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richesses du sol, il se mit en campagne avec une inlassable ardeur, frappa à toutes les portes,administrations locales, ministères, journaux, sociétés particulicres, obtint la construction de chemins, de voies ferrées, et créa en moins de douze ans plus de quarante paroisses aujourd'hui en pleine prospérité. Rebuté par les uns, mal secouru par les autres, mais arrivant toujours à ses fins grâce à une merveilleuse énergie, il vivait son rêve, il le développait sans cesse et finissait par convertir et entrainer les plus indifférents. « Je n’ignore point, disait-il chaque jour à ceux qui lui montraient les difficultés de l’entreprise, les embarras inextricables au milieu desquels je me jette tête baissée, mais rien ne pourra ébranler mon courage. Pour moi, il s’agit d'apporter un remède à la plaie de l’émigration qui nous dévore, de prévenir l’agglomération trop rapide de nos gens dans les faubourgs des grandes villes; de sauver notre race des flots de l’émigration étrangère qui menace de l’engloutir; d'ouvrir aux fils de nos cultivateurs une carrière qui convienne à leurs habitudes et à leurs inclinations; de former des populations mâles et robustes, base indispensable de tout grand édifice social; d'établir et de multiplier ces campagnes heureuses où les familles se développent dans la paix ; d'agrandir du double cette province de Québec qui nous appartient, et d’assurer à notre nationalité sa part d'influence dans les Conseils de la Puissance. Quand on poursuit un tel but, on ne recule pas devant les obstacles. »
Tantôt au milieu des forêts, parmi les défricheurs qu’il avait entraînés et qu'il aidait de ses propres mains, qu'il conseillait et enflammait de son ardeur patriotique, tantôt allant de paroisse en paroisse et frappant à toutes les portes, l’apôtre du Nord poursuivait le plan de cette colonisation qui devait assurer à ses compatriotes « un domaine qui leur appartint en propre et qui fût comme le rempart, l'asile invulnérable de la nationalité franco-canadienne ». (Buies.)
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L'élan donné par cet homme est devenu, grâce à ses efforts, puissant et irrésistible, il à été grandissant chaque jour et ne s'arrêtera plus. Labelle, dont la popularité était aussi considérable que méritée, a été ministre dans le gouvernement de la province de Québec ; il a vu, avant de mourir, son œuvre en plein essor, et sa vie a été un magnifique exemple de ce que peuvent la foi dans une idée et la persévérance dans son application,
La colonisation, ainsi qu’il le répétait sans cesse, est pour le Canada français l’œuvre par excellence, l'œuvre vitale, car seule.elle peut lui assurer une prospérité solide et durable. Tous les Canadiens sont d'accord sur ce point.
« C’est uniquement par l'expansion de notre race, dit judicieusement un de leurs écrivains les plus distingués, que nous arriverons à poser sur le sol de l’Amérique un pied ferme, et à l’y maintenir en dépit de tous les assauts. Il faut que le petit peuple franco-canadien s'accroisse et se fortifie sur son propre sol s’il veut faire une concurrence au moins égale, sinon victorieuse, aux races scandinave, teutonne et anglosaxonne qui débordent à flots pressés sur le continent américain. Il le faut, parce que ces races nous sont pour le moins antipathiques, sinon hostiles à des degrés divers, et parce que rien ne leur conviendrait si bien que notre disparition. Il faut coloniser, nous répandre comme une marée montante dans l’est de l'Amérique britannique, afin de contre-balancer l'Ouest colossal où se déverse déjà l'élément anglais de nos cantons ruraux et une grande partie de celui d’Ontario même. Toute considération doit s’incliner devant la question de race.
