‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 20 sur 98 · RER · texte numérisé non relu

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rapporté de son voyage que des poissons et des cartes géographiques, et son renom est demeuré plus obscur que celui de Thomas Aubert, le dieppois, qui partit pour les terres neuves, deux ans plus tard.

Aubert fit donc voile de Dieppe, en 1508, et ramena en France des sauvages de l'Amérique. Si on en croit Jean Antoine Desmarquets, auteur des Mémoires Chronologiques de Dieppe, le capitaine avait à son bord un compagnon nommé Jean Verassen, laissant croire par là que ce fut le célèbre Verrazano, florentin. Le même auteur ajoute, qu'en 1508, ces deux marins remontèrent le Saint-Laurent sur deux vaisseaux, jusqu’à une distance de 80 lieues (240 milles géographiques) de son embouchure, et que c’est à eux que doit remonter l'origine du nom de Saint-Laurent appliqué au grand fleuve. Le navire d’Aubert appartenait à Jean Ang, et la Pensée était son nom.

es navigateurs normands sembleraient, d’après cela, avoir été les premiers Français qui aient abordé aux plages du Canada. Mais il paraît que ce furent les Bretons, comme l'indique la fondation de la ville Iabradorienne., Brest, en effet, est un souvenir de Bretagne. L'on a vu que les Rochelais la connaissaient, en 1534,

membres de cette corporation d'assistance mutuelle : en 1497, Jehan Denys. Sur un autre registre de la même confrérie est ouvert un compte ‘€ des deniers deubz à la charité de l’an 1467 à l’an 1518. Le trésorier de l’association a inscrit sous la rubrique : ‘‘ Paroisse de la Rivière”, article suivant: ‘Jehan Denys l’aisné doibt v) den..; Jehan Denys le jeune doibt v den. ; Jehan Denys fils de Jehan doibt v] den.” Son uom paraît aussi parmi ceux d’autres bourgeois de Honfleur dans une délibération du 17 mai 1502. Sa famille vivait encore à Honfleur au milieu éu X VITe siècle.

mais il est peu probable que les Basques y séjournèrent, bien qu'ils semblent avoir frayé aux nations européennes le chemin des terres neuves. Francisque Michel va même jusqu'à dire que ces hardis baleiniers connaissaient les côtes de Terreneuve un siècle avant que Christophe Colomb découvrit l’Amérique !.

‘ I est bien certain, écrit Bergeron !, que dès l’an 1504 les Basques, Bretons et Normands allaient à la Coste des Moruës, dit le grand Banc des Moluës, à quelque 800 lieuës de France vers Cap-breton ; et le pays mesme en semble avoir pris le nom de Bacaleos ou Bacallos, à cause que les Basques appellent ainsi ce poisson, et ceux du pays Apegé. Ce qui fait foy indubitable que nos Basques y hantoiïent longtemps auparavant ; Et cette pesche a toujours continué depuis à nos François qui en fournissent toute l’Europe, et de faict ils y ont laissé plusieurs noms comme Cap-breton, Brest, Rochelay et autres. De sorte que plusieurs pensent qu’il en faille reprendre l’origine de plus haut, et que depuis plusieurs siècles nos Basques, Diepois, Malouins, Rochelois, et autres faisoient des voyages ordinaires ès terres Neufves pour ce sujet; et que des lors ils y imposèrent des noms qui y sont demeurez. Mesmes on void dans une lettre escrite par Sébastien Cabot à Henri 7 en l’an 1497 qu'il appelle ces terres du nom d'isle de Bacaieos, comme un nom desjà assez cogneu. Mais quoy que c’en soit, il est toujours sans contredit que cette pesche est à nous en

1 F. Michel, Le Pays Basque, p. 189.

1 Traicté de la Navigation et des Voyages et de descouverte et conqueste modernes, et principalement des François, ete. Paris, MDCXXIX.

propre depuis plus de 120 ans'. Les Basques, entre autres, y sont fort experts, et mesme en celle des Valrusses ? et Balenes vers Groneland 3; et de faict les Anglois et Hoilandois se servent d'eux à cela, à cause que sur toutes les autres nations ils sçavent mieux et plus vistement couper les Baleinés, en faire bouillir et cuire les graisses. ?

