UN GUERRIER
Dessin de Riou.
tas à demi brûlés. Les loups et les corbeaux augmentaient encore par leurs hurlements et leurs cris l'horreur de ce spectacle. Le fort de Crèvecœur était désert et presque entièrement démoli; les ferrures du bateau en chantier avaient été arrachées et les bordages rompus.
En explorant le pays aux alentours, La Salle aperçut dans le lointain, au confluent de l’Illinois et du Mississipi, des restes de cabanes et des êtres humains qui apparaissaient debout comme des hommes et des enfants, mais qui n'avaient aucun mouvement. Ayant débarqué pour les considérer de plus près, il trouva les herbes foulées et le squelette d’une femme en partie brûlée et mangée des loups. Toute la campagne lui présentait un spectacle effroyable et les marques de cruauté des envahisseurs. Il vit avec épouvante des chaudières encore pleines sur des feux qui depuis s’étaient éteints ; ce qu’il avait aperçu de loin, c’étaient des têtes et des corps entiers de femmes et d’enfants empalés, rôtis et laissés debout attachés au poteau du supplice. (La Salle, correspondance.) La contrée était partout déserte et les traces sanglantes du passage des Iroquois indiquaient seules l’étendue de la catastrophe. De La Salle ramassa ce qu’il put découvrir de maïs, et, très inquiet du sort de ses hommes dont il n’avait reconnu aucun vestige parmi les débris humains épars aux alentours, il revint sur ses pas à leur recherche. Parvenu à grand’peine au fort des Miamis, il y trouva les ressources nécessaires pour l’hivernage. Retenu dans ce réduit par les rigueurs de la saison, il put y méditer longuement sur ses découvertes passées, apprécier les mesures qu’il avait prises jusque-là pour aboutir, et rechercher celles qu il lui restait à adopter pour parvenir enfin à se lancer sur le grand fictive.
Contrairement à Jolliet, qui n’avait accompli qu’un voyage de découverte sans laisser aucune trace de son passage, Cavelier de La Salle avait conçu le vaste dessein non seulement de reconnaître le cours du Mississipi jusqu’à son embouchure, mais encore de prendre, au iur et à mesure de sa marche en avant, possession des territoires parcourus. Il assurait ainsi, d’une part, la domination française dans ces contrées, pendant que, de l'autre, il jalonnait la route du Canada jusqu’au golfe du Mexique. Les forls Frontenac, Niagara, des Miamis étaient debout, mais rien ne serait assuré tant que les Iroquois pourraient venir, par leurs incursions, détruire les peuplades soumises à la France et, comme à Crèvecœur, anéantir en quelques heures le fruit de longs mois de travaux acharnés. Il n’était possible d’y remédier qu’en réunissant dans une même alliance toutes ces tribus et en les amenant à demeurei auprès des lorts lrançais. Ce fut le but de divers voyages accomplis par La Salle en plein hivernage.
Il y avait lieu enfin de renoncer à ces grandes barques dont le prix de construction était très élevé et qui, comme le Griffon , pouvaient par leur perte causer un véritable désastre, tous les approvisionnements d’une campagne étant concentrés dans leurs flancs. De La Salle, profitant de 1 expérience si douloureusement acquise, décida de continuer son exploration du Mississipi sur des canots et de recourir également à ces frêles embarcations pour maintenir les relations entre les forts.
Afin de mettre à exécution sa ligue contre les Iroquois, il détermina d’abord une trentaine de sauvages qui étaient venus hiverner auprès du fort des Miamis à s'y fixer sous sa protection; un chef d’une peuplade chaouanon, parti des bords de 1 Ohio avec cent cinquante guerriers, lui demanda également son appui contre