‹ La Nouvelle-France [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 73 · II. — La NOUVELLE FRANCE · texte numérisé non relu

II. — La NOUVELLE FRANCE

boisées et paraissaient fort hautes ». Les éclaireurs, s'étant approchés du village des Gens du Serpent qui en occupaient les premiers contreforts, reconnurent « qu'ils s'étaient tous sauvés avec grande précipitation, après avoir abandonné leurs cabanes et une grande partie de leurs équipages ».

Au lieu d'encourager à l’attaque les Gens de l’Arec, ce renseignement répandit parmi eux la terreur, «dans l’appréhension où ils étaient que, les ennemis les ayant découverts, ils n’allassent sur leurs villages et ne s’y rendissent avant eux ».

Malgré les objurgations des chefs et les efforts des La Vérendrye, désespérés de reculer alors qu'ils touchaient au but, tous firent volte-face, et « chacun s'enfuit de son bord ».

Abandonnés à leurs seules forces dans cette déroute insensée, les explorateurs se dirigèrent au hasard vers les villages des Gens de l’Arce, où ils arrivèrent, leurs chevaux épuisés, après deux jours d’une course effrénée ; ils n’avaient rencontré sur leur route qu’une quinzaine de sauvages ennemis, dont quelques coups de fusil les débarrassaient promptement.

Ne voyant aucun moyen de reprendre le chemin des montagnes, les La Vérendrye, à bout de ressources, se résignèrent à retourner chez les Mandanes, dont ils regagnèrent les cabanes après une marche qui se prolongea du 15 mars au 18 mai. Ils se reposèrent quelques jours au milieu de cette tribu amie, puis ils rejoignirent une centaine d'Assiniboines avec lesquels ils firent route à travers les prairies dans la direction des lacs. Mais jusqu’au dernier jour ils devaient avoir des alertes. Le 31 mai, leurs éclaireurs apercevaient des Sioux embusqués sur leur passage. C'était une bande de guerriers parcourant ces vastes plaines, et massacrant tous ceux d’une autre nation qu'ils rencontraient. À leur vue, les Assiniboines chargèrent, ayant au milieu d’eux les quatre Français.

«Nous donnâmes tous ensemble, dit le chevalier ;

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ils furent fort surpris de voir tant de monde et se retirérent en bon ordre, faisant face de temps en temps à ceux qui les approchaient un peu trop. Ils savaient bien à qui ils avaient affaire, connaissant les Assiniboines pour des làches. Mais sitôtqu'ils nous aperçurent montés sur nos chevaux, et que nous étions des Francais, ils se sauvèrent en grande hâte, ne regardant plus derrière eux. Nous n'avons eu personne de tué, mais plusieurs blessés; nous ne savons pas ce qu'ils ont perdu de monde, sinon un homme qui se trouve parmi nous. »

Et la relation s'achève par cette phrase, qui rend bien le sentiment éprouvé par ces intrépides jeunes gens rentrés enfin au milieu des leurs après quinze mois d'exploration dans des contrées inconnues, parmi des peuplades en guerre les unes avec les autres : « Nous primes au village des Assiniboines un guide pour nous conduire au fort de la Reine, où nous sommes arrivés le 2 juillet, au grand contentement de notre père, qui était très inquiet de nous, n'ayant pas été possible de lui donner de nos nouvelles depuis notre départ, et à notre grande satisfaction, nous voyant hors de peines, de périls et de dangers. »

Ces vaillants cœurs étaient encore à six cents lieues de Montréal ; mais le drapeau de la France flottait sur leur poste et ils avaient retrouvé la Patrie.

Fatigué de cette existence si pénible, abandonné par ses fournisseurs, criblé de dettes, La Vérendrye, découragé, descendit à Montréal pour y remplir ses fonctions de capitaine ; mais ses fils continuèrent son œuvre. En juin 1748, l’un d’eux, le chevalier, partait encore de Québec pour le Grand Ouest où il poursuivait ses explorations au milieu des forêts et des lacs. L'année suivante, La Vérendrye lui-même, ayant reçu la croix de Saint-Louis et cédant à la demande du gouverneur, prenait, malgré son âge, le parti de rejoindre ses fils au lac des Bois. Il écrivait à Québec le 17 septembre 1749 :

«Je compte faire toute la diligence possible‘ pour aller

hiverner au fort Bourbon, qui est le dernier au bas de la rivière aux Biches de tous les forts que j'ai établis, trop heureux si, à l'issue de toutes les peines, fatigues et risques que j'ai essuyés dans cette longue découverte, je pouvais parvenir à vous prouver mon désintéressement, mon grand zèle aussi bien que celui de mes enfants pour la gloire du roi et le bien de la colonie. » Mais au milieu des préparatifs de cette dernière expédition vers la mer de l'Ouest, la mort surprenait La Vérendrye, qui succombait à Montréal le 6 décembre 1749.

| Une société se formait alors pour l'exploitation du ‘Grand Ouest entre le nouvel intendant, Bigot, et lle nouveau gouverneur, M. de La Jonquière, « le premier qui n'avait jamais assez d'argent pour le dissiper, le second pour l’entasser ». (Margry.) Les fils de La Vérendrye, rappelés à Québec et dépouillés des postes créés par leur père, furent remplacés par deux autres officiers, Legardeur de Saint-Pierre et Marin. Ces derniers, profitant des relations établies par les La | Vérendrye avec les sauvages, se livrèrent à peu près exclusivement à la traite, et rapportèrent à Montréal nombre de pelleteries sur lesquelles les associés firent un profit tel que la part du gouverneur s’éleva, dit-on, à trois cent mille francs.

Quant aux fils de La Vérendrye, après un vain appel au ministre de la marine, ils durent se résigner à rester avec leur grade d’enseigne dans la colonie. Ils avaient E semé, d’autres récoltaient, et « du dévouement à la E Patrie ils n’avaient connu que les misères ». VE D L'histoire impartiale doit à cette famille un souvenir E | attendri : c’est pour la France que ces braves gens ont souffert et se sont acharnés à ces découvertes qui les exposaient, ainsi que l’écrivait le gouverneur, à de | plus grands dangers que des guerres ouvertes. Leur ( nom mérite d’être inscrit au livre d’or de nos explorat

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