Ce qu’il y a de certain, à travers tous ces faits relevant d’une tradition très respectable, c'est que les Basques furent les premiers baleiniers de l’Europe. Les plus remarquables venaient du Cap-Breton {, du Plech ou Vieux-Boucaut, de Biarritz, de Guetteria, de Saint-Jean de Luz et de Siboure, bourgs où villages de la Biscaye. Après avoir connu l’usage de la balestrille 5, ils s’avancèrent hardiment jusqu'aux bancs de Terreneuve, où ils rencontrèrent une espèce nouvelle de cétacé qu'ils distinguèrent par le surnom de Sa"daco baleac, voulant désigner par là des baleines de t:vupes. Ils donnèrent alors le nom de Baccaluos 6, qui, dans leur langue, signifie

1 C'est-à-dire avant 1509, puisque Bergeron écrivait en 1629. 2 Du mot anglais wutrus, morse.

8 Pour Groenland ou Greenland.

4 Voir Note 9.

5 La balestrille, en italien batestra, en espagnol balestrilla, était un bâton gradué ou rayon astronomique qui servait à prendre sur mer la hauteur du soleil et des astres. Il yen avait de plusieurs sortes, ayant double jeu, par la lumière et par les ombres. La balestrille fut remplacée en 1600 par le quartier anglais, qui lui-même fut abandonné pour l’octant, le sextant et le cercle de réflexion. On l’a appelée radionètre, rayon astronomique, bâton de Jacob, verge d’or.

6 Il n'y à pas de doute, dit le P. G. Fournier dans son Æydrographie, que ce nom fut donné par les Basques : car ils furent les seuls

morue, à l’île de Terreneuve. Ainsi donnèrent-ils des noms tirés de leur langue et propres à rappeler plusieurs des lieux où ils avaient vu le jour. Le nom de Rognouse attribué à la baie des Trépassés par Jacques Cartier, nom qu'elle portait probablement avant son passage, est celui du bourg d’Orrougne, situé à une demi-lieue de Saint-Jean de Luz. Le nom de cap de Raye (Pointe- Riche) a pour étymologie le mot basque Arraico qui signifie poursuite ou approche. Le Cap Breton ! tire son origine d’un bourg du même nom, près du Vieux- Boucaut de Bayonne. Les Basques donnèrent à d’autres ports les noms de Vlicillo (trou à mouches), Ophor- Portu (vase à lait), Portuchoa (petit port). C'est à eux que revient l'appellation du cap de Gratz, de Grata, qui signifie un lieu d'établissement pour les travaux de la pêche des morues. C’est l’origine de degrat que l’on retrouve si souvent mentionné par Nicolas Denys, dans son Histoire Naturelle des peuples, et de l'Amérique septentrionale ?.

Les Bretons et les Normands suivirent les Basques de près à la pêche des terres neuves où, peu de temps

Européens qui appelaient la morue baca/aos ou bacallos ; les aborigènes lui donnaient le nom d’apagé. L'appellation Bacalaos embrassait la Nouvelle-Ecosse, le Cap-Breton et Terreneuve.

Les Indiens du Cap-Breton appelaient la morue Pahshoo.

1 Le nom indien du Cap Breton, suivant le Dr Gesner, était onu. mahgha.

2 Tel est le titre du second volume de l’ouvrage de Denys, gouverveur, lieutenant général pour le Roy, et propriétaire de toutes les terres

et Îles depuis le cap des Rosiers. Il parut la même année que le pre-

mier volume intitulé ; Description géographique et historique des costes de l'Amérique septentrionale. Paris, MDCLXXII.

après, lés Portugais, les Anglais et les Espagrols, vinrent chercher une part de leur existence. Herrera ! nous assure qu’en 1526, Nicolas Don, de Bretagne, faisant la pêche à Bacalaos, avec 30 matelots, fut chassé par les tempêtes au sud-ouest du Cap-Breton, et croyant qu'il avait découvert de nouvelles côtes, Don alla offrir ses services à l’empereur Charles-Quint ?. Quelques auteurs croient que Don était natif de l’Aunis.

Purchas écrit, qu'en 1527, John Rut était à Terreneuve * avec une flotte de onze voiles normandes, une bretonne et deux portugaises 4 Quant aux pêcheurs

1 ‘ Escrivio A1 Emperador, Nicolas Don, natural de Bretana, que iendo con treinta Marinero à la Pesqueria de Baccalaos.”” Herrera, édition de 1728, Dec. III, Liv. X, ce. 9,t. 11, p. 289. . Cet écrivain a publié un grand ouvrage intitulé : Æistoria general de los hechos de los Castellanos en las islas y tierra firme del Mare Oceano, Madrid, 1601- 1615. L'édition la plus agréable est celle d'André Gonzalès Barcia, revue et accompagnée de gravures. Herrera n’alla jamais en Amérique, et il a beaucoup puisé dans Las Casas pour la rédaction de son livre.

