‹ La Nouvelle-FranceChapitre 51 sur 68 · MONUMENT DE MONTCALM ET DE W O L F E A QUÉBEC · texte numérisé non relu

MONUMENT DE MONTCALM ET DE W O L F E A QUÉBEC

Dessin de R. Delafontaine.

Les miliciens se dispersèrent pour rentrer chez eux, d’autres se mirent à piller dans les campagnes sans qu’il fût possible d'arrêter ce désordre. (Lévis.)

Dans la nuit du 13 au 1-4 septembre, les Anglais, après avoir constaté la disparition des troupes françaises, se rapprochèrent de Québec et commencèrent à ouvrir la tranchée à une portée de fusil du rempart. Il était resté dans la ville mille huit cents soldats, miliciens et matelots qui, pendant la bataille, avaient eu à soutenir une violente canonnade contre les batteries de la pointe Lévis. Le commandement de la place avait été remis à M. de Ramesay, officier médiocre, sans caractère, protégé de M. de Vaudreuiî, qui lui avait laissé des instructions d’une indécision déplorable. Tout en lui recommandant de résister aux attaques dont il pourrait être l’objet, il lui disait : « Nous prévenons M. de Ramesay qu’il ne doit pas attendre que l’ennemi l’emporte d’assaut; ainsi sitôt qu’il manquera de vivres, il arborera un drapeau blanc et enverra l’officier de sa garnison le plus capable et le plus intelligent pour proposer sa capitulation. »

M. de Ramesay, s'appuyant sur Ce texte et oubliant les dernières paroles de Montcalm à son lit de mort, ne se rendit pas compte qu’il est des moments où un officier ne doit jamais hésiter à faire tout son devoir, que le sien dans la circonstance était de tenir jusqu’à la dernière extrémité, et qu’il allait, en capitulant, porter le coup mortel à son pays. Le 18 septembre, sans sommation de l’ennemi, sans avoir reçu un coup de canon des tranchées anglaises qui n’étaient même pas encore achevées, effrayé par les mouvements des vaisseaux qui paraissaient se disposer à reprendre le bombardement de la ville, découragé par les plaintes de la population demandant à se rendre pour obtenir de meilleures conditions du vainqueur et ne plus souffrir de la faim et du froid, cet officier fit arborer le drapeau blanc et envoya le major de Joannès soumettre des propositions à l’ennemi. Un groupe de cent cavaliers, portant des vivres, arriva sur ces entrefaites et informa le commandant de la place de l’approche de l’armée de secours. M. de Joannès insista pour rompre les pourparlers engagés; rien n’y fit. M. de Ramesay, épouvanté à l’idée du bombardement qu’il allait subir, invoqua les instructions de M. de Vaudreuiî et signa la capitulation qu’il avait offerte. Le successeur ' de Wolfe, le général Townshend, qui ne s’attendait pas à rencontrer un si triste adversaire, accorda aussitôt les conditions sollicitées et aux termes desquelles la garnison, composée des forces de terre et des soldats de marine, sortirait de la ville avec armés et bagages, tambours battants, mèches allumées, pour être embarquée et transportée en France. Quant aux habitants, ils devaient être conservés « dans la possession de leurs maisons, biens, effets et privilèges ».

Le chevalier de Lévis, informé de la défaite et de la mort de Montcalm était accouru de Montréal. Après avoir réuni les troupes de Bougainville et celles venant du camp de Reauport, il jugea qu’il était nécessaire de se reporter en avant pour ne pas laisser tomber Québec au pouvoir de l’ennemi. Si l’on ne pouvait s’y maintenir, on verrait à achever de détruire la ville de manière à empêcher les Anglais d’y passer l’hiver et à les contraindre à se rembarquer. Cette décision prise, Lévis fit partir en avant le groupe de cent cavaliers qui allait annoncer à Ramesay que l’armée était en marche pour le secourir à tout prix. En arrivant à la rivière Saint- Charles, il apprit que, malgré l’avis reçu, le commandant avait capitulé. En présence d’une pareille lâcheté, il manifesta la plus violente indignation; il était inouï,

Le chevalier de Lécis à la bataille de Sainte-Foye

BATAILLE DE CARILLON. — MORT DE MONTCALM

en effet, de rendre ainsi une place sans qu’elle fût attaquée ni investie. Mais le mal était sans remède; il n y avait plus d autre parti à prendre que de rétrograder jusqu à la rivière Jacques-Cartier, à neuf lieues de Québec, et d’y élever des retranchements pour arrêter 1 ennemi s il songeait à marcher sur Montréal. Mais la saison s avançait. Les Anglais, satisfaits de la prise de la capitale du Canada, ne songeaient qu’à s’y installer pour 1 hivernage; ils y laissèrent huit mille cinq cents hommes de troupes de ligne sous le commandement du général Murray, nommé gouverneur de la place, puis leur flotte fit voile le 18 octobre pour Halifax.

Les faibles restes de l'armée française prirent leurs quartiers d’hiver dans les villes de Montréal et des Trois-Rivières. La situation était désespérée; la famine menaçait; les armées ennemies allaient recommencer la campagne suivante, en partant de Québec et du lac Champlain, leur marche sur Montréal ; c’était la fin de la lutte et la chute fatale de la colonie si de puissants renforts n’arrivaient pas de France. Le chevalier de Lévis écrivit le 1er octobre 1759 au maréchal de Belle-Isle pour lui rendre compte des opérations accomplies et lui dépeindre l'extrême détresse dans laquelle se trouvait le Canada ; sa lettre se termine en termes d’une navrante tristesse : « Il faut convenir que nous avons été bien malheureux. Au moment où nous devions espérer de voir finir la campagne avec gloire, tout a tourné contre nous; une bataille perdue, une retraite aussi précipitée que honteuse nous ont réduits au point où nous en sommes. On impute à M. de Montcalm d’avoir trop divisé l’armée et d’avoir attaqué trop tôt les ennemis sans avoir rassemblé toutes les forces qu’il aurait pu avoir. Je dois à sa mémoire, pour assurer la droiture de ses intentions, de dire qu'il a cru ne pouvoir faire mieux; mais malheureusement les généraux ont toujours tort quand ils sont battus. Je ferai tous mes efforts, conjointement avec M. de Vaudreuil, pour soutenir cet hiver le reste de cette malheureuse colonie et attendre les secours qu’il plaira à Sa Majesté de nous envoyer dans les premiers jours du mois de mai. — Faute de munitions de guerre et de bouche, il nous sera impossible de faire aucune expédition ni entreprise cet hiver; bien heureux si nous pouvons nous soutenir. Nous finirons de manger la plus grande partie du reste des bœufs et chevaux. Nous aurons à nourrir dans les postes de trois à quatre mille personnes, y compris les sauvages, ce qui achèvera de consommer le peu de ressources qui pourront rester dans la colonie. Si le roi ne juge pas devoir nous donner du secours, je dois vous prévenir qu’il ne faut plus compter sur nous à la fin du mois de mai. Nous serons obligés de nous rendre par misère: manquant de tout, il nous restera du courage, sans aucune ressource pour le mettre en usage. »

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