DE L'AMÉRIQUE
Amitié des Sauvages du Brésil pour les Français. — Conduite des Espa gnols et des Portugais. — Japy-Ouassou. — Rôle des interprète» et des missionnaires. — Le P. Claude d'Abbeville.. — Le P. Yves d'Evreux. — Emigration des Brésiliens en France. — Fête brésilienne à Rouen. — Les Sauvages du Canada en France durant le XVïe siècle.
Il ne manque pas de gens qui sont sous la fausse impression que la conduite des Français à l'égard des Peaux-Rouges américains ne différa guère de celle des Espagnols au XVIe siècle. S'ils avaient étudié quelque peu l'histoire, ils se seraient bientôt aperçus de leur
erreur, car le nom français a toujours résonné agréable ment aux oreilles des Indiens, des deux Amériques. Voilà bientôt quatre siècles que les descendants des Gaulois parcourent en tous sens le continent que nous habitons, depuis les îles Malouines à l'embouchure de la rivière McKenzie. L'histoire de cette longue période prouve à satiété que de tout temps les Français surent se faire aimer et respecter des aborigènes. Qu'il y ait eu par ci par là des exceptions à cette règle ; que certains coureurs de bois aient abusé de leur position pour maltraiter des membres épars de la grande famille indienne ; que des guerres sanglantes aient éclaté entre nos ancêtres et les Iroquois, ce sont là autant de faits que nous ne pouvons nier sans nous heurter à l'évidence. Mais ces cas particuliers, quelque déplorables qu'ils puissent être, ne feront jamais mentir le beau témoignage porté par l'anglais Isaac Weld qui, après avoir parcouru le Canada en 1795, 1796 et 1797, constatait que " la nature semble avoir implanté dans le cœur des Français et des Indiens une affection réciproque," et que " l'Indien qui cherche l'hospitalité, préfère, même aujourd'hui, la chaumière d'un pauvre fermier français à la maison d'un riche propriétaire anglais '.
Cette étonnante sympathie a existé de temps immémorial, depuis les premiers voyages au Brésil de Jehan Denys, de Honfleur, de Jean de Léry et de la Ravardière, depuis la découverte du Canada et la fondation de Québec jusqu'à nos jours. Comment expliquer cette amitié, qui semble naturelle, quand les Espagnols, les Portu-
1 I. Weld, Voyages au Canada en 1795, 1796 et 1797.
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gais, ont presque toujours été détestés des indigènes avec lesquels ils sont venus en contact ? La réponse est des plus faciles. Les Espagnols firent la conquête du Mexique, et d'une partie de l'Amérique méri dionale appelée Terre- Ferme par le fer et le feu. Leurs atrocités sont restées comme un stigmate de déshonneur sur leur blason. Qu'on lise les écrits de l'évêque Barthélémy de Las Casas, si l'on veut avoir une juste idée de la barbarie de cette nation qui prétendait commander à l'Europe, et qui se vantait d'exercer la suprématie sur toutes les mers du monde connu. Entre les Espagnols avides de s'enrichir et les sauvages des Indes occidentales et du Mexique, les plus barbares n'ont pas été ceux que l'on pourrait croire *. Afin d'accaparer les trésors de ces nations, qui, pour être idolâtres et ignorantes, n'en avaient pas moins conservé le culte de la patrie et l'amour du sol qui les avait vu naître, les Espagnols crurent que le moyen le plus expéditif était de les ré-
1 L'écrivain espagnol rapporte uu exemple bien frappant du mépris que les Indiens éprouvaient pour ces Européens avides de richesses. Un cacique de Cuba, du nom de Hatuey, avait été condamné à mort par Vélasquez. Il était attaché au bûcher, et environné de matières combustibles, lorsqu'un prêtre s'avança vers lui, et l'eugagea à recevoir le baptême, lui promettant non pas la vie, mais la félicité éternelle après son supplice. Pendant qu'il faisait la description des joies du paradis, Hatuey l'interrompit pour lui demander si, dans cet heureux séjour, il y avait des Espagnols. " Sans doute, répondit le prêtre, mais les bons seulement." "Le meilleur ne vaut rien, répliqua le cacique, je ne veux pas aller dans un endroit où je puisse en rencontrer. Ne me parle donc plus de ta religion, et laisse-moi mourir." Et bientôt l'infortuné chef expira dans les flammes.