2 Brevoort, Verrazano the Navigator, New-York, 1874.

3 Samuel Purchas, is Pilgrimage, London, 1625, t. V., p. 822.

‘ Ce qui semble faire supposer que le capitaine anglais accosté par Ginès Navarro était Rut, c’est que ce dernier rapporte également avoir rencontré des navires de nations diverses occupés à la pêche au pays des morues ; seulement, au lieu de quinze navires, cette fois il y en a cinquante : ‘* C'uyo Capitan declaro que habia ido a reconecer los bacallaos y haïlo alli unas C'incuerta naos castellanas, e francesas, e portuguesas, que estaban pescando. *” — Harrisse, Jean et S. Cabot, p. 291.

4 Purchas, vol. III, p.809. Biddle dit, dans un Mémoire sur Sébastien Cabot, que Verrazano, pilotes de Rut, fut tué et mangé par les sauvages au cours de cette expéditicn. Asher partage cette opinion dans son {Introduction à la Biographie de Henry Hudson. Mais ceci est peu probable,

normands, il ne put y avoir de doute sur leur présence en Amérique à cette époque.

Les règlements concernant la vente des morues étaient déjà en force dans la ville de Honfleur, en 1527 !. En était-il de même ailleurs ? En Bretagne, l’organisation de la pêche avait été soumise à des lois spéciales, que l'on retrouve au temps de Jacques Cartier. Lorsqu'il voulut partir pour l'Amérique en 1534, l’enrôlement de ses équipages lui suscita une vive opposition de la part des armateurs malouins. Ils firent cacher les maîtres de navires, les maîtres mariniers et les compagnons de mer, afin d'empêcher le départ de leur compatriote, Cartier fut obligé de s'adresser à la justice pour faire lever cet obstacle, qui compromettait le succès de son expédition projetée. C’est à cette occasion qu’il obtint du roi une défense générale aux armateurs d'engager leurs matelots, avant qu'il en eût fait le prélèvement pour son service 2?

Done, si on en juge par le va et vient des pêcheurs normands et bretons, et par les règlements de pêche aux terres neuves, dès 1527 et 1534, il est permis de dire que, depuis longtemps déjà, la France régnait en souveraine sur ces lieux de pêche, dont Cartier lui-même signalait en 1534 les plus importants. “ La plus grande pescherie de grosse morue qu’on puisse voir, dit-il, (est) aux environs du Cap Royal ÿ”

1 V. Appendice, pièce D.

2 A. Ramé, 1ère série, p. 4.—Jacques Cartier, N. E. Dionne, Qué-

bec, 1889, p. 116-117.

3 Cap nord de la baie des îles, sur la côte occidentale de Terre. neuve.

M. de la Borderie nous apprend qu’en 1510 les pêcheurs de Dahouet fréquentaient déjà le grand banc et apportaient leurs poissons sur le marché de Rouen !. En 1519, les Malouins faisaient sécher leur morue au Sillon ?, sur le littoral de la mer, près de Saint-Malo 3.

Suivant Lescarbot, le baron de Léry aurait, en 1528, déposé dans l’île de Sable une partie de son équipage, plusieurs têtes de bétail et tout un matériel agricole, dans le but d’y fonder une colonie 4 Cette tentative de colonisation est la première que l’on signale dans cette partie de l'Amérique. Mais eut-elle lieu en 1528, ou en 1518, comme d’autres le prétendent ? Pourquoi avoir choisi cette île, pour ainsi dire perdue au milieu du golfe Saint-Laurent ? Voilà deux questions dont la première surtout est presque insoluble. Cependant, il est difficile de croire, malgré tout le respect que nous avons pour le témoignage de Lescarbot, qui place l'expédition du baron de Léry et de Saint-Just, vicomte de Gueu, vers l’année 1518, quatre-vingts ans avant celle du marquis de la Roche, qu’elle eut lieu avant les premier et deuxième voyages de Jacques Cartier. M. le docteur Taché en est arrivé, après une étude raisonnée de cette question de chronologie, à l’une des années 1538 ou 1539, et nous croyons qu’il est dans le vrai. Quant à la seconde question, elle se résout mieux. “ En y réfléchissant, lisons-nous dans Les Sablons, on ne peut qu’admirer la

