gagnée par l'ardeur de ses amies'. Avec plus de force comique encore, et parfois avec une nuance caricaturale (qu'on note leurs répliques pressées, commençant par Ha a !) apparaît dans la dernière joie l'assemblée des amies de la mère, qui sont convoquées pour donner conseil quand la fille a fait l'aveu de sa faute. Il y en a qui ont aussi passé par là ; une d'elles raconte qu'elle s'était si bien défendue que le mari ne pouvait manger ni dormir pendant trois mois ! D'autres ont évité le scandale, grâce à une sage prudence, mais elles savent bien comment s'y prendre. Elles ont toutes pitié du pauvre amant, qui a été assez gentil pour leur envoyer un pîlté ; elles le font venir par la porte de derrière et prendre place au milieu d'elles^ et elles répandent sur lui toute leur sympathie. Elles accusent la chambrière d'avoir mal fait le guet ; celle-ci se défend tout simplement en maudissant son maître, à quoi toutes les commères disent « amen ». Enfin elles se rendent chez le mari et réussissent à le convaincre de l'innocence de sa femme, en lui assurant par les serments les plus sacrés qu'elle serait incapable de jamais commettre ce dont il l'accuse. Nous avons l'impression de tout un chœur de sorcières qui entourent le pauvre mari, le forcent à renier le témoignage de ses propres yeux et à abjurer tout ce qui constitue sa personnalité de mari et d'homme -.

L'auteur ne se contente cependant pas de nous donner dans toute cette galerie de types individualisés une conception du sexe féminin et de la femme mariée. Emporté par sa propre ardeur, il oublie de temps en temps qu'il est en train de peindre un tableau qui devrait se suffire à lui-même, et il prend en son nom la parole pour éclater en exclamations personnelles sur son sujet. Bien que ne rentrant pas rigoureusement dans le style de son exposition, ces éruptions quasi involontaires ou ces réflexions spontanées soulignent néanmoins d'une manière très significative les idées de l'auteur. Voici quelques exemples : « Et est

Page 1