‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 36 sur 98 · I. Ed., p · texte numérisé non relu

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toute indépendance et de toute trace d'ambition, en même temps qu'il le montre absolument naïf en présence des manifestations les plus élémentaires de la psychologie féminine, mou et peureux. On a peine à croire que l'auteur ait pu conserver sa sympathie pour le mari, même quand sa virilité est à ce point compromise ; mais il ne s'exprime pas avec une entière netteté sur ce point. Une fois seulement il s'indigne et dénie toute noblesse à celui qui ne peut quitter sa femme et ses enfants pour défendre son pays et lui-même, et il loue ceux qui ont « le cuer si bon et si noble, qu'il n'est amour de femme ne d'enfans qui les tenist qu'ilz ne feissent toujours choses honnourables ' » (XIII). Mais ceci semble être un raisonnement à part. Ailleurs on peut, dans quelques-unes des images par lesquelles il dépeint l'état du mari, trouver une certaine raillerie un peu hautaine. Déjà il fait allusion à la sottise de riîomme en représentant son désir d'entrer dans la nasse ; et c'est sans doute par analogie qu'il le compare, d'un ton assez ironique, au coq assez simple pour se mettre toujours en peine de donner de la nourriture à la poule (VII), ou qu'il le montre « adouci comme un vieil asne qui par acoustumance endure l'aiguillon, pour lequel il ne haste gueres son pas » (IV) ou « débonnaire comme le bœuf à la charrue », à quoi il ajoute ironiquement : « or est il à point » (XII). D'autres métaphores sortent pourtant du ton de la satire, et ne servent qu'à donner plus de relief à la pensée de l'auteur ; c'est ainsi qu'il dit d'un homme qui s'est marié à une veuve et n'a d'autre ressource que d'endurer et « souffrir tout, comme un vieil ours emmuselé, qui n'a nulles dents, lié d'une grosse chaigne de fer, et est chevauché et chastré o une grosse barre de bois, et tout le retour qu'il en peut avoir, est de crier ; mais quand il crie, il a deux ou trois coups davantage * » (XIV). — Et une fois il semble chercher à excuser la résignation du mari en lui faisant dire que c'est le sort qui le veut : « conclu à lui-mesme qu'il est ainsi maleureux, et que c'est fortune qui luy court sus et qui règne contre lui ^ » (VII). Ce motif fataliste, qui est excellent et qui donne une note tragique, n'est pas employé par ailleurs.

Mais l'incontestable et cordiale sympathie avec laquelle l'auteur suit

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