1 Mélanges d'Histoire ct d'Archéologie bretonnes, t. II, p. 153-6. 2 Jacques Cartier, p. 217-218.

8 Registre des audiences de Saint-Malo.

4 Lescarbot, Aist. de la N. France, 1612, p. 22.

sûreté de coup-d’æil dont fit preuve le baron de Léry en cette occasion ; avec cela que les Sablon:,—étant donné l'énergie, le travail, la sobriété et lapersévérance des hommes de cette glorieuse époque, — auraient pu être, avec le temps, transformés en une petite baronnie très sortable. Sept mille arpents de bons pâturages, avec chasse et pêche abondantes, ne sont point des biens à dédaigner. Le résultat est venu, du reste, justifier ce choix : les animaux, déposés sur l’île de Sable, s’y sont multipliés, au point de servir au ruvitaillement des navires, à la nourriture des malheureux naufragés, et à des chasses fructueuses, pendant trois siècles 1”

L'on constate qu’en 1544 et 1545, après le retour définitif de Jacques Cartier et de Roberval, deux vaisseaux partaient, presque tous les jours des mois de janvier et de février, des ports de Dieppe, du Havre et de Honfleur, pour aller aux terres neuves. Macé Jalobert y faisait la pêche, entre les années 1548 et 1560. Le beau-frère de Jacques Cartier était maître après Dieu de la Marguerite Bonnadventure. On le voit engagé, vers cette époque, dans des procès concernant les armements de ses vaisseaux, procès où étaient intéressés François Crosnier, et Guillaume Sequart qu'il ne:faut pas confondre avec son homonyme, compagnon du Découvreur du Canada, à son deuxième voyage. Pierre Marquier, trompette, qui avait pris aussi du service sur les navires du capitaine malouin ?, figure également dans un procès de restitution de prise, en date du 9 novembre 1564, à la suite de la capture de l'Andrée de’ Bästable, apparte-

1 Noüvellés Sbtrées Chnaditines, 18889: 474) 2 Joïon des Longrais, Documents, tes: p! 187. :

nant à Prégent Botherel, sieur de Beauvais. Nous retrouvons Jalobert, le 2 juin 1558, dans une signification de jugement de la juridiction de: Saint-Malo, au sujet d’une promesse de quarante pipes de morue sèche à conduire à Bordeaux, sur la Benoiste 1,

La pêche se continua activement, pendant et après les découvertes de Cartier. Jalobert, Crosnier et Séquart, n'étaient pas seuls à sillonner les mers terreneuviennes. D’autres Bretons faisaient de l’industrie de la pêche une de leurs plus chères préoccupations. Thomas Maingart et Jehan Hamon apparaissent aussi aux annales du parlement de Rouen et de Rennes, en 1554 et 1555, comme intéressés dans des affaires de pêcherie *. Les Basques français ne se laissaient pas devancer par les autres Savalette, de Saint-Jean-de-Luz, avait commencé à fréquenter les côtes de l’Acadie vers l’année 1565, et il continua à s’y rendre tous les ans, sans aucune interruption, jusque vers 1608. Champlain fit sa connaissance dans une petite baie, située à environ six lieues au sud de Canseau. C’est là que le capitaine Savalette ancrait son unique navire, de 80 tonneaux, lequel pouvait porter cent milliers de morues sèches. ‘“ Ce bon vieillard, écrit Lescarbot, nous dit que ce voyage (en 1607) était le quarante-deuxième qu’il faisait par delà.... Il était merveilleusement content de sa pêcherie, et nous disait qu’il faisait tous les jours pour cinquante écus de morues; et que son voyage vaudrait dix mille francs à.

1 Revue de Bretagne et de Vendée, 1880, 2e série, p. 378. 2 Documents inedits sur Jacques Cartier et ses compagnons, par M. de la Borderie (Revue de Bretagne et Vendée) 1880, t. II, p. 377.

8 Lescarbot, liv. IV, c. XIX,

Le roi de France et le gouverneur de Saint-Malo émettaient de temps à autre des ordonnances réglant le départ des pêcheurs, suivant les besoins de la guerre et les vicissitudes de la politique. Quelquefois, comme en 1560 et 1562, la pêche était provisoirement suspendue, jusqu’à ce que l'ennemi eut fait connaître quelle direction il prenait. L’interdit fut levé dans le cours de ces mêmes années ; mais, en 1568, il se prolongea jusqu'au 6 mars 1569, que le gouverneur autorisa la sortie “ pour le voiage des terres neufves, fors et réservé les navires, biens et portions d’iceulx, qui sont aux hugueuots, dont la saesie est autorisée conformément aux Ordonnances 1”

En 1560, trente navires quittaient les petits ports de Jumièges, Vatteville et La Bouille pour le voyage au nouveau monde, toujours dans le but d’y faire la pêche ?.

