‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 19 sur 98 · AUX TERRES NEUVES · texte numérisé non relu

AUX TERRES NEUVES

Brest et son histoire. — Basques, Bretons et Normands.—Pécheries soumises à des règlements.—Nicolas Don.—John Rut.—Le baron de Léry à l’île de Sable.—Le basque Savalette.— Guillaume Le Beau et son armement.—L'association des marchands de 1570.—Supériorité des Malouins aux terres ueuves.—Affrètement des navires honfleurais, de 1574 à 1603.

Les navigateurs français commencèrent à donner signe de leur apparition dans les parages des terres neuves dès le commencement du XVIe siècle, peut-être même vers la fin du XV. Lorsque Jacques Cartier se fut avancé jusque dans la Grande Baie de Canada, tou-

chant au havre de Nepetepec qu'il appelle “ rivière Saint- Jacques”, il avisa une grande Nave, qui venait de La Rochelle, écartée de sa route. Son capitaine voulait pénétrer dans le port de Bress !, et les vents l’avaient poussé loin de l'abri qu'il recherchait. Si on en croit Lewis Roberts ?, Brest était déjà, à cette époque reculée, le poste principal de la Nouvelle-France. Non-seulement les pêcheurs y trouvaient un abri pour leurs pataches, mais c'était le lieu de rendez-vous pour y travailler la morue et dépecer les monstres marins dont les eaux du golfe pullulaient. Un établissement permanent y avait été fondé en 1508. Gosselin # nous apprend en effet, qu’en cette année-là, plusieurs vaisseaux normands cinglèrent vers les terres neuves, et que leur tonnage était de soixante à quatre-vingt dix tonneaux 4 Quelle qu’ait été la date de sa fondation 5, Brest acquit bientôt de l’importance, et devint la résidence d’un gouverneur, d'un aumônier, d'officiers et de soldats de garnison. Il s’y faisait un grand commerce d'exportation de morues, de barbes et d'huile de baleines, ainsi que de peaux de castors et d’autres fourrures de grande valeur. Vers l’année 1600,

1 Michelant et Ramé, Æelation originale du Voyage de Jacques Cartier en 1534. Paris, 1867, p. 11.

> Dictionnaire du Commerce, L. Roberts.

3 Gosselin, Documents inédits pour l’histoire de la marine normande.

4 Gosselin cite, entre autres, la Bonne aventure, capitaine Jacques de Rufosse ; la Sibille et le Michel, propriété de Jehan Blondel ; la Marie de Bonnes-Nouveiles, équipée par Guillaume Dagynoourt, Nicoles Duport et Loys Luge, associés, et commandée par le capitaine Dieulois.

5 Suivant Hatton et Harvey, la fondation de Brest remonterait. à l’année 1520. Charlevoix prétend que les Français avaient un poste fixe au Cap de Rae dès 1504.

la ville de Brest, la plus ancienne, sans aucun doute, de l’Amérique du nord, renfermait une population stable de mille habitants et plus de deux cents maisons. Plus tard l’on découvrit, dans une baïe proche de là, des vestiges de fortifications qui, au témoignage de Charlevoix, conservèrent longtemps le nom de Vieux-Fort. C'est la baie Saint-Paul que l’on retrouve sur les cartes du célèbre historien de la Nouvelle-France.

Si on s'en rapporte à l’auteur du “ Discours d'un grand capitaine de mer français du lieu de Dieppe sur les navigations faites à la terre neuve de l'Inde occidentale” Denys, de Honfleur, est le premier des Normands qui aborda à Terreneuve d’une manière authentique Depuis lors, les navires de France continuèrent sans interruption leurs voyages dans ces régions, sans y trouver de traces de domination espagnole, anglaise ou portugaise. Les naturels y jouissaient d’une liberté complète, et ne reconnaissaient ni lois, ni autorité royale. Jehan Denys était accompagné du pilote Gamart, de Rouen. C’est avec ces deux noms, écrivent MM. Bréard, que s'ouvre l’histoire des marins normands aux côtes de l'Amérique septentrionale, dans les premières années du XVIe siècle !. Le Père Biard ? dit que Denys * n'avait

1 Charles et Paul Bréard, Documents relatifs à la marine normande et à ses armements aux XVIe et X VIle siècles. Rouen, 1889.

2 Relation de 1611, p. 1.

8 Nos devons aux MM. Bréard des renseignements nouveaux sur Jehan Denys ét sa famille, On retrouve son nom dans un manuscrit du . XVe siècle, intitulé ‘° Registre de la charité et confrérie fondée en l'église Notre-Dame de Honfleur" fondée en 1457. On y lit, selon l’ordre du temps et des paroisses, les noms des ‘‘frères et sœurs” qui étaient

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