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premières énigmes, le roi de Portugal objecte qu'il ne faut jamais se moquer des gens en leur absence : « je ne crois nullement que cet homme soit un insensé, dit-il sagement, car il faut avoir beaucoup d'intelligence et de sens pour conduire une telle quantité de gens pendant un si long trajet. » Ces paroles sont écoutées avec grande confiance par les dames et les seigneurs, car le roi de Portugal avait grand renom de sagesse. Cette petite protestation annonce déjà d'une manière habile le succès futur du roi Jehan et la défaite des Anglais.
Ce qui suit sert à accroître encore l'étonnement et l'attente. Le roi promet un logis pour trois cents chevaux, les hérauts en demandent un pour dix mille ; sans cela Jehan ne viendra point. Le roi le promet pour le lendemain, « car les dames sont fort désireuses de voir votre maître ». Il doit donner un quart de toute la ville. Et les dames et les seigneurs qui étaient venus pour la noce, ainsi que la princesse, se lèvent de bonne heure, de crainte de manquer l'occasion de voir leur hôte, et on fait barrer toutes les autres rues, pour qu'il soit obligé de passer devant le palais. Les lignes suivantes donnent une image parfaite de l'inquiétude que provoque l'approche de Jehan : « Ce pendant qu'ilz en parloient, voicy arriver deux héraulx avecq les deux pages, au point que devant avez ouy ; puis venoient les cinq cens fourriers après bien en point. Si coururent les nouvelles au palais que c'estoit Jehan de Paris qui venoit. Incontinant qu'ilz ouyrent les nouvelles, vous eussiez veu venir gens à si grans flottes ' que c'estoit une merveilleuse chose. Car le maistre n'atendoit pas le vallet, ni le vallet le maistre ; qui pouvoit mieulx aller alloit ^. Et quant les François commancèrent à approucher le palaix et qu'ilz passoient, le roy s'avansa por parler à culx '. » — Maintenant suit une description très vivante du long cortège — comment on s'étonne du nombre des gens et de la splendeur déployée, comment on croit toujours voir Jehan, quand ce ne sont que les cochers et les gens de la suite, comment les dames négligent même de manger, comment on oublie complètement l'Anglais qui ne peut guère « soy jouer avecq sa fiancée », ce qui le fâche beaucoup, et comment on l'interrompt toujours dès qu'il commence à parler de la noce ; comment ensuite de brillants chevaliers font leur entrée l'un après l'autre