Ed., p. io5-:o
68 LES aUINZE JOYES DE MARIAGE
et d'Angleterre » (XII) ; « Dieu scet s'elles font bon guet devers matin, pour corner Anglais de quinze lieues ' » (XV). Et une fois nous touchons à l'histoire ancienne et biblique : « Je croy que la douleur du roy Priam de Troye la grant, quant il oit la mort de Hector le preux, ne la douleur à Jacob pour la mort de son fîlx Joseph, ne furent point pareilles à ceste douleur^ » (XIII). — Inutile de rappeler la métaphore continue de la « nasse » ; elle est développée au commencement de la dixième joie et reliée ci une autre image, celle de l'oiseleur, qui attire les oiseaux de rivière dans la « forme ».
Quelques proverbes cadrent bien avec les allures pour ainsi dire bourgeoises du style : « s'y boute tel feur te le vente » (I) ; « mais il n'est jeu que à joueurs » (III) ; « que la malle boce s'y puisse ferir ! » (IV) ; « qui ne pèche si encourt » (VI), etc.
Les Quinze joies sont en général considérées comme la plus parfaite satire contre le mariage et la femme que puisse montrer la riche littérature misog)'ne du xii'^ au xvi^ siècle. Mais peut-on vraiment donner le nom de satire à ces attaques directes, à cette polémique acharnée qui dénote si clairement une tendance déterminée, et dont il y a tant d'expressions dans cet ouvrage ? La satire ne consiste pas seulement dans l'exagération et la partialité : ou bien il faudrait aussi appeler satires les fibleaux ', les Lamentations de Matheolus, le Miroir de mariage d'Eustache Deschamps. Or ce sont des peintures tendancieuses de la vie, chargées de couleurs beaucoup trop grossières pour avoir été empruntées à la palette de la satire, au moins dans un sens plus restreint de ce mot. Même lorsque le coloris est beaucoup plus fin, le ton plus effacé et les nuances distribuées avec plus d'art, le caractère d'ouvrage à thèse n'en est pas pour cela modifié ; et c'est le cas des Quin:(e joies. Le procédé technique est le môme au fond ; la forte animosité qui provoque la tendance générale et les attaques positives y prédominent. Un autre trait qui leur est commun avec ces autres ouvrages est la peinture réaliste de la vie. La conception même des