Décaméron, VII
Il8 LES CENT NOUVELLES NOUVELLES
cace, entame un dialogue avec sa femme pénitente, et s'éloigne ensuite gardant pour lui sa rancune, il s'agite ici tout de suite, ce qui semble plus naturel, jette son déguisement et éclate en paroles violentes contre sa femme. Mais celle-ci se ressaisit aussitôt et feint d'avoir reconnu tout de suite à qui elle avait à faire. Ce trait est le meilleur passage delà version des Cent Nouvelles nouvelles, et représente un véritable progrès sur le récit rudimentaire du fableau. Mais, comme on l'a vu, il y reste pourtant beaucoup de ce récit antérieur.
Boccace modifie l'histoire et la rend plus riante et plus compliquée. La femme, comme il a été déjà dit, soupçonne tout de suite, et acquiert peu à peu la conviction que son mari a voulu l'espionner et a pris le déguisement du confesseur. Ce changement témoigne d'un sens artistique bien plus raffiné que les autres versions ; mais le motif du sangfroid féminin, qui forme le trait dans le fableau et les Cent Nouvelles nouvelles, est en revanche fortement affaibli, car il n'y a plus d'effet dramatique si elle ne fait que répéter au mari ce que le lecteur sait d'avance. Boccace a donc déplacé le centre de l'intérêt. La femme fait d'abord croire au mari que son amant est un prêtre qui veut berner le mari par toutes sortes d'enchantements. Puis elle le laisse fiiire sottement le guet tomes les nuits devant la maison, tandis qu'elle prend du bon temps avec le véritable amant. Enfin, quand le mari, transi et rompu de fatigue, veut savoir le nom du prêtre, elle lui remontre sa bêtise, lui dit qu'elle l'a tout de suite reconnu et l'endort ainsi dans une trompeuse sécurité. Loin d'être « kùnstlich konstruiert » comme le dit M. Kùchler ', cette version est au contraire tout à fait conséquente ; et, si elle ne place pas l'intérêt dans le trait qui constitue le motif primitif, c'est tout simplement parce que c'est une nouvelle, et non une anecdote comme le fableau ou la version des Cent Nouvelles nouvelles. — Un autre trait caractéristique pour Boccace est qu'il nous montre le mari jaloux par pure inclination naturelle ; il surveille sa femme avec la plus grande sévérité sans qu'elle y ait donné de motif. Mais c'est précisément cette sévérité du mari qui amène la femme à jeter les yeux sur un jeune homme, et elle n'a pas d'autre amour. Elle représente donc un type essentiellement différent de la femme des Cent Nouvelles nouvelles.
Ce qui précède suffit à montrer que l'auteur de notre nouvelle a peu