I. Dàaméron, IV, 2 ; VI
rieurs, tout cela est secondaire pour l'auteur. Chez Boccace le dénouement est une conséquence de ce qui précède ; dans les Cent Nouvelles nouvelles ce qui précède n'est qu'une préparation du dénouement.
Il est du reste intéressant de voir comment les deux auteurs traitent le même sujet indépendamment l'un de l'autre. Tous deux ont remanié l'histoire racontée dans le fableau Du chevalier qui fit sa femme confesse ' . Le fableau donne le trait final, comme d'ordinaire, tout crûment : la femme malade veut se confesser; le mari, pris de soupçons, prend l'habit du confesseur, et entend des aveux désagréables pour lui. La femme, une fois rétablie, s'étonne de la froideur du mari; un jour enfin celui-ci, incapable de contenir plus longtemps sa colère, éclate en injures. La femme comprend aussitôt que c'est lui qui l'a confessée, et avec une entière présence d'esprit, lui dit qu'elle l'avait reconnu et avait voulu seulement le punir de sa jalousie. M. Emile Gebhart a remarqué qu'il y a ici un point faible, qui détruit le caractère de la farce et introduit un soupçon de tragédie : le fait que la femme est amenée par ruse à se confesser au mari, et que celui-ci exploite son ignorance ^ Mais, vu le peu d'importance que les conteurs primitifs attachent à ces considérations, je ne crois pas qu'on aurait jamais imaginé de faire cette remarque, si Boccace, en refondant l'histoire, ne l'avait rendue moins brutale et plus artistique. Il y introduit en effet un trait nouveau : la femme reconnaît de suite son mari sous le déguisement du prêtre '. Notre nouvelle 78 n'a pas ce détail, et là réside la principale différence. Le remaniement français ne développe au fond que très peu le contenu du fableau. Dans les deux récits, la femme est d'une légèreté cynique. Dans le fableau elle dit : « à mes garçons me livroie », et elle a en outre pour amant le neveu de son mari. Les Cent Nouvelles nouvelles racontent longuement et en termes très forts ses liaisons successives avec des amants auxquels elle soutire « à la force de ses reins » un gain matériel considérable. C'est la vue de ces richesses qui excite les soupçons du mari, et ce trait a été ajouté ici parce que le déguisement du mari était visiblement trop peu motivé dans le fableau. Puis notre nouvelle, suivant la coutume, a introduit un trait plus accentué et plus dramatique : au lieu que le mari, dans le fableau et Boc-