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COUREURS DES BOIS

Dessin de Bayard.

l’ennemi commun, et vint cabaner aussi dans le voisinage du fort. Apprenant, d’autre part, que les Illinois voulaient se réinstaller dans leur pays. La Salle essaya d’entrer en relations avec eux et se mit à leur recherche, avec une vingtaine d’hommes, le 1er mars 1681. Le voyage, raquettes aux pieds, fut des plus pénibles; la réverbération du soleil sur les neiges aveugla le chef et quelques engagés pendant plusieurs jours. La Salle atteignit enfin ceux qu'il cherchait, et en obtint la promesse de se réfugier avec leur nation sous la protection du fort Crèvecœur. Il visita ensuite les Miamis, dans le but de les détacher des Iroquois. Plusieurs de ces derniers se trouvaient dans le village où il arriva, et parlaient des Français avec mépris. La Salle les mit au défi de répéter leurs insolences et les traita avec une hauteur telle, qu’effrayés ils prirent la nuit suivante la fuite à travers bois. Les Miamis en conçurent une si bonne opinion de leur hôte qu'ils se montrèrent tout disposés à entrer dans ses vues. La saison de l’hivernage ainsi utilement remplie, La Salle se mit en route pour Michillimakinac, où il avait appris par des Illinois que Tonti avait trouvé un refuge. Il y arriva le 22 mai, et après quelques jours de repos, il regagna le fort Frontenac, puis Montréal pour s’entendre avec ses créanciers. Il en obtint de nouveaux subsides, rédigea son testament, et fit les préparatifs d’une dernière expédition, bien résolu à succomber ou à parvenir enfin au ] but qu’il poursuivait depuis quinze ans.

Parti de Frontenac à la fin d’août, l’explorateur rejoignait Tonti le 3 novembre au sud du lac Michigan. Le troupe réunie par ses soins à cet endroit était composée de vingt-trois Français, dont la relation de Tonti nous a conservé les noms : « De La Salle, commandant pour le roi à ladite découverte; le révérend père Zénobe, récollet; le sieur de Tonti, capitaine de brigade; le sieur de Boisrondet; Jacques Bourdon sieur d’Autray; Jacques La Métairie, notaire; Jean Michel, chirurgien; Jacques Cauchois, Anthoine Bassard, Jean Masse, Pierre You, Colin Crevel, Jean deLignon, André Hénault, Gabriel Barbier, Pierre Migneret, Nicolas de la Salle, André Bobœuf, Pierre Buret, Louis Baron, Jean Pignabel, La Violette, Pierre Prudhomme, armurier. » Une des personnalités les plus originales de cette petite troupe est certainement Jacques La Métairie qui, dans le procès-verbal de prise de possession de la Louisiane, prend le titre de « notaire de la seigneurie du fort Frontenac, commis pour exercer ladite fonction pendant ce voyage de découverte ». Il est bien rare de voir un officier ministériel rédiger des actes dans de pareilles conditions de danger et d'imprévu, mais sa présence même dans ces légers canots d’écorce, au milieu de contrées inconnues jusqu'alors, éclaire d’un jour lumineux les projets du chef de l’entreprise.

Dix-huit guerriers mahingans ou abénaquis, dix femmes sauvages et trois enfants accompagnaient les Français.

Après avoir gagné la rivière des Illinois, en remorquant sur des traîneaux les bagages et les embarcations, la petite troupe arriva le 6 février au Mississipi, et le 13, le fleuve étant débarrassé des glaçons qui rendaient toute navigation impossible, La Salle commençait la descente du Père des Eaux, auquel il donna le nom de fleuve Colbert. Au fur et à mesure qu'il avançait, il examinait attentivement les berges, relevait 1 embouchure des rivières, le nom des peuplades qu’il rencontrait et engageait des relations amicales avec elles. Le 24 février, il était au confluent de 1 Ohio, et quelques lieues plus loin il élevait un fort de pieux auquel il donnait

JOLLIET. — CAVELIER DE LA SALLE. 121

le nom d un de ses compagnons, l’armurier Prudhomme, qui resta égaré pendant neuf jours dans les bois des environs. Le 14 mars, il parvenait aux Arkansas, y plantait une croix à laquelle étaient attachées les armes royales et prenait solennellement possession du pays au nom de la France. Le procès-verbal était signé par le notaire La Métairie, La Salle et tous les Français présents. Puis l’exploration reprit son cours; on évitait soigneusement tout engagement avec les indigènes qui

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