« On ne saurait croire les efforts constants et acharnés qui se font pour noyer les Canadiens français partout où ils essaient de pénétrer en dehors de la province de Québec. Les appels réitérés aux émigrants scandinaves et teutons, la transplantation active de
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ces étrangers sur le sol du Dominion n'ont pas d'autre cause ni d'autre objet. De là cette avalanche des Européens septentrionaux, gens qui peuvent braver l'inclémence du climat et les rigueurs de la vie du Nord avec presque autant de succès que nous. De là ces colonies suédoises, norvégiennes et finlandaises qui ont été dirigées de plus en plus vers le Manitoba et le Nord- Ouest, et que l’on destine sans aucun doute à servir de barrière à l'élément canadien-français qui voudrait s'acheminer, d'un côté vers la vallée de la Saskatchewan, de l'autre vers la baie d'Hudson, deux directions différentes auxquelles conduit seule la route de l'Outaouais supérieur.
« Notre pays est jeune; il manque de population et de capitaux. Nous ne sommes que cinq millions d’âmes disséminées sur un territoire presque aussi grand que l'Europe, mais nos richesses naturelles sont incalculables, illimitées. [limitée aussi notre confiance dans nos forces et dans nos destinées. Un sang nouveau semble avoir pénétré dans nos veines depuis quinzc ou vingt ans, au spectacle des énormes enjambées du progrès scientifique; un ferment d’audace et d’ambition nous agite, nous enflamme et nous pousse incessamment vers de nouvelles entreprises que nous n’aurions pas conçues autrefois, même dans nos rêves. Ce n'est pas en vain que nous respirons l’air puissant de la libre Amérique : avec nos voisins des États-Unis, nous sommes emportés dans le même torrent qui précipite hommes et choses vers des rivages toujours nouveaux, toujours plus reculés. L'action, l’exécution rapide, telle est la condition actuelle de notre nature. Le développement du pays dans toutes ses parties, son accès rendu facile dans toutes les directions et sous toutes les formes, voilà ce que nous voulons aujourd'hui et ce que les gouvernements sont tenus de vouloir avec nous, sous peine d’une déchéance prompte et irrévocable. » (Buies.)
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sonne ne met plus en doute le succès final, et que les Anglais eux-mêmes sont obligés de reconnaitre les incessants progrès accomplis par les Franco-Canadiens, aussi bien dans la province de Québec que dans celle d'Ontario, dont ils occupent déjà le nord et l'ouest, éliminant peu à peu les colons anglais qui se retirent devant cette marée montante et préfèrent aller dans l'Ouest, au milieu des leurs, créer de nouvelles fermes. C'est ainsi que le journal Le Mail de Toronto, après le dernier recensement, écrivait non sans tristesse un article dont un passage mérite d’être cité ici :
« Les chiffres que nous donnent les dénombrements de la race francaise sont vraiment extraordinaires. Le nombre des émigrants qui sortirent de la vieille France pour venir s’établirau Canada, sous l’ancien régime, n'a pas dépassé dix mille. L'émigration venant de France cessa effectivementen 1700. En 1763, malgré les guerres sauvages et toutesles misères de la vie de colon, dans ce temps-là, la population de la coloniecomptaitsoixantedix mille habitants, et aujourd’hui la race française, au Canada et aux États-Unis, s'élève à peu près à deux millions. Quel sera le résultat de cette expansion extraordinaire ? Les établissements anglais créés dans Québec par les autorités impériales, dans le but d’éliminer l'influence française, disparaissent les uns après les autres. L’habitant ne se contente pas d’envahir les États de la Nouvelle-Angleterre et de fonder des colonies dans le Nord-Ouest ; il pousse vigoureusement les Anglo-Saxons hors d'Ontario. Il est probable que dans vingt-cinq ans les Français seront les maîtres dans toute la partie est d'Ontario jusqu’à Kingston, sans compter tout le nord de la province. »
Le même renseignement nous est fourni, mais sur un autre ton, par un des écrivains les plus connus du Canada français, historien et littérateur de grand mérite, M. Benjamin Sulte, qui, dans une lettre personnelle, écrivait récemment à l’auteur de ce livre :
« Le type percheron-normand-poitevin au Canada,
c'est tout un poème ! Ces gens-là n’ont pas eu leurs pareils dans les découvertes et dans les guerres en pays sauvages; pas leurs pareils non plus comme cultivateurs et peuples industrieux, tirant tout d'euxmêmes, jamais en peine, toujours se relevant d’un désastre, riant de tout, et doublant leur nombre tous les vingt-sept ans depuis 1681!
