‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 87 sur 98 · Marif de France, éd. Warnckc, p. 106 s · texte numérisé non relu

Marif de France, éd. Warnckc, p. 106 s

}. Déjà Novati a renvoyé .nu Imï de Lanval dans Un nuoxv ed un vecchio frammento del Triitran di 'J'otnmaso (StuJj de Monaci, 6, p. 461 ss.). Il mentionne aussi le Lai de Graelent, mais Iji le motif se retrouve sous une forme très affaiblie. Dans Horn (éd. Brede et Stengel, v. 3985 ss.), il est aussi altéré.

Quelle qu'ait été la première impulsion d'où soit sortie cette œuvre, son auteur était à coup sûr pénétré du vif désir d'exprimer ses sentiments patriotiques, et de contribuer à la gloire de son roi, de son pays et de sa ville. Ces sentiments ont dirigé et inspiré sa plume à chaque instant. Sur le fond ainsi constitué, les divers éléments de son récit se sont réunis à peu près de la manière suivante :

Le motif de la rupture des fiançailles officielles, occasionnée par l'in- ^tervention du jeune prétendant, est basé sur un fait réel, mais il y a aussi une tradition littéraire considérable qui s'en occupe; l'auteur a utilisé ces deux éléments d'une manière absolument libre.

Le roman de Beaumanoir Jehan et Blonde a servi de modèle pour l'épisode du voyage et des énigmes. Il est vrai qu'une fois notre nouvelle semble plutôt se rapprocher de formes plus anciennes du motif : ainsi, une version que nous trouvons dans les Gesta Roînanortwi exprime en termes plus positifs que la compagnie est convaincue de la folie du narrateur ' ; mais le tout est cependant emprunté à un remaniement de Jehan et Blonde. Quant au texte des énigmes, notre auteur fait de l'épervier de son modèle un canard, ce qui convient évidemment mieux (dans les Gesta il n'est question que d'un filet, tandis que le roman de Horn se sert d'un vautour pour représenter la bien-aimée).

La plus ancienne littérature épique se sert déjà, pour marquer la royauté puissante, de la description des richesses, du luxe, du cortège brillant qui entourent le personnage principal. Ce motif se retrouve encore au xv^ siècle, par exemple dans le Petit Jehan de Saintré, où l'apparition brillante du héros, quand il part pour des guerres ou des tournois en pays étrangers, contribue à jeter de l'éclat sur son roi et sur son pays natal. Quant à la technique grâce à laquelle l'apparition de Jehan à la cour d'Espagne produit un effet si imposant (la suite des surprises pendant l'entrée solennelle), l'auteur l'a reçue d'une tradition littéraire spéciale qu'on retrouve dans certains poèmes connus et très répandus. Il est difficile de dire si l'auteur s'est servi ici d'un modèle

I. Que celui qui propose des énigmes soit regardé comme fou, c'est un trait assez ordinaire dans la légende populaire. — Pour ce qui est de la diffusion de cette légende dans la littérature et de l'influence qu'y peut avoir eu notre ouvrage, je renvoie à l'introduction de M. Suchier, à mon article ci-dessus cité, chap. m, et à la note de M. Langlois au troisième chapitre des Nouvelles Françaises inédites du XF' siècle, p. 15 et suiv.

déterminé. J'en ai plus haut cherché un dans le roman de Tristan. En effet, outre la ressemblance du sujets on pourrait même avec de la bonne volonté trouver, dans la description un peu aride que donne Thomas des différents groupes de courtisans qui forment la suite, le germe de la brillante variété du cortège de Jehan (la description dans Horn est en elle-même plus dramatique, mais elle n'énumère pas tant de groupes).

Le ton et le style, enfin, offrent une faible ressemblance avec le^ Voyage de Charkmagne, mais l'esprit du siècle a tout naturellement marqué son empreinte et, malgré toutes les différences, on songe au roman de La Sale nommé plus haut. Dans l'un et l'autre on trouve un écho de l'ancienne chevalerie, quoique sous une forme à vrai dire très modernisée; on rencontre un nouvel art de narrateur, vif, subtil, enjoué, où l'ironie est toujours aux aguets. Ici, comme dans le Saintré, nous trouvons réunies une ancienne tradition et de nouvelles tendances qui indiquent l'évolution future.

La date de notre nouvelle est fixée, du moins approximativement, par le rapport entre le récit et les faits historiques qui lui ont servi de base. Elle ne peut pas avoir été écrite longtemps après le mariage de Charles VIIL Je suppose qu'elle a été composée vers le milieu de la décade 1490.

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