I. Ed., p
JEHAK DE PARIS I97
— Jehan ne le ferait pas pour tout le royaume d'Angleterre, et en fait d'argent, il en a plus que le roi — et commence de plus en plus à douter de son succès. Il demande prudemment et avec une petite lueur d'espérance : « Par vostre foy, y pensez-vous point venir ? », mais Jehan répond de son ton hautain : « Par mon serment, à l'aventure que je yray, à l'aventure que non, selon que je trouveray en moy ' ». En attendant il s'arrête où il est, et le roi continue seul sa route, car la noce doit êtie célébrée deux jours plus tard. Il arrive à la cour. La princesse le voit : elle n'est pas gaie, ce n'est pas ce qu'elle a souhaité. Mais la parole d'honneur de ses parents lui est sacrée.
On est à table quand la nouvelle se répand que les messagers de Jehan demandent un logis pour lui et sa suite. Ici commence, pour ainsi dire, la troisième partie de l'histoire.
Il faut admirer l'art avec lequel l'auteur sait graduer ses effets. Le jeune roi s'est tout d'abord montré comme un homme intelligent, réfléchi et conscient de son droit, mais déjà dans la seconde partie — le voyage — il laisse percer son ambition royale, non pas tant pour luimême que pour montrer à son royal voisin et à sa suite à quels gens ils ont à faire. Et enfin dans la troisième partie il déploie les splendeurs incroyables qu'il a à sa disposition, mais il impose en outre par sa propre personne déjà avant de s'être fait connaître — trait ingénieux du reste — à tel point que chacun le reconnaît nolens volens pour son maître. De cette manière il établit non seulement l'importance de sa royauté, mais aussi la valeur de sa propre personnalité. Tout cela est décrit et combiné de façon à produire l'effet juste et voulu, et une foule de petits détails contribuant à cette fin sont intercalés çà et là — souvent comme des traits de pinceaux jetés seulement en passant, mais toujours tombés au bon endroit.
L'arrivée de Jehan est annoncée de deux manières, d'abord par ses hérauts, dont le luxe excite l'étonnement, et ensuite par le roi d'Angleterre, qui raconte à table, en riant, les énigmes, et décrit son compagnon de route comme un original qui « tient ung quartier de la lune, car il dit des motz aulcunesfoiz que n'ont ne chef ne queue ; aultrement l'on le jugeroit pour très sage homme ^. » Mais quand il a répété les deux