PROGRÈS DR LA COLONIE
M. (rAvaupjoiir, los aiitros j)onr l'évrujuo. Los choses on vinrent ci ce [)oint ([uo lo prélal, niitro on loto, crosse en main, suivi do tout son clorgo, monta en cliairoot prononça l'excommunication contre tous ceux <|ni so livreraient à la Irjiito des liqueurs fortes. Ses au.Hliomos no produisant pas tous les résultats (ju'il (l(^sirait, il se décida à passer en France, où il obtint lo rappel du gouverneur et son remplacement par une de ses créatures, le chevalier de Mézy, major de la citadollo de Caen,.sur la, docilité et la soumission duquel il croyait pouvoir compter.
L'administration du baron. d'Avaugour, malgré les difficultés au milieu desquelles il avait eu à se débattre, avait donné quelque répit au Canada, et démontré aussi la nécessité d'organiser plus complètement le pouvoir civil et judiciaire. A la veille de quitter la colonie, ce gouverneur adressa au roi un plan très étudié sur les moyens d'étendre la domination française dans tout le nord de l'Amérique.
« Pour penser tout de bon à y planter les fleurs de lys, disait-il avec raison, je ne vois rien de plus solide que de fortifier Québec, faire un fort sur sa droite, de l'autre côté du fleuve, et un à -sa gauche sur la rivière Saint-Charles; cela soutenu par un envoi de trois mille hommes. Ainsi ce poste serait parfaitement établi et une très grande affaire commencée. Pour y bien parvenir, il faut deux choses : cent mille écus pour les fortifications, et que les trois mille soldats soient choisis non seulement pour la guerre, mais aussi pour le travail ; qu'en venant dans ce pays ils se proposent d'y ouvrir la tranchée d'une place et de retrancher un camp, ce qui leur semblera bien doux, car ils sauront que c'est pour leur établissemefit. Pour la silreté de la chose, il faut faire état de les entretenir trois années et dans la première de leur donner du blé pour la semence. Le tout ainsi exécuté, je confirme qu'il n'y a puissance au monde qui sorte les Français de Québec. »
M. d'Avangoiir conseillait ensuite d'organiser dix provinces comme celle de Québec, d'envoyer trois mille hommes dans les cantons des Iroquois pour disperser cette canaille, et de construire un fort solide au lieu où les Hollandais avaient établi celui d'Orange, qui n'était qu'une méchante redoute de bois, moyennant quoi Sa Majesté « serait le maître du plus beau et du plus grand État du monde ».
Si ce projet, facile à réaliser malgré les frais qu'il pouvait entraîner, avait été accepté et poursuivi énergiquement, il aurait incontestablement assuré à la France la possession de l'Amérique du Nord. Malheureusement les luttes sur le vieux continent absorbaient le plus clair des forces de la monarchie, et la possession de territoires déserts à peu près inconnus la laissait indifférente.
Aux demandes si pressantes et si justes de M. d'Avaugour il fut répondu par l'envoi de cent familles auxquelles une subvention était accordée pendant un an, afin qu'elles pussent commencer des défrichements. Le gouverneur était en môme temps avisé de son rappel. De retour en France, il obtint du roi la permission de servir contre les Turcs et se fit tuer bravement en défendant le fort de Serin, sur les frontières de Croatie.
En septembre 1663, M. de Mézy, désigné pour remplacer M. d'Avaugour, arrivait à Québec avec Monseiseigneur Laval et M. Gaudais, commissaire du roi, chargé de s'informer des besoins de la colonie, de réunir des renseignements sur la population, la fertilité du sol, le défrichement des terres, la traite des pelleteries, l'administration de la justice et l'emploi des deniers publics.
