‹ La nouvelle française au 15e siecleChapitre 9 sur 98 · G. Paris, Poènui tt légendts du moyen dge, 1900, p · texte numérisé non relu

G. Paris, Poènui tt légendts du moyen dge, 1900, p

la scène où le comte lui reproche assez vertement de rester à nourrir sa douleur amoureuse par des plaintes, tandis que l'ennemi est sous les murs de la ville, et où Aucassin à la fin se réveille pour proposer à son père le pacte que celui-ci accepte ' ; ensuite, la scène où après la bataille, Aucassin vient pour demander l'accomplissement des conditions promises : l'attitude peu loyale du père et les répliques brèves et expressives de son fils : « Passez-vous des sermons et remplissez votre promesse », et quand le père refuse : « Cela me fait de la peine de voir mentir un homme de votre âge », et le brusque appel à l'ennemi prisonnier, qu' Aucassin somme de ne jamais laisser échapper une occasion de faire du mal à ce parjure qui est son père ^ ! C'est cette conscience de lui-même, cette droiture et cette fierté qui donnent au caractère du héros son principal attrait. Quoique très facilement sujet aux impulsions sentimentales, il garde pourtant jusque dans ses rapports avec Nicolette une certaine fierté masculine, qui lui fait dire entre autres que l'amour de la femme « est en son l'œul et en son le cateron de sa mamele et en son l'orteil del pié », tandis que l'amour de l'homme « est ens el cuer plantée, dont ele ne puet iscir », — définition qui certainement pourrait prêter à la controverse '.

Si toute l'histoire de ces deux jeunes amants est une pure fiction, on peut soutenir néanmoins que le poète n'a rien inventé dans le véritable sens du mot. La trame essentielle du récit lui a été donnée par le roman de Floire et Blanceftiir , et les détails qui ne se retrouvent pas dans cette source ont leurs correspondants ailleurs. Ainsi, l'étonnant discours où Aucassin déclare ne pas vouloir entrer au paradis avec les vieux moines décrépits, mais préférer l'enfer où se rassemblent les francs chevaliers et les belles dames courtoises avec leurs amis, repose sur une idée qui est loin d'être étrangère à la poésie du moyen âge *. Le garde, qui donne un avis aux amants, a ses origines dans les « aubes » de la poésie lyrique. Le roi de Torelore, qui est en couches, ne se retrouve pas seulement dans le folklore de plusieurs pays, mais il est entré aussi dans la littérature proprement dite >. Et pounant, quel usage le poète

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