duire en servitude ou de les rayer du nombre des vivants. Hélas ! ne pourrait-on pas dire ici avec le poète romain :
Quid mortalia pectora cogis
Auri sacra faînes
Quand les Français abordèrent aux plages brésiliennes, l'Amérique n'était connue que depuis douze ans. Jehan Denys y avait fait une expédition en 1504, suivi de près par les frères Raoul et Jean Parmentier, et probablement aussi avant ces derniers par Paulmier de Gonneville. Les Portugais les avaient devancés, sans y laisser aucune trace de leur domination. Le Discours du grand capitaine dieppois, traduit par Ramusio, rapporte que les Portugais, qui se prétendaient les maîtres de ce pays, avaient bien plus en vue l'amour du .. gain que la gloire de la religion, à l'égard des habitants du Brésil.v " Bien que le peuple portugais, soit le plus petit du monde, ajoute le Discours, attribué à Pierre Oignon, compagnon de voyage des frères Parmentier, le monde entier ne paraît pas assez grand pour satisfaire sa cupidité. Je pense qu'il aura bu de la cendre du grand Alexandre pour qu'il soit si altéré d 'effrénée convoitise ; il veut tenir d'une seule main ce qu'il ne pourrait embrasser de toutes les deux ; et je crois qu'il se persuade que Dieu n'a fait que pour lui la mer et la terre, et que les autres nations ne sont pas dignes de naviguer ; s'il était en son pouvoir de fermer les mers depuis le cap Finisterre jusqu'à l'Irlande, depuis longtemps déjà ce peuple l'aurait fait ; et pourtant il n'a pas plus le droit d'empêcher les Français d'étendre la foi chrétienne dans les pays où son autorité n'est pas
reconnue, où il n'est ni aimé, ni obéi, que les Français n'avaient celui d'empêcher les Portugais de passer dans l'Ecosse, dans le Danemark et la Norvège, quand bien même les Français y auraient abordé les premiers. Aussitôt que la nation portugaise a navigué le long d'une côte, elle la tient toute entière pour sienne. Mais une telle conquête est facile et sans grands frais, car elle n'a coûté ni assauts, ni résistance ; et vraiment c'est d'heureuse aventure pour cette nation que le roi Français montre pour elle tant de générosité et de courtoisie ; car s'il voulait lâcher la bride aux marchands de son royaume, ils lui auraient conquis en quatre ou cinq ans le commerce et l'amitié de tous les habitants de ces terres nouvelles ; et cela par amour, sans qu'il fût besoin d'employer la force ; ils auraient pénétré plus avant dans l'intérieur du pays en ces quelques années qu'en cinquante ans les Portugais, qui seraient bientôt chassés par les indigènes comme de mortels ennemis. C'est là une des raisons principales pour laquelle les Portugais ne souffrent pas volontiers que les Français viennent sur les côtes où ils se rendent eux-mêmes : car à peine les Français ont-ils fréquenté quelque lieu, qu'on n'y veut plus entendre parler des Portugais, qui tombent aussitôt dans l'abaissement et le mépris. "
Cette citation, un peu longue peut-être, suffit à prouver que les Espagnols n'étaient pas seuls à se faire hair là où ils mettaient le pied, et que les Français, par contre, savaient conquérir d'emblée l'estime des nations sauvages avec lesquelles ils échangeaient leurs produits. Les Tupinambas, les Tamoyos, les Tabaiaros et autres
habitants du Brésil, ne furent pas lents à rechercher l'amitié française, et ils la consacrèrent par des traités solennels qu'ils ne voulurent jamais rompre. La bonne foi qu'ils apportaient dans leurs alliances publiques, existait au même degré dans les affaires privées.
Ces peuples étaient naturellement doux et hospitaliers. Leur montrer de la confiance et les traiter avec douceur, suffisait pour les attirer à soi et pour s'en faire des amis fidèles et dévoués. C'est ce que com prirent Jean de Léry, François de Razilly et les Français qui eurent des rapports avec eux.
