‹ La Nouvelle-France [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 73 · SERIE · texte numérisé non relu

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acheva ses observations en faisant au premier consul une remarque qui devait le frapper au moment où il s'efforçait de rétablir la paix à l'intérieur :

« Enfin la France, après ses longues agitations, à besoin d'une telle colonie pour sû pacification intérieure ; elle sera pour notre pays ce que furent pour l'Angleterre, il y a un siècle, les plantations que les émigrés des trois royaumes ont élevées à un si haut degré de prospérité ; elle sera l'asile de nos dissidents politiques et religieux ; elle guérira une partie des maux de la révolution, et, conciliateur suprême de tous les partis qui nous divisent, vous y trouverez ces remèdes que vous cherchez avec tant de sollicitude. »

Le premier consul mit fin à la conférence sans faire connaître sa résolution. La délibération avait été fort longue et s'était prolongée jusque dans la nuit. Le lendemain, il appela Barbé-Marbois, lui fit lire les dépéches de Londres par lesquelles son ambassadeur l'informait des préparatifs de guerre auxquels se livraient les Anglais. « Les incertitudes, lui dit-il ensuite, et la délibération ne sont plus de saison. Je renonce à la Louisiane. Ce n’est pointseulement la Nouvelle-Orléans que je veux céder, c'est toute la colonie sans en rien réserver, Je connais le prix de ce que j'abandonne et j'y renonce avec un vif déplaisir, mais nous obstiner à sa conservation serait folie. Je vous charge de négocier cette affaire avec les envoyés du congrès; mais j'ai besoin de beaucoup d'argent pour cette guerre ; il y à cent ans que la France et l'Espagne font à la Louisiane des dépenses d'amélioration dont le commerce ne les a jamais indemnisées. Des sommes ont été prétées aux compagnies, aux agriculteurs, et elles ne rentreront jamais au Trésor. Le prix de toutes ces choses nous est bien dû.

« Si je réglais mes conditions sur ce que ces vastes territoires vaudront aux États-Unis, les indemnités n'auraient point de bornes. Je serai modéré en raison même de l'obligation où je suis de vendre. Mais rete-

nez bien ceci : je veux cinquante millions, et à moins de cette somme je ne traiterai pas ; je ferais plutôt quelque tentative désespérée pour garder ces belles contrées. »

Les conférences commencèrent le même jour entre Barbé-Marbois et le représentant des États-Unis, M. Livingston ; la proposition de vendre toute la Louisiane le surprit au point de lui faire croire que ce n'élait qu'un artifice pour gagner du temps etéviter de régler les indemnités qu'il était chargé de réclamer pour ses compatriotes dont les navires avaient été enlevés par des corsaires français. Il fallut l’arrivée, le 12 avril, à Paris, d’un autre ministre plénipotentiaire, M. Monroë, pour donner aux négociations un caractère plus sérieux. Livingston, partisan de la maxime anglo-saxonne : « Prendre d'abord, discuter ensuite », dit à son collègue : « Nous n'obtiendrons pas la Nouvelle-Orléans par la voie des négociations. 11 faudra employer la force. Mettons-nous d'abord en possession, nous négocierons après! » M. Monroë, d'un caractère plus froid, n’avait pas ces allures et ces sentiments de flibustier. Son intervention, grâce aux pouvoirs dont il était porteur, aplanit promptement toutes les difficultés. L'offre du premier consul de céder aux États-Unis la Louisiane entière était trop avantageuse pour qu'il n’y donnât pas aussitôt son adhésion. La proposition l’étonna, car sa patrie ne réclamait que la cession d’une ville et le droit de navigation sur le Mississipi; mais il saisit l’occasion, et, Barbé-Marbois prenant sur lui de réclamer quatrevingt millions comme prix de la vente au lieu des cinquante d’abord indiqués par Bonaparte, il acquiesça sans hésiter au payement de cette somme, à la condition toutefois que vingt millions seraient consacrés à indemniser ceux de ses compatriotes qui avaient subi des vertes par le fait des corsaires français.

On disposait encore une fois de la Louisiane sans que ses habitants eussent été consultés, mais il fut stipulé en leur faveur qu'ils seraient maintenus et pro-

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