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LA RUE DU PETIT- CHAMPLAIN, A QUÉBEC

Dessin de Taylor, d'après une photographie.

de son voisin, ne fût-ce que pour une heure, il lui est impossible de l’obtenir à titre de prêt, mais il l’obtiendra facilement à titre de location. Les hommes mêmes qui dès leur première jeunesse ne se sont pas perdus de vue sont si peu disposés à s’obliger sans une compensation immédiate qu’un individu ne peut emprunter à

un autre une bride, une selle, un harnais ou tout autre objet, sans être convenu d’avance non seulement de payer tout le dommage qui pourra y être fait, mais encore de donner une certaine rétribution pour chaque jour qu’il lui conviendra de le garder. Il est aisé d’apercevoir combien cette singulière manière d’agir est destructive de toutes les dispositions amicales qui, dans les autres pays, attachent les hommes les uns aux autres. Ici l'homme ne veut vivre que pour lui seul, et son intérêt personnel est l’unique base de sa conduite et de ses actions. »

Le même voyageur, après avoir visité le Bas-Canada avant de retourner en Angleterre, donnait de la population française un portrait qui contraste heureusement avec celui des Hauts-Canadiens : « Je puis assurer, dit-il à la fin de son ouvrage, que dans les établissements ruraux de cette province, quoique les habitants soient, en général, dépourvus d’éducation et privés des moyens de se la procurer, j’ai trouvé plus de bonheur réel, plus de véritable politesse et une plus grande union entre eux que dans aucun des pays que j’ai parcourus. C’est à l’agriculture qu’ils doivent cette heureuse existence. Quiconque voudra voir la vie morale et la félicité qu’elle procure dans leur perfection doit aller visiter la demeure d’un Canadien français. Si je pouvais bannir de mon cœur les doux sentiments qui m’attachent à ma terre natale, je construirais une demeure champêtre au milieu des modestes habitations du Bas-Canada, et dans cet heureux séjour, exempt de soucis et d’inquiétudes, je passerais doucement ma vie au milieu d’un peuple doué des vertus sociales, et dont tout l’extérieur annonce le bonheur et la gaieté. »

Pour remplacer MM. Lafontaine et Baldwin, lord Elgin fit appel à MM. Hincks, du Haut-Canada, qui faisait déjà partie du ministère précédent, et Morin, l’homme politique le plus populaire du Bas-Canada après M. Lafontaine. Ils maintinrent dans leur programme et firent aboutir trois grandes mesures déjà présentées par leurs prédécesseurs; l’augmentation du nombre des députés porté de quatre-vingtquatre à cent trente, soixante-cinq pour chaque province; la sécularisation des réserves du clergé, qui affectaient de grandes étendues territoriales dont profita la colonisation; l’abolition de la tenure seigneuriale, débris du régime féodal resté dans le Bas-Canada. De toutes les charges dont le censitaire était grevé sous ce régime, il ne subsista qu’une rente foncière rachetable à volonté. Les seigneurs dépossédés des droits de quint, de banalité, de lods et de ventes, reçurent à titre d’indemnité une somme de seize millions. Pour comprendre l’importance de cette mesure au point de vue des habitants canadiens, il faut se rappeler que la plupart tenaient leurs concessions des anciens seigneurs auxquels ils devaient à perpétuité une redevance ; ils étaient en outre obligés de porter leurs grains au moulin du seigneur qui prélevait le quatorzième pour droit de mouture; de plus, si un domaine changeait de propriétaire, le seigneur recevait à chaque mutation, comme lods et ventes, ou droit d’aliénation, le douzième du prix avec faculté d’acheter lui-même la propriété au chiffre stipulé par les parties, s’il le supposait inférieur à la valeur réelle; pour les terres possédées à l’état de fief, le tenancier avait à payer au seigneur les droits de quint et de relief : le premier était le cinquième du prix d’achat qui devait être soldé à chaque changement de propriétaire par vente ou de toute autre maniéré, a 1 exception de la succession en ligne directe; l’acheteur qui payait le quint immédiatement avait droit à une réduction des deux tiers. Le relief

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