Rien ne leur faisait plus de plaisir que de revoir ceux qu'ils avaient connus. Le chef Japy-Ouassou disait à Razilly : " Nous commencions déjà à nous ennuyer tous de ne plus voir venir des Français guerriers et nous délibérions d'abandonner ce pays et de passer le reste de nos jours privés de la compagnie des Français, nos bons amis, sans plus nous soucier de haches, de couteaux, de serpes et autres marchandises, et de nous remettre à l'ancienne et misérable vie de nos ancêtres, qui cultivaient la terre et abattaient les arbres avec des pierres dures .... j'ai une entière confiance en ta bonté ; car, sous ton air guerrier, tu laisses voir des manières pleines de douceur et un personnage fait pour nous gouverner avec beaucoup de sagesse. Là-dessus je te dirai mon avis ; c'est que quand un homme est né grand et avec de l'autorité sur les autres, il doit avoir d'autant plus de douceur et de magnanimité ; car les hommes, et principalement ceux de cette nation, se rendent beaucoup plus aisément à la douceur qu'à la violence .... Cette dou-
ceur je l'ai aussi remarquée chez les Français .... Les Pero (c'est, ainsi qu'ils appelaient les Portugais) nous ont autrefois massacrés et ont exercé beaucoup de cruautés sur nous . . A présent nous ne craignons plus rien, puisque te voici, et que tu rétabliras, avec ta bonne nation, la nôtre aussi grande qu'elle a été autrefois ' "
M ( labriel Gravier, auteur d'une étude remarquable sur le sauvage du Brésil, dit que les sauvagesses éprouvaient pour les Français, qu'elles connaissaient, le sentiment que les sauvages éprouvaient pour les Françaises, qu'ils ne connaissaient pas. Comme les femmes de l'Amérique du Nord, elles appréciaient hautement les prévenances et les galanteries françaises. Elles se sentaient grandir au contact de l'homme aimable et civilisé, de l'homme supérieur qui venait d'un autre monde.
Au Brésil comme en Canada, les interprètes jouèrent un grand rôle dans les opérations commerciales, et même dans les rapports ordinaires de la vie sociale. La liberté qui leur était acquise de circuler sans appréhension au milieu des peuplades indiennes, leur fournit une foule d'occasions de leur rendre des services, tout en favorisant le commerce avec leurs compatriotes. Plusieurs d'entre eux s'identifièrent tellement avec les Tupinambas, qu'ils finirent par épouser des femmes de leur tribu ; ils vécurent de leur vie, à côté d'eux, prenant part à leur combats, adoptant leurs costumes et leurs mœurs. Cependant ils ne se firent sauvages que pour la forme, car, en réalité, ils restèrent attachés de cœur et d'âme à la France, leur vraie patrie.
1 Japy-Ouassou était chef de Juniparan et grand bourownichavê (chef) de i'tle de Maranham.
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Les missionnaires eurent aussi une grande œuvre à accomplir auprès de ces infidèles. C'est à eux, peutêtre plus qu'aux interprètes, que la France doit cette loyale et franche amitié des Brésiliens, qui dura tant qu'il y eut un Français au milieu d'eux. Ces missionnaires appartenaient à l'ordre des Capucins. Ces terres, peuplées d'idolâtres, offraient aux héroïques apôtres de la foi un vaste champ à exploiter pour y planter la semence évangélique. Le Père Claude <1"Abbe ville 1 et le Père Y\ i's d'Evreux - s'employèrent activement à la conversion des Brésiliens, et ils procurèrent à un bon nombre d'entre eux l'avantage d'être absous de la tache originelle. Ces deux religieux ont laisse des écrits sur leurs missions. Dans un endroit de son livre, le Père Claude, s'écrie : ' Il ne se peut dire combien grande est lhumanité et bienveillance de ce peuple vers les Français, et spécialement envers nous. " " Les Indiens aiment naturellement les Français, écrit a s< o tour le Père Yvs d'Evreux, témoignage confirmé par Ramusio en
1 Le P. Claude d'Abbeville partit pour le Brésil avec trois de confrères le 19 mars 1611 sur la flotte commandée par Razilly, et il retourna en France avec six Brésiliens. Il a publié une Histoire de la mission d<:.s PP. Capucins A l'île <h Maragnen et lieux cireonvoiavn>% etc. Paris, 1614. C'est un écrivain exact et judicieux.
2 Le P. Yves d'Evreux passa comme missionnaire au Maragnon en 1012. Il en revint deux ans après, et il fit imprimer la relation de son voyage sous le titre de : Suite de l'histoire des choses mémorables ad ve nu, -.au Maragnon es années 1614 et 1615. Paris, 1615. Ce livre fait suite en effet au livre du P. Claude d'Abbeville. Le style naïf du bon missionnaire est plein de charme et de candeur. Le Père Yves mourut en Ififln, et le P. Claude en 1632.
