Op. cit., p. }i
subi l'influence de Boccace dans sa manière de traiter le sujet. Un seul passage semble off"rir une réminiscence nette. Chez Boccace, la femme, dans sa dernière explication avec le mari, lui dit : « Je t'ai dit que j'aimais un prêtre ; et n'était-ce pas toi, que j'aime à mon grand tort, qui t'es déguisé en prêtre ' ? » Dans les Cent Nouvelles nouvelles, elle dit, faisant allusion aux amants dont elle s'est accusée en confession : « De l'escuier me suis accusée, et c'estes vous, mon doulx amy ; quand vous m'eustesen mariage, vous estiez escuier. ... Et vous estes aussi le prestre, car nul, si prestre n'est, ne peut oyr confession. » Ce trait ne figure pas dans le fableau.
Puisque nous en sommes à la comparaison avec le Décaméroriy continuons-la un instant pour mieux montrer le procédé de notre auteur. Il a été dit plus haut que Boccace traite les prêtres d'une manière particulièrement dure : il est intéressant de voir ici à l'œuvre l'auteur des Cent Nouvelles nouvelles. Nous prendrons pour exemple l'histoire connue de Fra Alberto dans le Décaméron -, le prêtre qui, par ruse, s'introduit chez une fille niaise en lui faisant croire qu'il est l'ange Gabriel; soupçonné par les connaissances de la fille, épié et surpris, il traverse à la nage le canal et se trouve à l'abri, mais pour être ensuite trompé et subir le châtiment le plus ridicule ; il est employé comme ours pendant le carnaval, enduit de miel, roulé dans la plume, exposé à des nuées d'insectes, démasqué, raillé de tous, et puni enfin de prison perpétuelle par les parents de la fille. Avec quelle force Boccace ne s'empare-t-il pas du sujet, lorsque, dès l'introduction, il décrit sous les traits les plus vifs l'hypocrisie et les tromperies des moines, et leur souhaite d'avance le même sort qu'à celui dont il va conter l'histoire, puis donne, de la personnalité et des antécédents de ce moine, une peinture effrayante et pleine de vie. D'autre part, que de richesse, de plénitude et de vie dramatique dans l'action : comme il sait en rehausser le relief en la plaçant à Venise, en fixant le lieu des différentes scènes et en employant le dialecte vénitien ; ou encore en laissant l'aventure transpirer et faire l'objet des racontars sur le Rialto, et enfin
1. « lo ti dissi che io amava un prête : e non eri tu, il quale io a gran torto amo, fato prête ? »