‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 54 sur 98 · P. 3SI · texte numérisé non relu

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on ne peut plus amusante dans une petite remarque de la dame Jehanne : quand sa maîtresse manifeste son intention d'aller se confesser à l'abbé, elle dit : « Ce seroit bien fait ; quant à moy, je y fu:( hier ! ' » Cette jeune femme entreprenante voit tout de suite quel profit il y a à tirer de la nouvelle connaissance, et elle devance avec un sans-gêne parfait sa maîtresse !

Les relations s'étant établies de cette manière, la situation est suffisamment préparée pour expliquer les sentiments de dédain et l'effronterie impudente qu'étalent la dame et son galant lorsque Saintré rentre en scène. Mais avant de pousser jusque-là, le récit s'arrête une première fois à la lettre de rappel que la reine envoie à la dame. Cette lettre est intercalée pour insister sur la façon dont la dame abandonne tous ses devoirs, et, rattachant ainsi le présent au passé, elle a, de même que la réponse de la dame, sa place marquée dans la composition. — Ensuite il y a une autre interruption : les exploits qu'accomplit en attendant le petit Jehan sont racontés dans quatre chapitres ^, brefs, il est vrai, mais qui intercalent dans le cours du récit un épisode un peu trop étendu ; on conçoit cependant qu'il fallait, au point de vue du roman, s'occuper de lui aussi. Enfin, il retourne à la cour, apprend l'absence de sa dame, se hâte de la rejoindre, la trouve chassant dans une forêt avec son abbé — et le dénoûment arrive.

Si nous voulions noter ici toutes les preuves que, dans les descriptions qui suivent, notre auteur donne de son talent de novelliste, il faudrait citer à peu près le texte entier. Bornons-nous donc à étudier sommairement cette partie finale ou cette « Histoire d'une vefue de la Duché de Bourgogne, amoureuse d'vn Gentilhomme, qui pour sa longue absence alla au change d'vn Abbé ; dont puis après le Gentilhomme en print vengeance en contentement de luy & perpétuel scandale de la Dame » — comme la nouvelle est appelée dans les Comptes du monde adventureiix.

D'abord, la peinture des caractères. C'est ici que le tri entre le roman et la nouvelle est le plus difficile à effectuer. Dans les chapitres précédents, les caractères de Jehan et la dame sont plus longuement étudiés

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