‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 83 sur 98 · Ed., p · texte numérisé non relu

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jeHan de paris 207

faire perdre tout à fait le courage '. S'étant fait connaître, Jehan s'adresse gentiment à son rival, le priant de ne pas être « mal content », vu que la princesse lui avait été promise depuis quinze ans ; mais il boude, il est « fort marry et courrossé », fait ses malles et part aussi vite qu'il peut.

Le troisième type qui mérite notre attention est celui de la princesse. Il n'est pas nécessaire de répéter ici les nuances dans son intérêt pour lehan, dont les gradations ont été déjà relevées en parlant de la composition du roman. Notons seulement encore quelques traits qui prouvent que l'auteur a composé ce personnage avec la même conséquence et la même attention suivie que les autres. Sa première rencontre avec le roi d'Angleterre suffit pour lui inspirer de l'aversion : « Quant la fille du roy d'Espaigne l'eut bien veu et regardé, et qu'elle l'eut en soy bien considéré, elle n'en fust pas trop joyeuse, car saige fille estoit. » « Si se pensa en elle que ce n'estoit pas ce qu'il luy falloir. » Mais, la chose étant si avancée, elle n'y voit pas de remède, « pour l'honneur de ses père et mère garder ^ » Rien de plus féminin que son attitude envers le page de Jehan ; rien de plus humain et gracieux que son geste spontané quand, à l'apparition tant attendue de Jehan, elle lui jette son couvre-chef. A partir de ce moment, la curiosité et l'intérêt ont pris une couleur plus tendre. Elle montre une finesse d'esprit tout à fait caractéristique pour son sexe quand, encouragée par Jehan à se choisir un mari parmi les barons français, elle rappelle, sous ombre de se soumettre à la volonté de Jehan, l'ancienne convention échangée entre leurs pères, ce qui provoque de la part de Jehan l'exclamation un peu brusque mais parfaitement correspondante à son caractère : « Ha ! par Dieu, vous estes fine femme \ » L'abandon amoureux de la princesse trouve une expression charmante dans sa réponse à Jehan, quand il lui demande si elle ne regrettera pas le palais de son père : « Certes, monseigneur, il ne me fault pas demander, car je n'euz jamais si parfaicte joye comme j'ay eue quand je me suis trouvée céans ; aussi n'est pas à comparer le palays de monseigneur mon père à vostre logis ; mais encor dis-je plus, que, quant vous n'ariez riens que vostre noble et redoubtée personne, si vous aymé-je mieux que

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