La poésie du moyen-dge, II, p
dans la vie privée. Et quelques nouvelles isolées d'une autre espèce montrent que le genre, en tout cas, n'est pas mort.
Mais il ne fleurit pas. Est-ce que cette période, pleine de conflits de toute sorte, où les esprits étaient si occupés d'autres inté'rêts, ne sentait pas le besoin de la récréation littéraire offerte par les courts récits et ne comprenait pas la plaisanterie qui réside dans leur pointe ? Ou bien les fableaux vivaient-ils encore si nettement dans la mémoire de tous, bien que la production dans ce genre eût cessé avec la mort de Jehan de Condé (1340)? Ou y avait-il peut-être une littérature de nouvelles latines qui pouvait, au moins pour les classes cultivées, combler la lacune existante dans la langue française ?
Il n'est pas facile de répondre exactement à ces questions. Incontestablement l'état d'esprit du xiv^ siècle n'était guère propre à stimuler les dispositions qui s'expriment d'ordinaire en histoires gaies, pas plus qu'elle ne put donner naissance à une comédie quelconque ; ce sont les intérêts pédagogiques, administratifs, moralisateurs qui dominent et qui trouvent aussi leur expression dans la littérature. Dans ces conditions, il n'était pas difficile d'oublier une production comme celle des fableaux, et même si, au début, on « les copiait » encore, con?me dit Gaston Paris, on n'y mettait sûrement pas trop de zèle, et on ne le fit pas longtemps non plus, car nous n'avons conservé que très peu de grands recueils de ces morceaux littéraires, et aucun manuscrit n'est postérieur au début du siècle ' : c'est une tradition très faible en comparaison de celle d'autres ouvrages goûtés du public. Sûrement il ne s'écoula pas longtemps avant que les formes littéraires de ces sujets fussent tombées dans l'oubli, tandis que le fond même, l'anecdote, pouvait se conserver par la simple tradition orale. — Enfin quant aux nouvelles en langue latine, nous pouvons admettre que précisément les exemples moraux tels qu'ils étaient fixés dans les recueils composés d'après des sources orientales, ainsi que dans les recueils de sermons, étaient encore très répandus ; mais, pour les autres récits, il est difficile de dire quelle diff"usion ils ont eue en France. Nous savons, de quelques rares histoires en vers latins dont les sujets sont empruntés à la vie contemporaine, qu'elles sont nées en France * ; mais elles n'ont pas