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LES aUlNZE JOYES DE MARIAGE ^5
alors compliquée et le sens même un peu obscur. Ou encore il arrive qu'il prenne son élan, mais ne soit pas en verve et réussisse mal, comme au début de la sixième Joie ', ou qu'il ne tire aucun parti, même au point de vue du style, d'un motif qui ne l'aura pas intéressé, comme c'est le cas dans quelques-uns des morceaux les plus faibles. Mais, si l'on excepte ces cas, il est curieux de voir comment son attention et son intérêt semblent rester partout également en éveil. S'il s'agit de décrire un personnage dont il veut placer la physionomie en pleine lumière, il ne craint point les répétitions et les expressions synonymes ; pourtant elles ne donnent pas l'impression de lourdeur, mais produisent l'effet voulu. Dans la quatrième Joie, où la situation misérable du mari se reflète plus nette que d'ordinaire dans son aspect extérieur, l'accumulation de ces adjectifs et autres expressions descriptives est poussée très loin. Dès le début il emploie ce style : Le maria passé «touz les maulx jours, les malles nuitz et maleurtez dessusdites » ; sa jeunesse est « fort reffroydie » ; il est « si mat, si las, si dompté du travail et tourment de mesnage, qu'il ne lui chault plus de chouse que sa femme lui die ne face » et il est comme un vieil âne qui ne se soucie de rien. Il faut à ses enfants, dont il a plusieurs, « robes, chausses, souliers, pourpoins, vitaillc et aultres choses ». Un peu plus loin il est dit qu'il est comme « ung cheval recreu, qui ne fait compte de l'esperon ». Il est étrangement accoutré — remarquez ici la veine comique qui se fait jour dans la peinture de ce chevalier de la triste figure : « Il a unes botes, qui ont bien deux ou trois ans, et ont tant de foiz esté reppareillécs par le bas qu'elles sont courtes d'un pied, et sans faczon, car ce qui souUoit estre au genoil est maintenant au milieu de la jambe. Et a ungs espérons du temps du roy Clotaire, de la vieille façon, dont l'un n'a point de molete. Et a une robe de parement qu'il y a bien cincq ou six ans qu'il a... et est de la vieille faczon, pource que depuis qu'elle fut faite il est venu une nouvelle faczon de robes ^ ». Et ensuite vient une description analogue de son valet, vrai Sancho Pança de ce Don Quichotte. — Pour voir comment le style peut, dans son coloris, se plier aux besoins artistiques, on trouvera dans la peinture du jeune homme au début de la onzième joie un exemple qui paraît encore plus caractéristique quand
1 . Le premier morceau, qui commence bien, se termine par une réflexion générale qui s'écarte beaucoup du ton.