Quelques mois auparavant, la compagnie des Cent Associés, ayant perdu un grand nombre de ses membres et ne pouvant plus remplir ses obligations, avait remis au roi le Canada, s'en rapportant à son équité pour les dédommagements qu'il croirait devoir lui accorder. Par un édit d'avril 1663, Louis XIV faisait rentrer la
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colon io (l;ms le domaino royal, (!t (•i(''.'iil, iin conseil souverain ('liari^c'; (radiniriistrcîT' la justic(î et de ré^lomeiilei" le coniiiierc(; local ainsi ([ue les afl'airfîs de policiï s(don l;i Coutume de Paris. Ce conseil, avujuel était déféré le ju^^ement définitif de toutes les affaires administrai ives et judiciaires, avait les mêmes droits qu(^ les parlements de France ; il était composé du gouverneur, de l'évéquc, de conseillers primitivement au nombre de cinq, puis de douze, d'un procureur du roi et de l'intendant qui devint, en 1675, président du conseil.
Le peu de succès de la compagnie des Cent Associés et les embarras ainsi que les retards apportés par elle à la colonisation ne suffirent pas malheureusement à éclairer le gouvernement de Louis XIV sur les inconvénients de ce genre de monopole, et une nouvelle société privilégiée fut créée sous les auspices du ministre de Lyonne. Elle prit le nom de Compagnie des Indes occidentales. Par lettres patentes du mois de mai 1664, le roi lui concédait tout, le commerce des pays de terre ferme d'Amérique, de l'Amazone «à rOrénoque, aux Antilles, au Canada et à l'Acadie ainsi que sur la côte d'Afrique, du cap Vert au cap de Bonne-Espérance.
La société était établie pour quarante ans. Composée de marchands et d'hommes d'affaires dont le profit particulier était le seul but, elle fit encore moins pour la colonisation de la Nouvelle-France que la compagnie des Cent Associés, au nombre desquels s'étaient du moins trouvés des personnages éminents qui avaient consacré une partie de leur fortune à la création d'établissements de bienfaisance ou de centres comme Montréal.
Un des hommes qui ont le plus contribué au dével()])pement de le colonie, l'intendant Talon, écrivait à Colb(Tt dès 1666 au sujet de cette nouvelle société: « Si le roi a regardé la Nouvelle-France comme un beau pays, dans lequel on peut former un granu
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royaume, je ne puis me persuader qu'il réussisse dans son dessein en laissant en d'autres mains que les siennes la seigneurie, la propriété des terres, et même le commerce, qui fait l'âme de l'établissement. Depuis que les agents de la Compagnie ont fait entendre qu'ils ne souffriront aucune liberté de commerce, non seulement aux Français, qui avaient coutume de passer en ce pays, pour le transport des marchandises de France, mais encore aux propres habitants du Canada, jusqu'à leur disputer le droit de faire venir, pour leur compte, des denrées du royaume, je reconnais très bien que la Compagnie, continuant de pousser son établissement jusqu'où elle prétend le porter, profitera beaucoup en dégraissant le pays ; elle lui ôtera le moyen de se soutenir et fera un obstacle essentiel à ses progrès, et dans dix ans il sera moins peuplé qu'il ne l'est aujourd'hui. »
Les observations de Talon eurent sans doute quelque succès, car en 1675 la Compagnie, dont les dépenses étaient d'ailleurs considérables, accepta le remboursement de ses actions et les terres qui lui avaient été concédées furent définitivement réunies au domaine royal.
L'évêque de Québec avait obtenu, grâce aux influences dont il disposait à la cour, le gouverneur de son choix, mais il n'eut pas, il faut le dire, à s'en louerplus que de M. d'Avaugour ; M. de Mézy apporta dans les discussions entre le pourvoir civil qu'il représentait et l'autorité religieuse, comme dans les négociations avec les tribus iroquoises, une fermeté de caractère qui surprit ceux qui croyaient pouvoir compter de sa part sur une condescendance aveugle et une parfaite docilité. La révocation de certains membres du conseil, l'élection d'un syndic chargé de représenter les intérêts de la ville de Québec amenèrent entre l'évêque et le gouverneur une brouille complète ; elle se termina, comme pour ses prédécesseurs, par le rappel de M. de Mézy, qui mourut sur ces entrefaites, et fut remplacé par M. de Courcelles,
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V}) inriiio l(Mn[)s (iiK.' (('(Il riiierrecovnit sos pouvoirs, le iiiiii(|iiis (le Ti'acy était noniinTî viccî-roi d'Airinriquo, avec, iiiissioii de se rendre à Ca.y(îmie [xjur en eJjasser les Hollandais qni s'en élaienl emparés, pnis aux Ani.illcs afin iVy recevoir le serment de fi(l(''lité des i;ouverncurs et des conseils souverains ainsi (jne des lia]»ilnnls, et enfin à la Nouv(;lle-Fr;uico dans le but d'y l'éi^ier les diflerends survenus entre les diverses autorités.
