‹ La Nouvelle-FranceChapitre 21 sur 68 · STATUE DE CAVELIER DE LA SALLE A CHICAGO · texte numérisé non relu

STATUE DE CAVELIER DE LA SALLE A CHICAGO

1. Duhaut était un des associés dans l’expédition; sa part se montait à la moitié de la cargaison d’un des navires. Il avait un jeune frère qui, parti avec La Salle lors de son second voyage à la recherche du fleuve, n’avait pas reparu. Le chirurgien Lanquetot était aussi un des associés. La Salle, pendant une de ses courses; obligea le frère de Lanquetot, qui ne pouvait le suivre, à retourner à l’habitation. Comme il était seul, il fut surpris et massacré par les sauvages, ce qui fit jurer alors à Lanquetot qu’il ne pardonnerait jamais la mort de son frère. (Harrisse.)

cela servit à avertir les assassins qui se disposèrent pour le surprendre. Le nommé Duhaut avait passé la rivière avec Larchevêque ; comme il entrevit de loin La Salle qui venait droit à eux, il se cacha dans de grandes herbes pour attendre à son passage ledit sieur qui ne songeait à rien et n'avait même pas rechargé son fusil après qu’il l’eût tiré. M. de La Salle aperçut d’abord le nommé Larchevêque et lui demanda où était le sieur Moranger, son neveu. Larchevêque lui répondit qu’il était à la dérive. En même temps partait un coup de fusil tiré par Duhaut lequel était tout proche dans les herbes; le coup frappa de La Salle à la tête; il tomba mort sur la place sans prononcer une parole. Le père Anastase, qui était proche de lui, crut qu’il allait en recevoir autant; mais ledit Duhaut ayant paru lui cria qu’il n’avait pas à avoir peur, et qu’on ne lui voulait point de mal; que c’était un coup de désespoir qui l’avait obligé à faire cela, qu’il y avait longtemps qu’il avait envie de se venger du sieur de Moranger, qu’il était cause en partie que son frère était perdu et avait péri. Lorsque les assassins se furent tous rassemblés, ils dépouillèrent La Salle avec la dernière cruauté et lui ôtèrent même jusqu’à sa chemise; le chirurgien, notamment, le traitait avec dérision tout nu qu’il était, l’appelant Grand Bacha. Après l’avoir ainsi dépouillé, ils le traînèrent dans des halliers, où ils le laissèrent à la discrétion des loups et autres bêtes sauvages. » (Joutel.)

Les meurtriers, leur vengeance satisfaite, épargnèrent Joutel, le frère de l’explorateur et les autres, mais ils prirent le commandement et s’approprièrent les dépouilles de leurs victimes. Une querelle s’éleva entre eux lorsqu'il s’agit de décider si l’on retournerait à l’habitation ou si l’on continuerait à marcher dans la direction du Mississipi. Hiems, persistant contre l’avis des autres à revenir en arrière, réclama sa part de butin à Duhaut; ce dernier répondit « que tout lui appartenait en ce qu’il avait fait plusieurs avances à La Salle. La contestation s’étant prolongée et échauffée, Hiems finit par dire à Duhaut qu’alors il eût à lui payer ses gages, puisqu’il avait tué son patron, et brusquement il lui tirait un coup de pistolet. Duhaut s’en fut tomber à quatre pas de là. Au même instant, un de ceux qui accompagnaient Hiems, nommé Ruter, tira sur le chirurgien un coup de lusil qui lui passa trois balles au travers du corps ». Les survivants se séparèrent alors; ceux qui avaient participé aux meurtres partirent avec les sauvages, qu’ils accompagnèrent à la guerre contre d’autres tribus. Les autres, au nombre de sept, parmi lesquels Joutel, l’abbé Cavelier et le père Anastase, continuèrent à remonter vers le grand fleuve. Après avoir séjourné chez diverses peuplades, traversé de nombreuses rivières à la nage ou sur des radeaux qu'il fallait construire péniblement et abandonner après le passage, franchi à grand’peine d’immenses marécages, perdu l’un des leurs qui se noya, ils finirent par arriver aux Arkansas où ils trouvèrent deux Français de la troupe de Tonti, qui commandait au fort Saint-Louis des Illinois. Ayant reçu les secours qui leur étaient nécessaires après d’aussi cruelles épreuves, ils remontèrent aux Illinois et de là gagnèrent les lacs et le fleuve Saint-Laurent. Ils arrivaient à Montréal le 17 juillet 1688 et débarquaient à la Rochelle le 5 octobre suivant.

Restés avec les Cenis, Hiems et Ruter furent tués dans une rixe par un de leurs complices. Enfin lorsqu en janvier 1689 les Espagnols se mirent à la recherche de la colonie que La Salle passait pour avoir établie au Texas et découvrirent le

JOLLIET. — CAVELIER DE LA SALLE

fort de pieux, où il n’y avait plus que des os blanchis et des ruines, ils virent arriver à eux un homme couvert d’oripeaux, le visage peint comme un sauvage. C’était Jean Larchevêque, qui fut envoyé en Espagne d’où on l’expédia au Mexique pour travailler avec les galériens dans les mines. (Harrisse.) Quant aux malheureux qui étaient restés à l’habitation avec le père Zénobe, ils avaient été surpris, peu de temps après le départ de La Salle, par les sauvages des alentours et massacrés sans pitié. Quelques enfants furent seuls épargnés et adoptés par les indigènes dont ils partagèrent l’existence. Plus tard, ils tombèrent entre les mains des Espagnols qui les emmenèrent à Mexico, où le vice-roi les garda près de lui.

Telle fut la fin tragique d’une entreprise dont le but grandiose avait séduit le ministre Seignelay, et d’un homme au sujet duquel le marquis de Mirabeau écrivait en 1759 : « Je doute que l’histoire ancienne ni moderne fasse mention d’aucun exemple d'opiniâtreté, d’audace et de constance qu’on puisse mettre à côté de \a découverte et traversée de cet univers du nord au sud, de l’embouchure du fleuve Saint-Laurent à celle du Mississipi par l’intérieur des terres. Si l’engourdissement des beaux-arts va chez nous au point que la patrie refuse un Camoëns au célèbre Cavelier de La Salle, l’histoire doit, elle, du moins, transmettre son nom à la postérité comme celui d’un des plus renommés bienfaiteurs de l’humanité. »

En attendant que la France élève à son enfant un monument qui rappelle aux générations actuelles ses héroïques efforts, la ville de Chicago a érigé sa statue dans un de ses jardins publics, le parc Lincoln. .

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