Vers 850 et suiv
5. Publié par A. V'ugel, Rotttaniii, t. XXXIII (1904), p. 183-199; voy. surtout ver» 977 et suiv.
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est encore plus étendu et prononcé selon toutes les règles de l'art juridique ' ; et on n'a qu'à se reporter aussi à l'introduction des Erreurs du Jugement du triste paire 'amant banny - pour la comparer avec le début tout juridique du « Premier Arrest ». Certains détails de ces poèmes reviennent aussi dans les arrêts de Martial : outre les petits traits déjà signalés et empruntés au code de la galanterie, on peut noter que l'accusé est banni du royaume d'amour, qu'il n'y a rien d'aussi notoirement « souverain » qu'un baiser « quand il est bien prins », etc. Mais il est bien inutile de prouver que Martial a connu cette poésie, car il en a paraphrasé dans sa prose un ou deux représentants. Et j'ai voulu, dans les lignes qui précèdent, montrer seulement qu'il n'avait pas eu besoin de Blosseville pour concevoir l'idée de ses arrêts.
Un point n'est pas douteux : le courant littéraire qui aboutit au travail de Martial n'est pas issu des mêmes sources que les sentences d'André le Chapelain et les autres productions analogues de contenu, sinon directement inspirées par lui, que l'on trouve dans la littérature française et provençale du moyen ;!ge '. Il est très peu vraisemblable que Martial ait connu André, dont le livre fut imprimé, il est vrai, au xv siècle, on ne sait quand, mais sans doute pas avant l'époque où Martial écrivit ses arrêts. On pourrait en tout cas trouver une sorte de parenté entre eux : d'abord par le ton et le style réaliste, l'exposition qui va droit au but, et, chez tous les deux, s'écarte singulièrement des allégories sans fin de la poésie composée dans l'intervalle. Mais cela peut naturellement s'expliquer par le fait que le goût de l'allégorie était en train de faire place à une conception plus sobre, et que le dessein de Martial était de transplanter ces séances de tribunal, développées dans les poèmes avec un si grand appareil allégorique, dans une espèce de réalité. Pourtant on trouve aussi des concordances de détail qui montrent combien ces conceptions de délits amoureux et d'aft'aires amoureuses restaient identiques à travers des siècles : dans la seizième sentence d'André les deux coupables sont bannis de l'empire d'amour, peine habituelle chez Martial ; dans le dix-huitième jugement du chapelain, une personne dévoile des secrets amoureux qui lui ont été con-
1. Publié par A. Piugct, Ronuuiùi, t. XXXIV (1905), p, 579-411; cmp. entre autres les vers 880 et suiv.
2. Publié par A. Piaget, Ronumia^ t. XXXIV (1905), p. 411-416. 5. Cmp. Trojel, op. cit., p. 137.
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fiés, de même que, dans le dix-neuvième arrêt de Martial^ une chambrière est punie pour le même crime. Chez les deux auteurs, une dame est accusée pour avoir reçu des présents sans rien donner en compensation (André XIX, Martial XXXIII), et la sentence se termine par une phrase presque identique : «... aut meretricum patienter sustineat cœtibus aggregari » et « ... qu'elle sera abandonnée à un chascun pour desormés servir le commun et devenir à tous publique '. »
Dans son prologue, Martial imite le prologue traditionnel de la plupart des poèmes analogues. L'auteur raconte d'ordinaire comment il est transporté dans le lieu où se passe l'action (ici le procès) ; le local est orné avec toute la beauté imaginable, de même que les juges et tous leurs assesseurs portent des costumes magnifiques et des ornements splendides. La date de l'action est ici précisée : elle se passe en septembre, comme dans La Dame loyale en anioiir, au lieu qu'elle est souvent placée en mai dans les œuvres analogues. D'autre part Martial s'abstient de faire paraître tous les personnages allégoriques et abstraits dont fourmillent les poèmes. Son réalisme se révèle dans la description des costumes, quand il dit par exemple:
Leurs habitz sentoient le cyprès Kt le musez si abondamment Que l'on n'cust sceu cstre au plus près Sans esternuer largement.
Et il déclare à la fin de ce prologue qu'il va continuer en prose.
Je ne puis juger si la ressemblance qui, selon M, Piaget, existe entre le trente-quatrième arrêt de Martial et le poème Confession et testament de Vamant trespassé de deuil est plus intime que celle dont il vient d'être question, le poème n'étant pas publié ; mais j'ai des raisons de croire qu'il en est à peu près de même. Hntrc le trente-septième arrêt et le poème V Amant rendu cordelicr, il y a des ressemblances essentielles dans quelques situations. Le poème, il est vrai, ne constitue pas un arrêt, et on n'y trouve pas le même appareil que dans les autres. Mais l'action, le désespoir de la dame qui voit l'amant l'abandonner et entrer au couvent, est pourtant prise de là. La description de son évanouisse-
I. Les jugements d'André le Chapelain sont cités d'après l'édition de Trojel, op. cit., p. 141-158.
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ment quand elle voit son ami prendre la robe de moine concorde entièrement avec les strophes CLXII et CLXIV du poème. En outre les réponses des cordeliers aux accusations de la dame reflètent les longues tirades de la strophe CLXX, bien que cette réponse ne consiste qu'en une allusion très générale aux vœux monastiques '. Je reconnais pleinement la justesse des arguments que M. Piaget a présentés contre l'hypothèse que le poème serait postérieur aux Arresls d'Amours, et par suite qu'il serait un remaniement fait par Martial lui-même de son procès. Les cas analogues cités plus haut font par eux-mêmes supposer que Martial s'est servi aussi d'autres sources analogues et qu'il a procédé ici comme ailleurs, c'est-à-dire qu'il a seulement puisé dans un ouvrage précédent l'idée fondamentale et un ou deux détails. Mais en tout cas il est remarquable — et c'est ce qui a fait admettre l'identification comme si naturelle — que le poème, par son allure générale et surtout dans l'énumération de toutes sortes d'usages et de détails galants, s'écarte beaucoup des autres ouvrages en vers.
On a prétendu que, dans quelques autres de ces arrêts, on reconnaîtrait des poèmes correspondants rentrant dans ce cycle de production -. Le vingt-cinquième arrêt de Martial, où une dame est punie de sa dureté envers un adorateur fidèle, serait une imitation du poème d'Alain Chartier, La Belle dame sans merci, prototype et origine de toute cette série d'œuvres. Dans l'idée, il y a en effet certaines ressemblances ; mais c'est tout, car on n'a pu montrer que bien peu de concordances dans le détail. On pourrait relever quelques analogies d'expression : chez les deux auteurs, l'homme a servi la dame avec fidélité pendant longtemps ; chez tous les deux aussi la dame lui fait comprendre qu'il est fou de tant exiger d'elle; dans l'un et l'autre ouvrage elle assure qu'on ne peut la contraindre à aimer ni lui ni un autre. Mais chez Martial le style est naturellement tout différent ; il est beaucoup plus réaliste et précis, en même temps que beaucoup plus resserré. Ici, rien de la subtilité et de la préciosité des répliques échangées dans le poème entre l'Amant et la Dame ; et c'est là que se montre précisément la différence capitale entre le style des poèmes et la manière de Martial, qui peut être subtile, mais laisse place à des accents puissam-
1. V Amant rendu cordeîier à l'observance d'Amours^ poème attribué à Martial d'Auvergne, p. p. A. de Montaiglon (Société des anciens textes français, 1881),