JEAN RIBAUT
Ribaut, calviniste dieppois, avait reçu de Coligny le commandement d’une expédition vers les régions septentrionales de l'Amérique. Il partit du Havre-de- Grâce le 18 février 1562, avec deux navires, montés par des équipages soigneusement recrutés, parmi lesquels se trouvait, à titre de volontaire, Réné de Goulaine de Laudonnière, gentilhomme du Poitou.
La flottille entra, le premier jour de mai, dans une rivière que Ribaut appela rivière de Mai, à présent le fleuve Saint-Mary's, aux limites de la Floride et de la Géorgie. Après avoir pris posssession du pays, il continua sa course vers le nord, reconnut les rivières le long du littoral et leur donna des noms français, comme la Seine, la Charente, la Loire, la Garonne, et il vint mouiller près d’une petite île, à l’entrée d’une rivière que les
1 Histoire maritime de France, t. II, p. 198.
Espagnols avaient nommée Santa-Cruz. Ribaut appela ce lieu Port-Royal, et il s’y construisit un fort qu'il nomma Charles-Fort, en l'honneur de Charles IX, alors roi de France. Puis, il s'embarqua pour Dieppe, où il arriva le 20 juillet 1563. Il avait laissé le commandement au capitaine Albert, dont les cruautés furent cause de soulèvement parmi ses administrés. Ceux-ci, étant poussés à bout, complotèrent sa mort, et mirent bientôt leur noir projet à exécution. Nicolas Barré, qui avait servi sous Villegagnon au Brésil, devint le chef de la colonie, en attendant le retour de Ribaut. La disette étant devenue intolérable, ces pauvres gens résolurent de s’en retourner en France, et ils se mirent en frais de construire un vaisseau. On manquait de tout, mais on déploya une telle ressource d'imagination, se servant de mousse pour calfater, de drups et de chemises pour la voilure, qu’en peu de temps le vaisseau put être lancé à la mer. La traversée de l'océan fut longue et pénible, et ils auraient tous infaiïlliblement péri de faim et de soif si une ramberge anglaise ne les eut recueillis. Le capitaine leur fit donner à boire et à manger. Ilsapprirent d’un Français, qui se trouvait là, que les guerres civiles étaient rallumées en France, et que Coligny avait été empêché, pour cette raison, de leur envoyer les secours que Ribaut était venu solliciter pour eux.
L'indifférence de celui-ci pour ses anciens compagnons de Charles-Fort, fut blâmé par tout le monde, et sa mémoire serait restée comme une tache dans les annales de la navigation française, si en 1565, Ribaut n'eut trouvé une mort glorieuse au service de sa patrie, dans ce même pays qu'il avait lâchement déserté.