‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 41 sur 98 · Ed., p · texte numérisé non relu

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66 LES dUINZE JOYES DE MARIAGE

on le compare aux passages ci-dessus. La description prend une allure tout à fait dansante, quand elle doit rendre l'image de ce jouvenceau gai, insouciant, sympathique qui ne songe qu'à jouir de sa liberté : « Quant ung gentil gallant, jeune et jolis, s'en va par pais gaiement, et est en franchise, et peut aller de lieu en lieu à son plesir sans nul empeschement ; et va au long de l'an en pluseurs lieux, et par especial où il sceit dames, damoiselles, bourgeoises ouaultres femmes... et pource qu'il est jeune, vert et gracieux et amoureux, et est encor simple, bien bejaune. il ne s'esmoye de nulle chose, fors de ses délits et plaisances trouver ' ». Le début de la première Joie est assez semblable à ce passage, mais n'a pas la même force expressive. De même que dans les dialogues, l'auteur aime à accumuler dans son récit les propositions unies par « et » ; mais en outre il emploie « or » et sait en tirer d'excellents effets : c'est par là qu'il donne au début de la troisième joie une image de l'inquiétude qui règne dans la maison et des mille occupations du mari : « Or approche le temps de l'enfantement ; or convient qu'il ait compères et commères à l'ordonnance de la dame. Or a grant soussy pour quérir ce qu'il faut aux commères et nourrises et matrones... Or double sa paine ; or se voue la dame en sa douleur en plus de vingt pèlerinages, et le pouvre homs aussi la voue a touz les saincts. Or viennent commères de toutes pars; or convient que le pauvre homme face tant que elles soient bien aises ^ » .

J'ai relevé plus haut cette particularité que l'auteur laisse place à des situations alternatives. Mais la netteté de l'exposition n'en est au fond pas troublée, parce que la description reste toujours au présent, et que la rapidité de l'esquisse maintient en éveil l'imagination du lecteur, malgré les digressions. Les remarques personnelles de l'auteur viennent parfois donner du piquant à une description : c'est ainsi qu'il s'interrompt par un « dont je me tais » et nous laisse deviner le reste. De même les réflexions semées çà et là ne provoquent pas d'arrêt, parce qu'elles sont tenues sur un ton raisonneur qui s'accorde avec la gravité pleine de pathos qui marque les passages didactiques.

Il est dans son tempérament d'aller droit au fiiit, et il n'emploie pas de périphrases pour exprimer ce qu'il veut dire. Mais il ne devient pas

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