‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 35 sur 98 · I. Troisième /otV, éd., p · texte numérisé non relu

I. Troisième /otV, éd., p

<)6 LES aUINZE JOYES DE MARIAGE

dans l'amour qu'il porte à ses enfants : quand la femme, pour le taquiner, frappe son enfant favori, il la prie tendrement de ne pas le faire (ni); et quand, pour se faire accorder un pèlerinage, elle raconte que le petit enfant est malade, il est plein de chagrin, va le voir, le regarde et a les larmes aux yeux (VIII). Son souci du ménage est parfaitement mis en relief quand l'auteur dit qu'il ne trouve pas de goût à la musique, parce qu'il ne peut s'adonner au plaisir, mais pense toujours à son ménage : « Et quelque jeu ou instrumens qu'il voie, il luy souvient tousjours de son mesnage, et ne peut avoir plaisir en chose qu'il voye ' » (IV). Un autre trait caractéristique est son attitude pleine d'égards envers sa femme, même quand elle montre une opposition capricieuse et brutale (VI). C'est seulement quand il s'aperçoit de son infidélité qu'il devient sévère « et à l'aventure la bat » ; mais il emploie pourtant des paroles très courtoises pour l'avertir. Du reste l'auteur ne semble pas attacher d'importance à cette punition sévère ; il semble au contraire qu'il veuille se contenter de rappeler de temps à autre que c'est une éventualité possible ; mais cette situation du mari frappant sa femme n'a pour ainsi dire pas de place organique dans la composition (cf. II, X). — Une fois le mari déploie une certaine énergie pour triompher de sa femme par la ruse, mais bien entendu sans résultat, car celle-ci remarque le piège et avertit l'amant (VII). Ailleurs il essaie de conserver le gouvernement de la maison, mais échoue (IX).

Quoi qu'il fasse, de quelque manière qu'il s'y prenne pour rester ferme, il n'y arrive en fin de compte jamais. Il prend peu à peu une attitude purement passive à l'égard de sa femme ; et, par une transition parfois assez brusque, il est dépeint comme un homme tombé dans la plus profonde misère physique et morale. Comme une épitaphe sur sa vie manquée revient le refrain de son emprisonnement dans la « nasse » où son sort est de « finir misérablement ses jours ». Ce dénouement pitoyable est naturellement un tribut payé à la tendance générale du livre, et, en ce qui concerne le refrain, un cliché littéraire ; au point de vue psychologique il n'est pas toujours convaincant. On a déjà montré plus haut que, pour donner à sa peinture la force voulue par lui, l'auteur est obligé de dépouiller le mari de

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