« Si vous voyiez comme nous envahissons, depuis trente ans, la province d'Ontario! Cela marche comme un air de musique. Nous prenons les terres, uniquement les terres, la vraie conquête normande. Quel avenir de ce côté! Et c’est de l’inattendu, car autrefois, dans ma jeunesse, on eût qualifié de fou celui qui se serait avisé de dire que nous aurions jamais cent familles dans Ontario. Vers 1855, M. Rameau osa pr“dire que nous pourrions bien avoir notre bonne part de la vallée de l'Outaouais; on le traita de visionnaire. Aujourd’hui, la vallée est toute française, sauf quelques épaves écossaises et irlandaises qui se transforment très rapidement en éléments français. À mon âge, cinquante-six ans, j'ai vu assez de miracles pour mourir content : ma race est sauvée. »
Sauvée et victorieuse; car non seulement les Canadiens français ont conservé dans le Parlement fédéral une large place, mais sir John Mac Donald, le chef du parti conservateur, qui s'était presque constamment maintenu au pouvoir depuis la création du Dominion, étant mort, et son parti ayant été battu aux dernières élections, c’est le chef de l'opposition libérale, M. Wilfrid Laurier, Canadien français, quiest devenu premier ministre et qui a la charge de la direction des affaires publiques de la Puissance. Deux des membres de son ministère sont également des Canadiens français. M. Wilfrid Laurier est un libre-échangiste, partisan de la réciprocité commerciale la plus étendue.
En ce qui concerne les relations du Canada avec la France, elles sont régies par un traité de commerce signé à Paris le 6 février 1893 et approuvé par la
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Chambre des députés le 27 novembre 1894. Attaqué par des représentants de nos départements de l'Ouest qui craignaient de voir notamment les pommes à cidre du Canada venir faire une concurrence ruineuse aux produits de notre sol, il fut défendu par M. Jules Méline, président de la Commission des douanes, et M. Hanotaux, ministre des affaires étrangères, dont la Chambre souligna le discours par de nombreux applaudissements. Après avoir réfuté les assertions des opposants et démontré que le traité était tout aussi favorable à la France qu'au Canada, car ce dernier, en échange de notre tarif minimum sur vingt articles nous concédait pour ses traités à venir tous les avantages commerciaux qu’il accorderait aux autres États, le ministre des affaires étrangères, s’élevant au-dessus des questions de détail, achevait son discours par des considérations dont nous reproduisons les termes tels qu'ils figurent au compte rendu sténographique officiel de la séance :
« La convention qui vous est soumise n’a été votée qu'après un assez grand retard par les Chambres canadiennes, et cela parce qu’elles ne la jugeaient pas assez avantageuse pour les produits canadiens ; mais le Canada avait un intérêt d'ordre général, sur lequel vous me permettrez d'attirer votre attention, à ouvrir des négociations avec le gouvernement de la République. C'est cette vue qui a amené finalement le Parlement canadien à ratifier la convention qui lui était soumise.
« C'était la première fois, messieurs, que le Dominion traitait avec une puissance étrangère, en vertu d’un droit qui lui avait été récemment accordé. (Très bien ! très bien!)
« Or, le gouvernement du Canada a voulu user de ce droit pour la première fois avec la France. (Très bien! très bien!)
« Des plénipotentiaires ont été envoyés à Paris pour traiter avec nous dans les conditions respectivement satisfaisantes qui viennent d'être rappelées.
« Ces considérations ont eu sur leur décision une influence qui s’est retrouvée finalement dans le vote du Parlement, et vous me permettrez de lire, à cesujet, un passage d'une lettre que j'ai reçue récemment de notre consul général à Montréal :
« Les Canadiens de langue française, sous ce rap- « port, ont témoigné d’une bonne volonté et d’un esprit « de discipline dont nous ne pouvons qu'être touchés.
Ils ont fait trêve à toutes les divisions de parti, aussi
bien à la Chambre des communes qu’au Sénat, pour
donner, sans conditions, leur adhésion au premier