‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 69 sur 98 · FR LES RES HEART SE ANS · texte numérisé non relu

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et fit construire deux maisonnettes sur chacune des montagnes qui commandaient les extrémités de son île. Puis il fit dresser, pour son propre usage, une résidence au centre de sa colonie. Il baptisa le tout du nom de Fort-Coligny-en-la-France-Antarctique.

Après avoir ainsi disposé son établissement, et l'avoir mis en étab de défense contre les attaques des Portugais et des sauvages, il envoya un de ses vaisseaux en France pour demander du renfort. Dans l'intervalle il faillit être la victime d’une conspiration odieusement ourdie par un truchement qu'il avait amené de Normandie, Heureusement le complot fut découvert et les coupables durent recevoir leur châtiment.

Coligny né négligea rien pour venir en aide à une entreprise qui lui tenait au cœur, et dans ce but 1l organisa une nouvelle expédition pour le Brésil, et en nomma Bois-Lecomte, neveu de Villegagnon, vice-amiral, Bois- Rosée et Sainte-Marie dit l’Epine, capitaines. Le vaisseau de ce dernier portait Jean de Léry, natif de la Margelle, en Bourgogne, zélé calviniste, et historien de l’expédition. L'équipage était en majeure partie protestante. Le départ se fit de Honfleur le 19 novembre 1556, et après quatre longs mois de navigation, entremêlée de tempêtes, de pirateries, la terre du Brésil leur apparut le 26 février 1557 ; mais les vaisseaux n'’entrèrent en rade de Rio-Janeiro que le 7 mars.

Une particularité se rattache à ce nouvel essai de colonisation en Amérique : c’est la présence de génevois calvinistes que Philippe de Corguilleray, sieur du Pont, avait amenés avec lui pour en faire les colons de l’ave-

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nir. Le fait est qu'ils avaient été séduits par des lettres de Villegagnon qui, cédant à un mouvement d’hétérodoxie, pour faire sa cour à l’amiral de Coligny, les avait engagés à venir le joindre. Les nouveaux arrivants se mirent activement à l’œuvre pour achever la construction du fort. Mais, Vi!l!;19n0n changea tout-à-coup d'idée, et d’ardent réfor: te qu'il était, tourna au catholicisme, et enjoignit aux disciples de C*'vin de quitter l'île, eux et leur ministre apostat Pierre Richer, ancien Carmélite. [ls durent obéir à cet ordre péremptoire et ils prirent le chemin de la terre ferme, attendant un vaisseau pour se rapatrier. Jean de Léry était du nombre de ces infortunés qui repassèrent en France après deux mois d'attente.

Au mois de juin de l’année précédente, Villegagnon avait envoyé en France une cargaison de marchandises brésiliennes et dix jeunes sauvages, qui furent présentés au roi. André Thevet, qui s'était attaché à l'expédition comme voyageur, cosmographe et historien, avait rapporté un plan du pays.

Après quatre années d'absence, Villegagnon ne recevant plus de nouvelles, abandonna son fort qu'il laissa, à la garde de quelques soldats, qui furent massacrés par les Portugais. ‘“ On ne sait au juste, dit M. Léon Guérin, si ce fut lui qui subit l'influence de Coligny, quand il pencha vers le protestantisme, ou si ce fut Coligny, homme pourtant très prompt et très habile à s'imposer lui-même, qui subit la sienne, quand ils s’occupaient ensemble de donner un établissement aux huguenots en Amérique. Malheureusement pour sa gloire et pour sa fortune, Villegagnon se laissa trop infatuer de son in-

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