‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603 [microforme]Chapitre 79 sur 98 · EE — — == —Z · texte numérisé non relu

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Si on admet toujours la version de Lescarbot, adoptée par Charlevoix, que le marquis fut mis en prison aussitôt après son arrivée en France par le duc de Mercœur, alors qu'il était tout puissant dans son gouvernement de Bretagne, cette date de 1578 est inadmissible, car Mercœur ne fut nommé à ce poste qu’en 1582, et n’en prit officiellement possession que l’année subséquente. Done, si le marquis de la Roche vint au Canada vers 1578, il ne put pas être jeté dans les fers, ni immédiatement après sa rentrée en France, ni peu de temps après, car on sait de source à peu près certaine, que ce malheur ne lui arriva qu’en 1588, l’année même que le gouverneur de Bretagne se déclarait le chef de la Ligue dans sa région.

Charlevoix est une autorité souvent médiocre en ce qui regarde certains faits de cette époque déjà reculée pour lui. Ainsi ne dit-il pas que le marquis fut retenu “ pendant un an ” ! dans le château de Nantes, quand il est certain qu'il y demeura au moins cinq ans.

Afin de compléter nos renseignements sur ce sujet controversé, nous citerons les auteurs qui en ont écrit, en commençant par Champlain.

“ Le sieur Marquis de la Roche de Bretagne, poussé d’une saincte envie d’arborer l’estendart de Jésus-Christ, et y planter les armes de son Roy, er l'an 1598 prit commission du Roy Henry le Grand (d’heureuse mémoire) qui avoit de l'amour pour ce dessein, fit équiper quelques vaisseaux, avec nombre d'hommes, et un grand

1 Charlevoix, liv. III,

attirail de choses nécessaires à un tel voyage: mais comme le dit Sieur Marquis de la Roche n'avait aucure cognoissance des lieux que par un pilote de navire appelé Chédotel, du pays de Normandie, il mit les gens du dit Sieur Marquis sur l’isle de Sable... ,.et revenans en France au bout de sept ans.. 1”

Lescarbot rapporte les faits un peu différemment :

“En l'an 1598, dit-il, le Roy ayant audit sieur Marquis (de la Roche, gentilhomme breton) confirmé le don de lieutenance générale ès terres (neuves) à luy fait par le Roy Henry III, et octroyé sa commission, il s'embarqua avec environ soixante hommes.... Etant en France le voilà prisonnier du duc de Mercœur....Cependant ses gens demeurent cinq ans dégradés en la dite île....2”

Le Père Charlevoix, après avoir lu Champlain et Lescarbot, et prit connaissance de la troisième commission, écrit à son tour :

“ Enfin en 1598 la France après cinquante ans de troubles domestiques, ayant recouvré sa première tranquillité. ...le Marquis de la Roche obtint de Sa Majesté la même commission et les mêmes pouvoirs qu'avait eus M. de Roberval sous François I et que Henri III lui avait déjà accordés à lui-même, mais dont il ne s'était pas trouvé en situation de faire usage 3.”

Tout est bien jusque là. L’érudit historiographe de la Nouvelle-France dit carrément que le marquis de la

1 Champlain, Ed. 1632, p. 88.

2 Lescarbot, Vol, II, p. 393.

8 Charlevoix. liv. III.

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