‹ La Nouvelle-France [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 73 · PE EE · texte numérisé non relu

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joignait une lettre qu’il terminait en ces termes :

« Je ne connais aucun endroit par lequel le sieur de La Vérendrye ait pu mériter la mortification qu'il a eue de n'être point avancé, et j'oserais même ne l’attribuer qu’à l'oubli que vous avez fait, Monseigneur, de la proposition que j'ai eu l'honneur de vous faire de cet officier comme le plus ancien des lieutenants et le sujet qui me paraissait le plus digne des grâces du roi. En effet, six années de service en France, trente-deux en cette colonie, sans reproches, du moins je n’en sache aucun à lui faire, et neuf blessures sur le corps, étaient des motifs qui ne m'ont pu faire balancer à vous le proposer pour remplir une des compagnies vacantes, et si j'ai eu lieu de me flatter, Monseigneur, que vous étiez persuadé que je n’admettais sur mes listes que les officicrs capables de servir et qui méritaient vos bontés, c'était particulièrement dans l'attention que vous auriez bien voulu faire en faveur du sieur de La Vérendrye. »

On ne pouvait formuler à l'égard de cet officier, si brave et si désintéressé, un éloge plus délicat et plus mérité. Malgré cette recommandation si chaude de M. de Beauharnois, il lui fallut cependant attendre encore deux ans son grade de capitaine, et deux autres années la croix de Saint-Louis.

Revenons maintenant au voyage vers la mer de l'Ouest.

Le chevalier de La Vérendrye et son frère, accompagnés de deux coureurs des bois, avaient quitté le 9 avril 1742 le fort de la Reine pour se rendre chez les Mandanes. Après avoir séjourné deux mois au milieu de cette tribu en attendant vainement l’arrivée d’autres sauvages, les Gens des Chevaux, dont les territoires de chasse s’étendaient, disaient leurs hôtes, du côté de la mer, les deux explorateurs, voyant la saison s’avancer, cherchèrent des guides pour aller rejoindre cette peuplade. Deux Mandanes s'offrirent à les accompagner, et la petite troupe marcha vingt

jours vers le sud-ouest, ne trouvant sur sa route que des plaines désertes et des bêtes sauvages.

Parvenus le 11 août à un pic isoié qu'ils appelaient la Montagne des Gens des Chevaux, les deux Man- -danes refusèrent de passer outre. On construisit alors “un abri en bois pour y attendre les indigènes qu'on ‘pourrait découvrir aux alentours. Les deux frères -étant bien résolus à se confier aux premières nations -qui se présenteraient, des feux furent allumés comme Signaux.

Le 10 septembre, il ne restait qu’un Mandane ; l’autre “avait repris le chemin de sa bourgade. Le 14, une fumée fut aperçue au sud-ouest. C'était la tribu des Beaux Hommes, chez lesquels les La Vérendrye séjournèrent avec leurs engagés pendant une vingtaine de jours. Le second guide, craignant cette nation ennemie des siens, avait à son tour abandonné les Français, laissés ainsi seuls à des centaines de lieues de leurs postes. Quelques présents parurent satisfaire les chefs qui fournirent une escorte pour aller d’abord à un village des Petits Renards, où les voyageurs ‘furent bien accueillis, et ensuite, après plusieurs journées de marche, à une bourgade des Gens des Chevaux. Ces derniers élaient dans une grande désolation: ‘-ce n'étaient que pleurs et hurlements; tous leurs villages avaient été détruits par les Gens du Serpent -et très peu des leurs avaient échappé au massacre. -« Cette nation du Serpent, dit le chevalier de La Vé- ‘rendrye dans son mémoire, passe pour très brave. Ils ne se contentent pas d’une campagne, selon la manière de tous les sauvages ; ils continuent la guerre depuis le printemps jusqu’à l'automne ; ils sont très nombreux et «malheur à ceux qui se trouvent sur leur route! On nous dit que l’année précédente ils avaient entièrement «défait dix-sept villages, tué tous les hommes et les femmes âgées, fait esclaves les jeunes femmes et les avaient trafiquées à la mer pour des chevaux et quelques marchandises. »

Les Gens des Chevaux conduisirent les explorateurs chez une autre peuplade, les Gens de l’Arc, les seuls des habitants de ces contrées qui par leur bravoure ne craignaient point les Gens du Serpent. Leur chef fit aux Français le meilleur accueil, et ordonna de mettre dans sa loge, qui était très grande, tous leurs équipages. Le chevalier de La Vérendrye l’interrogeant sur les blancs qui habitaient les bords de la mer, il lui fit cette réponse : « Nous les connaissons par ce que nous ont dit des prisonniers, de ces Gens du Serpent, que nous devons joindre dans peu. Ne soyez pas surpris si vous voyez assemblés avec nous tant de villages; les paroles sont envoyées de tous côtés pour nous secourir. Vous entendez tous les jours chanter la guerre ; nous allons marcher du côté des grandes montagnes qui sont proches de la mer pour y chercher les Gens du Serpent. N'appréhendez point d’y venir avec nous, vous n'avez rienàäcraindre, vous y pourrez voir cette mer que vous cherchez. »

Toute la troupe se mit en route vers l’ouest, s’augmentant à chaque bourgade qu'elle rencontrait, et le 1% janvier 1743 elle se trouvait en vue des montagnes Rocheuses, que, les premiers des Européens, les La Vérendrye contemplaient, avec l'espérance de toucher enfin au but poursuivi depuis tant d'années. Par contre, ils avaient la crainte, inspirée par certains renseignements des sauvages, de rencontrer à la mer les Espagnols, dont un parti, venu à la découverte du Missouri, avait été massacré dans les environs.

Le nombre des combattants dépassait deux mille. « Avecleurs familles cela faisait une troupe considérable, marchant toujours par des prairies magnifiques, où les bêtes se trouvaient en abondance. Toutes les nuits ce n'était que chants et hurlements, et on ne faisait autre chose que de venir pleurer sur la tête des Français pour les accompagner à la guerre. »

Jusqu'au 12 janvier on se dirigea verslesmontagnes, au pied desquelles on arriva enfin. « Elles étaient très

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