Roiuania, t. XXXIV (1905), p
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ment naturels. 11 suffit pour s'en rendre compte de lire par exemple la tirade chaleureuse sur l'importance de l'amour que notre auteur prête à l'avocat de l'amant : «... car d'amours vient joye, plaisance et desplaisance, aise et mesaise, de tous les biens du monde. Jamais femme n'homme qui soit amoureux n'aura disette de biens, car on en a toujours assez. Et vault miux un soubris, ou un petit genou, ou quel que petit signe qu'om jecte l'un à l'autre, que d'avoir cent muidz de blé au grenier : car au moins telz biens d'Amours ne se peuvent diminuer, et si ne les fault point vanner pour les chardons. Et aussi on voit communément qu'une femme qui est amoureuse est tousjours joyeuse, et chascun tasche à luy faire plaisir, et s'avance encore pour estre des premiers à la servir : elle sera tousjours coincte et joye, et bien cuellye, et n'y a ordure qui s'osast prendre à sa robbe », etc.
Il est permis de croire que Martial a puisé encore d'autres inspirations de ce genre dans la poésie galante du temps, bien que je ne puisse, avec les matériaux dont je dispose, préciser de ressemblances. Quant aux autres sources, je ne trouve, dans les nouvelles, rien qui corresponde directement à l'ouvrage de Martial, sauf en ce qui concerne le vingtdeuxième arrêt. Cependant, il y a sans doute chez lui, beaucoup plus que chez ses prédécesseurs, des situations et des motifs de nouvelle, comme je le montrerai dans la suite, et si la forme et la manière de traiter le sujet sont autres, on peut constater en tout cas que, pour le fond, les arrêts offraient des matériaux propres à des récits de ce genre. Que de fois Martial n'a-t-il pas traité le motif de la femme adultère ! Et il a placé, en général, les rapports entre les deux amants dans un milieu déterminé et leur a donné de la vie dramatique ; il a brossé ou au moins ébauché de petits tableaux de la vie ; il a introduit sinon un dialogue — la forme du récit qu'il emploie le lui délend — au moins des reproductions de répliques brèves et naturelles. Tout cela le rapproche beaucoup plus des auteurs de nouvelles que des poètes du cycle de la Belle dame.
\ji nouvelle à laquelle je viens de faire allusion (car c'en est une véritable) est une variante de l'histoire de l'amant enfermé dans le colom-
1. Voyez p. ex. les rapprochements que fait M. Kiichler dans son ouvrage précité en parlant des numéros X-\V, L.XXIl, LXXXVl, des C. N. n. — On peut ajouter encore que Martial, comme l'auteur de ce recueil, traite le motif de la chambrière (chez M. nourrice) désirée parle maii (l'amant), et de la trahison des secrets d'amour.
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hier, qui, racontée d'abord par le Pogge dans sa manière habituelle et très simple, revient développée dans les Cent Nouvelles nouvelles, sans appartenir du reste aux meilleures du recueil'. Chez Martial elle est racontée avec beaucoup de relief et d'entrain, et elle est incomparablement supérieure à toutes les versions antérieures et suivantes que je connais. Le récit de Martial rappelle d'ailleurs beaucoup moins ces variantes que Boccace. Il y a même dans le Decameron une histoire apparentée à l'arrêt de Martial. C'est le septième récit de la huitième journée, où le pauvre jeune écolier qui aime la belle veuve Hélène d'une passion si ardente est berné par elle si cruellement. Elle lui tait croire qu'elle répond à ses sentiments et le laisse attendre d'être introduit, tandis qu'elle accorde ses faveurs à un autre et que le pauvre écolier, les pieds dans la neige, gèle et souffre le martyre, aussi mal en point que l'amant dans le gelinier décrit par Martial. Les détails diffèrent d'ailleurs, sauf que dans les deux cas on doit faire venir un médecin ; mais chez Martial la triste position du jeune homme est dépeinte en couleurs aussi vives que chez le grand conteur florentin.
M. Grœber exprime l'opinion qu'il ne faut voir dans ces arrêts ni des productions du pédantisme savant, ni des plaisanteries érudites, mais un manuel de lecture agréable destiné à apprendre au juriste savant l'art de la procédure, dont il s'agissait de montrer les règles en les appliquant à une matière attrayante et facile à retenir*. Cette opinion n'est pas du tout nouvelle. Fournel prétendait déjà que Martial avait voulu donner une sorte de guide juridique, et n'avait employé les histoires d'amour amusantes que pour rendre plus léger l'élément didactique. D'Argenson pense qu'une nouvelle édition des Arrêts, où la langue serait rajeunie, pourrait apprendre aux jeunes fonctionnaires et avocats les règles de la procédure au temps de Martial. D'un autre côté Diez regarde les Arrêts comme une satire dirigée contre les mœurs contemporaines en matière amoureuse, conception exprimée déjà plus d'un siècle avant lui par l'historien Varillas. D'autres, et ce sont les plus nombreux, voient dans les Arrêts un jeu d'esprit, par exemple Sallengre, Lenglet du Fresnoy, Niceron et récemment Gaston Paris, Suchier, et, à ce qu'il semble. Petit de Juleville. M. Trojel, qui, dans son
1 . Je m'étonne que M. Kùchler n'ait pas fait ce rapprochement.