Quatre ans plus tard, le goyvernement français semble s'intéresser au sort de ses navigateurs, en leur accordant une plus grande protection. Le dix-huit avril de cette année (1564), Guillaume Le Beau, receveur général du roi, achetait de Robert Goüel, maréchal de blanche œuvre, comme l’attestent certains actes notariés enregistrés au greffe de Rouen, un matériel # qui devait

1 Greffe d'office de S, Malo, 1566-68 ; sous le 22 février 1568. 2 Documents authentiques et inédits pour servir à l’histoire de u marine Normande et du commerce Rouennaïs, pendant les XVIe et XV Ile siècles. Par E. Gosselin, greffier du palais de Justice de Rouen, 1876 XV, 173.

8 Voici un détail de cet armement :

50 louchets à 12 solz pièce ;

50 houzeaux à 10 solz pièce ;

25 haches à faire bois à 12 s0lz pièce ; 50 serpes à couper bois à 6 solz pièce.

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être transporté dans.la Nouvelle-France par les -ordres du roi. Le sept du même mois, Le Beau payait 400 livres pour des armes et accoutrements .nécessaires à “ l'infanterie française qu'il plaira au roi d'envoyer présentement dans la, Nouvelle-France pour sa. défense 1” Ce fut sous le règne de Charles IX que se fit cet armement inusité. Les rois de France n'avaient donc pas complètement perdu de vue les affaires du Canada. Il ne faudrait pas voir cependant, dans cette organisation confiée à Le Beau, autre chose qu’une mesure de protection de la part du gouvernement en faveur de ses sujets, qui avaient souvent maille à partir avec les Esquimaux et les pêcheurs de nationalité étrangère ; car, il est bien constaté qu'aucun essai de colonisation ne fut sérieusement tenté avant le marquis de La Roche.

Après 1564, les pêcheurs ne semblent pas diminuer en nombre dans les eaux du golfe et sur les grands bancs. Etienne Chaton, sieur de la Jannaye, et Jacques Noël s’y rendaient encore tous les ans. Nous retraçons, en 1570, l'existence d'une société pour l'exploitation des pêcheries à Terreneuve. C’est, du moins, l'opinion de MM. Charles et Paul Bréard, qui nous font ainsi connaître le résultat de leurs nombreuses et importantes recherchés : “ On croit qu’il existait à Rouen en 1570,

1 7 avril 1564.—Quittance par Jehan Garnier, sieur de Vestry, lieutenant de la compagnie du capitaine Lagrange, à Guillaume Le Beau, receveur général des finances du roi en sa marine du ponant, de la somme de 400 liv. qui devaient être employées en achats d’arquebuses et fourniments nécessaires à l'infanterie française qu’il plait au Roy envoyer présentement en sa Nouvelle-France peur la défense d'icelle et pour le service de Sa Majesté sous les ordres du sieur Lagrange, colonel en la dite infanterie.

une association en vue d'exploiter la pêche à Terreneuve, mais nos actes notariés sont d’un faible secours pour en suivre les traces. Cependant, si on les examine attentivement, on sera convaincu que cette société avait pour chefs deux riches marchands rouc:inais : Thomas Legendre et Fernand de Quintanadoine, sieur de Brétigny. On sait qu'au milieu du XVIIe siècle, le premier de ces deux noms représentait encore avec éclat le grand commerce maritime.

“ D'autres bourgeois de Rouen s’associèrent aux chances des voyageurs d'outre-mer ; les contrats d’armements font connaître : Adrien Le Seigneur, Charles Paviot, Robert Lebourg, Toussaint Puchet, Jean de Sahurs, Jacques Halley, Paul Baudry, Guillaume Potier, sieur de la Bigotière, Perrin Bezou, sieur de Bondois, Antoine de Premierasny, Corneille de Bellois, et d’autres encore 1,”

Le mouvement continua à s'accentuer après 1570, En 1578 les bancs étaient couverts de voiles. Les Espagnols y avaient 100 vaisseaux, les Basques de 20 à 30, les Portugais 50 à 60, les Français 150, et les Anglais environ 50 2? Ces derniers étaient encore les moins assidus, car ils avaient toujours conservé la coutume d’aller faire leurs provisions de morue le long des côtes de l'Islande à Depuis quatre ans (1574) cependant, leur flotte s'était augmentée de vingt navires‘ La morue

1 Documents relatifs à la marine normande, C. et P, Bréard, p. 50-51.

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