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ces termes : " Ils aiment mieux les Français que toute autre nation qu'ils aient pratiquée. "
Les Brésiliens, comme tous les Sauvages de l'Amérique, étaient très attachés à leurs enfants. Il n'y avait pas de plus grand sacrifice pour eux que de s'en séparer. Cependant ils condescendaient assez facilement à les laisser conduire en France par les missionnaires et les capitaines qui avaient su capter leur confiance. Oett»: amitié se traduisit souvent par des actes dont l'histoire brésilienne et l'histoire canadienne fournissent de nombreux et consolants exemples. S'il nous était possible de faire connaître la liste des sauvages de ces deux pays qui passèrent en France de 1504 à 1635, c'est-à-dire depuis que nous avons des détails sur les contrées d'Ame rique visitées par les Français jusqu'à la mort de Champlain, nous serions étonnés d'une semblable émigration, se renouvelant presque chaque année, avec le consentement des parents ou des chefs de famille.
Ainsi l'on constate que dès l'année 1504, Arosea chef des Carijos, confiait à Binot Paulmier de Gonneville, son fils Essoméric. N'ayant pu ramener le fils à son père, Gonneville l'adopta, lui fit donner une éducation européenne, le maria à une de ses parentes, et le laissa héritier de son nom et de sa fortune 1.
Cinq ans plus tard, en 1509, sept sauvages arrivèrent à Rouen avec leurs barques, leurs armes et leurs ornements 2.
1 Léon Guérin, Les Navigateurs français p bi.
2 G Giavier, Le Sauvage du Brésil
Nous constatons la présence à Saint-Malo d'une jeune Brésilienne, du temps de Jacques Cartier. Ainsi, pour ne citer que cet exemple, le 30 juillet 1528, Me Lancelot Humer, vicaire-curé de cette ville, conférait le baptême à une Indienne transplanté» du Brésil sur la terre de France. Ce fut Catherine des Granges, épouse de Cartier, qui la porta sur les fonts sacrés, et elle la nomma Catherine du Brésil '.
Mais le fait le plus étrange est cette fête brésilienne, célébrée en pleine ville de Rouen, en l'année 1550. Près |t cinquante Tupinambas vinrent simuler leurs combats sur les bords de la Seine, devant Catherine de Médicis: Ils mêlèrent à ces jeux guerriers leurs danses solennelles. De concert avec les matelots rouennais, ils divertirent leurs " parfaits alliés " et les plus honorables dames de la cour, qui montrèrent " face joyeuse et riante " à la vue des danseurs plus que légèrement vêtus 2.
En 1563, Charles IX se fît présenter trois Brésiliens arrivés à lumen quelques jours auparavant. Montaigne, qui fut témoin de cette entrevue, en parle avec une pointe d'ironie : " Tout cela ne va pas trop mal, dit-il, mais quoi ! ils ne portent point de hault de chausses."
Le 23 mars 1564, des sauvages figurèrent à l'entrée triomphale de Charles IX à Troyes. mais le cérémonial 3e tait sur leur nationalité.
A l'entrée du même souverain à Bordeaux, le 9 avril J 565, on vit paraître trois cents hommes d'armes, cou
1 Voir Jacques Cartier, p. 24.
2 Bulletin du bibliophiU, article de M. F. Denis, 1849.
DE CAKTIER A CBLAHPLAIM LOI
(luisant douze nations étrangères captives, tels que Grecs, Turcs, Arabes, Egyptiens, Trapobaniens, Indiens, Canariens, Maures, Ethiopiens, sauvages Américains et Brésiliens l.
