Décaméron, VIII
Il6 LES CENT NOUVELLES NOUVELLES
quelle force satirique le Décaméron ne présente-t-il pas l'hypocrisie et les duperies des moines, soit qu'il les livre au ridicule, soit qu'il dévoile toute leur impudence à tromper la foule ' ; et combien semblent faibles les attaques contre les moines dans les Cent Nouvelles nouvelles^ qui s'en prennent à peu près exclusivement à leur immoralité, et suivent en cela assez fidèlement les vieux clichés. C'est que nos conteurs n'ont cure des préoccupations religieuses qui emplissent l'âme de Boccace et de ses contemporains.
Cependant il y a naturellement aussi des ressemblances entre les deux ouvrages. Toute la partie du Décaméron qui est consacrée aux histoires plaisantes et obscènes montre une étroite parenté avec nos nouvelles. La femme y joue le même rôle; c'est elle qui d'ordinaire est coupable, et c'est à elle de tirer au clair, avec son habileté naturelle, les situations embrouillées et compromettantes. Une partie de ces histoires sont comparables pour leur grossièreté, bien que le prix revienne au recueil français qui, plus que le recueil italien, se complaît aux couleurs crues et aux termes directs. Boccace a, comme le conteur des Cent Nouvelles nouvelles, adopté une foule d'anecdotes courantes sur des aventures qui se seraient passées dans sa ville natale (et dont une partie étaient sans doute réelles). De même que l'auteur français a remanié les petites histoires de la cour de Bourgogne, Boccace a mis sous forme de nouvelles une grande partie des récits qui amusaient la cour de Naples dont il était le familier dans sa jeunesse. Ces récits pouvaient avoir leur racine dans la réalité, mais la plupart étaient des sujets anciens, localisés non seulement en Italie, mais en Grèce et en Orient. Enfin les Cent Nouvelles nouvelles comiennent quelques histoires d'un genre sérieux et moralisant, trop rares pour changer le caractère du recueil, mais propres en tout cas à rompre la monotonie et à nous fournir encore un point de comparaison avec Boccace.
Dans l'art de conter, notre auteur n'a visiblement pas cherché davantage à se rapprocher de son grand prédécesseur. Il a un talent personnel, et sa manière diffère de celle de Boccace. A la façon de l'anecdote, les Cent Nouvelles fiouvelles placent le plus souvent l'intérêt dans le trait. C'est le but où tend tout le récit, et en vue duquel la composition est ordonnée : le récit en lui-même, les personnages, les événements anté-