M . Talon était à la même date envoyé comme intendant au Canada.
« Ces trois messieurs, disent les Annales de l 'Hôtel- Dieu de Québec, étaient doués de toutes les qualités qu'on pouvait souhaiter. Ils joignaient à un extérieur prévenant beaucoup d'esprit, de douceur, de prudence, et s'accordaient parfaitement pour donner une haute idée de la puissance et de la majesté royale ; ils cherchèrent tous les moyens propres à former ce pays, et y travaillèrent avec une grande application. Cette colonie, sous leur sage conduite, prit des accroissements merveilleux. »
Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, était un ancien lieutenant général qui avait donné de nombreuses preuves de valeur dans les combats et d'habileté dans des négociations délicates dont il avait été chargé. 11 avait été commissaire général de l'armée en Allemagne, et l'âge ne lui avait enlevé ni son ardeur ni son énergie. Il amenait avec lui le régiment de Cari gnan, dont les vieux soldats venaient de faire en Hongrie une brillante campagne contre les Turcs; un grand nombre de ses officiers appartenaient à la noblesse, et le plupart se fixèrent avec leurs hommes au Canada lorsque le régiment fut licencié.
Daniel de Rémi, seigneur de Courcelles, successeur de M. de Mézy, était également un ofticicr de mérite et d'expérience.
Enfin M. Talon, précédemment intendant du Hainaut, allait se montrer habile administrateur, se passionner
pour l'œuvre dont il avait la charge et apporter dans ses fonctions le zèle le plus ardent et des idées dont la largeur et la justesse ne furent pas toujours appréciées par Colbert à leur exacte valeur.
Par les mêmes navires que le régiment de Carignan, dont la superbe tenue enthousiasma les Canadiens, arrivèrent un grand nombre de familles, des artisans, des engagés, une douzaine de chevaux, les premiers que l'on eût vus dans le pays, des bœufs, des moutons pour les nouveaux colons. Ce fut l'efTort le plus grand accompli jusqu'alors, et s'il avait été continué pendant quelques années la Nouvelle-France eût été dans l'avenir à l'abri de toutes les attaques. Le baron d'Avaugour en avait signalé la nécessité ; Talon allait y insister, mais les guerres de Louis XIV contre ses voisins absorbaient toutes ses forces et Colbert répondait à son intendant le 5 janvier 1666, « qu'il ne fallait pas encore songer à former en Amérique un Ktat puissant; que des obstacles insurmontables s'y opposaient, et que le roi devait surtout empêcher que son royaume se dépeuplât à l'avantage du Canada. »
L'appareil dont s'entourait le vice-roi était pour la population de Québec, et surtout pour les sauvages accourus dans cette ville, un sujet d'étonnement et d'admiration. Il ne sortait pas sans être accompagné de vingt-quatre gardes, de quatre pages, de six laquais, et environné d'un grand nombre d'officiers richement vêtus ; mais ce fut surtout chez les Peaux Rouges que l'impression produite par cette magnificence et le nombre des soldats débarqués fut la plus forte. Les Hurons envoyèrent douze députés au grand chef Onontio pour lui souhaiter la bienvenue et lui dire leur joie de voir enfin arriver ce secours destiné à les protéger contre les cruels Iroquois qui menaçaient d'achever bientôt l'anéantissement de leur nation. Celui d'entre eux qui prit la parole prononça un discours dont la forme pittoresque plut infiniment à M. de Tracy.
a A tes pieds, lui dit-il, tu vois les débris d'une