Cette amitié se traduisait souvent par des actes d'un genre très relevé et surtout honorable. Un jour, — c'était à la bataille de Salema — huit mille Brésiliens scellèrent de leur sang le pacte qu'ils avaient conclu de rester fidèles jusqu'à la mort aux Français. ■' leurs parfaits alliés. "
M. Gravier rapporte plusieurs traits qui établissent jusqu'à l'évidence la force de l'amitié existant entre les Français et les Brésiliens. " Les étrangers, dit-il, citant Purchas 2, n'ignoraient pas les sentiments des Brésiliens à notre égard, et tous ceux qui tombaient entre leurs mains ne manquaient jamais, quand ils le pouvaient, de se faire passer pour Français. En 1591, l'anglais Knivet, ayant vu les Tamoyos massacrer ses compagnons, s'écria qu'il était Français. " Ne crains rien," lui dirent alors les sauvages; " car tes ancêtres ont été nos amis, et nous les leurs , tandis que les Portugais sont nos ennemis et nous font esclaves ; c'est pourquoi nous avons agi envers eux comme tu l'as vu. "
En 1550,1e hessois Hans Staden s'était laissé prendre par des anthropophages, amis des Français, et devait être la pièce d'honneur d'un festin solennel. Chacun de ceux qui le venaient voir choisissait par avance son morceau.
2 Th. Godefroy, Le Cérémonial de France. 1 Perchas, Ptlgrimt, t. IV, p. 1217-1237
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'Tétait lugubre, mais très sérieux. Un jour le pauvre Hans s'efforçait de prouver à Koniam Bebe, chef fameux les Botocudos, dont André Thevet prétend nous donner an portrait, que la Hesse et la France étaient un môme pays. Koniam lui répondit, avec son sang-froicl de cannibale : " On ne peut plus manger un seul Portugais sans qu'il n'invoque la qualité de Français. J'en ai dévoré cinq ; ils se disaient tous Français. "
Cependant la barbe rousse de Hans Staden fit craindre aux Botocudos que le bonhomme ne fût réelle ment français, et pour ne pas risquer d'enfreindre leurs traités d'amitié, ils le gardèrent pendant douze ans, et finirent par le donner à des Français *.
Ce dernier exemple confirme pleinement tout ce >]ue nous avons pu dire sur l'affection sincère et cons tante des Brésiliens pour leurs parfaits alliés.
Les Sauvages canadiens qui, les premiers, foulèrent
e sol de France, furent Taignoagny et Domagaya. Tous
deux appartenaient à la tribu de Honguédo, laquelle
mit fixée d'une façon plus ou moins sédentaire dans la • taie de Gaspé. C'était lors du premier voyage de Jacques » îartier au Canada, en 1534. Rapatriés en 1535, ils retournèrent en France l'année suivante avec le Décou
reur, qui amenait avec eux Donnacona, seigneur de ' anada, trois autres sauvages de Stadaconé. et la petite fille d'Agona, chef de la bourgade d'Ochelay, échelonnée sur la pointe du Platon de Sainte-Croix. Tous mou lurent eil France, et lorsque Cartier revint à Québec, en
1 Relation du voyage 'le Hans Staden, éd. Ternaux-Comp&o», [5.
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1541, la petite sauvagesse seule survivait. Trois avaient été baptisés ; nous possédons l'acte ! qui en fait foi. La cérémonie eut lieu à Saint-Malo, le 25 mars 1538.
Durant les soixante années qui s'écoulèrent depuis le quatrième voyage de Cartier (1543) à l'arrivée de Champlain à Tadoussac (1603), il n'y a pas le moindre doute que plusieurs sauvages du Canada traversèrent l'Atlantique, entre autres des Montagnais et des Souri gnois. Mais il est presque impossible de citer des noms, tant est profonde l'obscurité qui règne sur cette période «le l'histoire de la Nouvelle-France.
La même difficulté n'existe pas pour les sauvages du Brésil avec qui les Français commencèrent à entretenir des relations commerciales dès le commencement du XVIe siècle.
1 Ce jour Notre-Dam<- XX Ve de mars, lan mil cinq centz trante ouict, furent baptisé troys saulvaiges hommes des parties du Canada prins audit pays par honeste homme Jacques Cartier, cappitaine pour ]p Roy notre Sire, pour descouvrir les dictes terres ; le premier fut uommé Charles par vénérable et discret maistre Charles de Champ- (iirault, doyen et chanoine dudit lieu, parrain principal, et petit par rain, Monsieur le lieutenant, seigneur de la Verderye, et commère Catherine Desgranches, et le second fut nommé Franzoys, nom du Roy notre Sire, par honneste homme Jacques Cartier principal compère et petit compère maistre Pierres Le Gobien, commère, Madame la lieute uante {déchiré) Laverderye (déchiré) tiers fut nome (déchiré) par maistre Servaa May . . . (déchiré) dudit lieu et petit (déchiré) Nouel (déchiré) et iommere (déchiré) .... ingart (déchiré).