‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 84 sur 98 · Ed., p · texte numérisé non relu

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tout le demourant du monde '. » Comparez aussi avec cela son attitude quand Jehan veut partir sans elle ^. — On s'étonnera peut-être d'entendre des propos assez hasardés d'une si jolie bouche ' ; mais elle ne fait que répondre à un calembour de son ami, le roi de Navarre, et ses paroles ne juraient certainement en rien contre les mœurs de Tépoque.

Il est inutile d'insister davantage sur les détails de la description, dont nous avons eu occasion d'annoter plusieurs exemples ; ils nous ont fait apprécier chez l'auteur non seulement une observation juste et fine de la réalité, mais aussi un goût remarquablement sûr ; son style tient toujours la balance entre l'essentiel et les circonstances secondaires, et, s'il n'est guère parcimonieux en fait de détails, il n'en abuse en tout cas jamais quand cela n'est pas nécessaire (comme dans la description du luxe de Jehan et de son armée.) Ses tableaux sont pleins de petits traits, mais ils ne dominent pas assez pour masquer les grandes lignes de la composition, au contraire, ils ont leur place juste dans le plan du tout et ils servent, comme nous l'avons vu, à vivifier d'une manière extrêmement habile le mouvement des personnages et de l'action. Ce style est, du reste, partout clair, limpide, pas trop abondant en paroles mais riches en expressions nettes et originales. Au commencement, et surtout dans ce que nous avons appelé le prologue, il tient un peu du meilleur style des chroniques. Après, il devient de plus en plus personnel et coloré. Il est absolument dépourvu de convention et de clichés; tout en ne se permettant pas de sauts, comme La Sale dans Saintrc, notre auteur ne devient jamais ennuyeux ou traînant, et un des plus grands mérites de son style, c'est justement de pouvoir entretenir et amuser sans exagérer l'élément comique, de pouvoir être spirituel, vif et narquois sans faire infraction à la solidité de la forme ni à l'unité du cadre.

Voilà, à peu près, ce qu'il y aurait à dire sur les principaux mérites artistiques de notre nouvelle. Regardons maintenant quelles sont les influences extérieures, pour ainsi dire, qui ont contribué à sa création.

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