Ed., p
$. «Je vous prie que traictez bien vostre peuple, et, le plus que pourrez, le gardez de oppresser, et ilz prieront Dieu pour vous ». Ed., p. 122.
206 JEHAX DE PARIS
Avec un calcul visible, mais sans jamais exagérer le contraste jusqu'à la caricature, l'auteur donne du relief au caractère de Jehan par la personne du roi d'Angleterre. Dès leur première rencontre, pendant le voyage, la différence est soulignée : le roi s'adresse à son étrange compagnon avec une mine plutôt débonnaire et des accents un peu niais ; et peu après, il revient encore à son idée que Jehan sera réduit à l'indigence s'il continue à vivre de cette façon, et répète à ses gens que cet homme doit être un peu fou'. Quand Jehan, après le malheur arrivé aux Anglais en passant la rivière, propose d'un ton moqueur de chasser dans les bois, le roi répond, sans sourire et un peu fâché, qu'il n'a pas la moindre envie de railler en ce moment ^ Les énigmes sont débitées dans le même ton et l'Anglais les écoute bouche bée avec la même stupéfaction ; mais quand il commence à nourrir des doutes sur son succès, et que Jehan refuse carrément d'entrer à son service, il interrompt l'entretien et répète seulement sa question inquiète, demandant si Jehan viendra à la cour ou non, à quoi celui-ci répond qu'il fera comme bon lui semblera '. A la cour d'Espagne, le roi d'Angleterre est d'abord reçu avec tous les honneurs dus à son rang et à sa mission, mais par sa propre description il tourne l'attention sur Jehan, et l'auteur, sans trop insister, le laisse entrevoir de temps en temps faisant la moue et mêlant sa figure mécontente à l'enthousiasme général. Il faut remarquer comment le trait stupide prévaut toujours dans la peinture de son caractère : quand toute la ville est en émotion pour l'arrivée de Jehan, le roi d'Angleterre reste « tout estonné de veoir ce qu'il veoit, et ouoit les rapors que l'on faisoit par la cité de ce homme » ; on ne tient plus compte de lui, et il est c marry » de ce qu'il n'a pas « loisir ny espace de parler, ny de soy jouer avecq sa fiancée, comme il désiroit », mais sa pensée n'approfondit pas ce qui pouvoit s'en suivre pour lui ■♦. Au dîner, il est toujours « fort étonné » ; mais maintenant il commence à remarquer qu'il y va de .son propre prestige : il n'a point d'appétit, et la reine d'Espagne, qui est une femme sage, doit l'entretenir de son mieux pour ne pas lui