VAUDREUIL
Un suprême et impérieux devoir restait à accomplir.
Lévis, reconnaissant avec douleur que le gouverneur avait pris son parti, voulut du moins épargner aux troupes une dernière humiliation. Il ordonna qu'on brûülàt les drapeaux pour se soustraire à la dure condition de les remettre aux ennemis.
Le lendemain, vingt mille Anglais occupaient Montréal.
Quelques jours après, les deux mille deux cents hommes, en comprenant les malades, blessés et invalides, restes des huit bataillons venus au Canada avec Dieskau, Montcalm et Lévis, descendaient le fleuve sur des navires de commerce pour retourner en France, et, gagnant la haute mer, voyaient fuir dans lelointain, puis disparaitre à l'horizon, cette terre où ils avaient si vaillamment lutté et sous laquelle les trois quarts des leurs, tombés sur les champs de bataille, dormaient du sommeil éternel.
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La fin d'une colonie.
« Si j'osais, je vous conjurerais à genoux de débarrasser pour jamais du Canada le ministère de France. Si vous le perdez, vous ne perdez presque rien; si vous: voulez qu'on vous le rende, on ne vous rend qu'une cause éternelle de guerre et d’humiliations. »
Telle était l’instante prière que Voltaire adressait Le 3 octobre 1760 au marquis de Chauvelin, pour la soumettre à M. deChoiseul, ministredes affaires étrangères. A ce dernier il écrivait le 6 septembre 1762 : « Je suis: comme le public, j'aime beaucoup mieux la paix que le Canada, et je crois que la France peut être heureuse sans Québec. »
Aussi applaudissait-il à la conclusion du iraité de Paris du 10 février 1763, qui cédait à l’Angleterre le Canada et l’Inde, en d’autres termes la domination du monde, et dont l’article 2 était ainsi rédigé :
« Le roi de France renonce à toutes les prétentions qu’il a formées ou pu former autrefois sur la Nouvelle- Écosse ou Acadie en toutes ses parties, et la garantit tout entière, avec toutes ses dépendances, au roi de. la Grande-Bretagne. De plus, S. M. Très Chrétienne cède et garantit à S. M. Britannique, en toute propriété, le Canada avec toutes ses dépendances, ainsi que l’île du Cap-Breton et toutes les autres îles dans le golfe et dans le fleuve Saint-Laurent, sans restrictions et sans qu'il soit libre de revenir, sous auc prétexte, contre cette cession et garantie, ni de tr